
Le nouvel empereur du Japon moderne se nomme Argent. Dans cette société capitaliste, les mentalités ont bien changé, l’argent s’impose comme la clé de la liberté et de la reconnaissance sociale. Kiju Yoshida filme un pays désincarné, divisé et frappé par la perte totale d’innocence. Ce Japon est celui des opportunistes, des puissants que rien ne peut faire trembler, faire changer.

Yokkaichi, ville industrielle en plein essor. Employé d’un grand magasin, Jirô Tezuka fait la rencontre de Harumi dans un restoroute. Il décide de la place dans un bar de la bille, le “Sawa”, dont la patronne, Sawako, n’est autre que la fille du directeur du grand magasin où il travaille. Parallèlement, il fait la connaissance de Masae, veuve de l’ancien directeur des fonderies Oka, dont le père est lui aussi un client du “Sawa”…

La jeunesse japonaise est ambitieuse et rêve de liberté. Ou plutôt de pouvoir et d’argent. À l’exemple de Tezuka, petit vendeur dans un grand magasin, il espère se sortir de cette situation sans avenir. Ce jeune homme est ambitieux, mais se voit sans cesse rabaisser par les autres. Dans l’échelle sociale, ce vendeur n’est rien, il n’a ni pouvoir, ni argent, ni influence. Et sans diplôme, il n’a aucune chance d’espérer gravir cette pauvre échelle. Il est condamné à errer dans la misère, à regarder les plus riches rigoler et s’amuser. À moins qu’il ne prenne exemple sur ceux qui réussissent ?

L’opportunisme du jeune homme est alors en marche. Il compte se servir des femmes pour s’élever socialement, pour acquérir sa liberté chérie. Il applique à sa vie privée son approche de vendeur, considérant les êtres humains comme des marchandises qu’il faut savoir bien placer. Pas très glorieux comme manière de se “libérer”. Il faut croire que la jeunesse de cette époque a sombré dans le matérialisme, le cynisme le plus bâtard. Où est l’innocence de cette jeunesse ? Sa volonté de faire évoluer la société ? Il faudrait déjà que cette jeunesse soit considérée pour espérer penser à ce genre de questions; dans l’état, elle n’existe pas, elle est juste broyée par le système.

La première victime de Tezuka est Harumi, une jeune serveuse innocente qui ignore tout du monde. Elle se retrouve sans savoir comment, ni pourquoi, à travailler comme “hôtesse” dans un bar. Ce qui permet à Tezuka de se faire un peu d’argent. Harumi devient vite la préférée d’un grand industriel, riche et puissant. Même si cette petite campagnarde gagne beaucoup d’argent, elle garde sa mentalité d’âme sincère et innocente. Refusant d’accepter comme Tezuka le cynisme humain de cette société.

Tezuka rêve grand, très grand. Malgré son statut social, le jeune homme parvient à s’approcher d’une veuve riche, et il s’imagine déjà propriétaire d’une fortune énorme. La vie facile. Mais il rêve peut-être trop grand, et perd de vue sa réalité. À défaut de chercher son bonheur, il cherche une stabilité et une reconnaissance sociale. Il navigue dans l’apparence, et demeure incapable d’en sortir. En réalité, il est prisonnier de ses propres ambitions, il tourne en rond. Rien d’incroyable donc à le voir passer du temps au vélodrome, à faire des tours en allant le plus vite possible. Ou encore, s’offrir des tours de grande roue; sitôt arriver en haut, il redescend.

Du côté des riches, l’ambiance est plus détendue. Les industriels s’offrent les services de jeunes femmes, afin de compenser leur pauvre solitude. De temps en temps, ils discutent avec leurs collaborateurs… en jouant au golf. Mais le travail et l’argent sont au coeur de tout. Derrière l’apparence calme, ces hommes riches essayent de compenser leur perte d’humanité avec leur argent. Malgré tout, ils sont seuls. Et respectés ou non, ces gens là ne sont pas libres. Dire que la jeunesse est capable du pire pour ressembler à eux !

Kiju Yoshida donne beaucoup d’importance aux femmes. Face à des hommes matérialistes et opportunistes, les femmes sont plus nuancées. Elles apportent une touche d’humanité sans pour autant se montrer innocentes. Elles connaissent les règles de la société capitaliste, et savent en jouer. Dans l’histoire, les hommes ne sont rien, et n’ont rien sans les personnages féminins. Les femmes au pouvoir ?

Ce film efface le romantisme habituelle d’une jeunesse en quête de liberté. Au contraire, cette jeunesse, comme toute la société, est rongée et aveuglée par l’ambition de l’argent. C’est l’unique chemin offert par cette époque, la liberté est devenue un produit. Cette tragédie montre l’oubli définitif de l’idée d’innocence, où l’individu n’est qu’un prisonnier laissé à l’abandon. En voilà une époque impitoyable.
Note = 














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Visionnaire. Au final la société a t’elle véritablement évoluée depuis cette époque? Je ne le pense pas, pire elle n’a fait qu’empirer à mon sens. C’est ce genre de films qui poussent à la réfléxion qui manquent de nos jours, je trouve qu’il y en a pas assez. A croire qu’il n’y a plus de problèmes de société à exploiter. Ou peut être n’est-ce pas assez rentable pour l’industrie du cinéma de nos jours ( une histoire d’argent en somme….) !
Tu peux même élargir ta question à est-ce que l’homme a évolué en 10 000 ans. La réponse sera identique. Alors puisque la finalité est la même, autant savourer une histoire racontée par un bon conteur, quelque soit l’époque, ou sa nation