18 jeunes gens à l’appel de l’orage – 1963 – Kiju Yoshida

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18 jeunes gens à l'appel de l'orage - 1963 - Kiju Yoshida

Retour à la “critique” sociale pour Kiju Yoshida, qui part ici filmer le monde des chantiers navals et ses ouvriers-vagabonds. Le cinéaste s’intéresse à cette classe d’individus pauvres et oubliés par le reste de la société. Ces hommes utilisés comme de la marchandise humaine moderne par les entreprises, envoyés un peu partout à travers le pays pour accomplir une tâche le plus longtemps possible. Encore une fois, il est question d’une société en perte d’humanité, où la jeunesse accepte son sort pour survivre.

18 jeunes gens à l'appel de l'orage - 1963 - Kiju Yoshida

Le chantier naval, Y, à Kure, ancien port militaire, face à la mer intérieure de Seto. Shimazaki y travaille pour une entreprise sous-traitante. On lui propose un jour de prendre la direction d’une pension, aménagée dans une ancienne caserne sous concession de l’armée américaine. Les conditions financières sont attractives, aucun loyer n’est exigé. Mais les pensionnaires, embauchés à Osaka par un recruteur, Moriyama, sont 18 voyous notoires…

18 jeunes gens à l'appel de l'orage - 1963 - Kiju Yoshida

Ouvrier sans argent, Shimazaki se retrouve contraint d’accepter la responsabilité d’un dortoir s’il souhaite pouvoir survivre. Une importante responsabilité pour un bon à rien pareil qui dépense tout son argent avant de l’avoir gagné… dans la boisson. Survivre implique alors d’accepter l’impensable, Shimazaki doit s’occuper de 18 jeunes voyous. Ils sont tous aussi paumés et irresponsables que lui, une situation plutôt ironique.

18 jeunes gens à l'appel de l'orage - 1963 - Kiju Yoshida

Les chantiers navals, c’est une vie difficile pour un salaire misérable. Tous les ouvriers sont écrasés par le travail, ils sont littéralement soumis à l’entreprise avec ses larges infrastructures dominantes. Plus globalement, à l’image, les ouvriers sont écrasés par la société moderne, ils n’existent jamais en tant qu’hommes. Ils sont toujours coincés quelque part entre des bâtiments, des lignes à haute-tension… alors que l’action du film se déroule en bord de mer, dans un milieu pas encore rongé par l’urbanisme.

18 jeunes gens à l'appel de l'orage - 1963 - Kiju Yoshida

Les 18 jeunes voyous sont venus gagner de l’argent, et repartiront là où il y aura de l’argent. C’est l’unique raison de leur présence. Ces jeunes sont sauvages et violents, ils n’ont aucune d’hygiène, en clair ils sont comme des chiens enragés. Et ces chiens sont logés dans une ancienne base militaire américaine entourée par des grilles et barbelés. Si cet endroit est plutôt vaste, cette base fait office de véritable niche. De toute façon, ils ne sont pas là en quête de liberté…

18 jeunes gens à l'appel de l'orage - 1963 - Kiju Yoshida

Cette jeunesse (y compris Shimazaki), n’a aucune ambition et encore moins des rêves. Elle appartient totalement au moule de la société, et accepte sans hésiter la moindres des propositions tant qu’il y a de l’argent à la clé. Shimazaki échappe tout juste à cette vision, le personnage est plus ambigu, et apporte de l’attention à ses sentiments personnels. Alors que les 18 jeunes fonctionnent en groupe. Shimazaki commencent à réfléchir sur sa situation dès qu’il se retrouve chargé de la responsabilité du dortoir, il y a un effet miroir entre les jeunes et lui. Est-t-il est comme eux ?

18 jeunes gens à l'appel de l'orage - 1963 - Kiju Yoshida

Quand les chantiers navals sont en grève, la jeunesse ne s’intéresse pas à la raison de cet arrêt. C’est une grève, c’est comme ça. Ça veut dire qu’ils ne peuvent pas travailler. Jamais, ils ne s’interrogent pour réfléchir sur leur situation. Alors par temps libre, et par beau temps, ils vont faire la fête, boire et s’amuser avec des filles… Dépenser sans réfléchir l’argent. C’est l’un des seuls domaines où la jeunesse est reine, avec les bagarres et les filles. Et paradoxalement, si ces jeunes n’ont pas d’ambition, ils savent très bien prendre par la force ce qu’ils veulent.

18 jeunes gens à l'appel de l'orage - 1963 - Kiju Yoshida

L’innocence de la jeunesse est gâchée par cette époque qui impose à tous son matérialisme. Dans une société où la jeunesse apprend que l’être humain n’est qu’une marchandise, pourquoi en serait-il autrement ? La moindre trace de “pureté” est immédiatement détruite par cette époque. À l’exemple d’une jeune femme, considérée comme un objet sexuel et violée dans le noir. Les individus sont déshumanisés, incapables de faire confiance car totalement ignorés par la société. Le seul évènement heureux du film, un mariage, ressemble plus à un enterrement, à une sorte de renoncement qu’à l’amour et la joie.

18 jeunes gens à l'appel de l'orage - 1963 - Kiju Yoshida

Kiju Yoshida revient au passage au N/B, choix propice vu les conditions de vie de ces ouvriers. En fait, de ces esclaves modernes ouvertement vendus entre les entreprises. Sans promesse d’avenir, ni espoir, la jeunesse s’accommode d’une vie déjà parfaitement régulée suivant les rails de la société, ou d’une fatalité ? Mais que en cas de déraillement ? Comment réagit la société lorsque la jeunesse décide de sortir des règles établies, du périmètre de sécurité ? La réponse avec Évasion du Japon.

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