The Ambitious – 1970 – Daisuke Ito

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The Ambitious - 1970 - Daisuke Ito

Dans les dernières années du régime féodal japonais, alors que le pays est troublé est par des conflits de clans et d’intérêts, certains hommes s’interrogent sur l’avenir du pays. Ryoma Sakamoto est de ceux-là, un idéaliste ayant compris l’absurdité des règles féodales dans une époque dominée par les puissances Occidentales dites modernes. Le véritable enjeux, c’est de moderniser le Japon, pas de se battre pour des intérêts périmés.

The Ambitious - 1970 - Daisuke Ito

Un genre et une époque troublée ?
Ce contexte historique, à la fois complexe et très dense, est totalement maîtrisé par notre humble conteur, Daisuke Ito, ce vétéran du cinéma muet qui signe là son ultime oeuvre. Dans cette époque folle et désorganisée, Ito fait apparaître une once d’optimisme en la personne de Ryoma Sakamoto, figure de l’idéaliste par excellence. Mais attention, l’optimisme est un bien grand mot vu l’époque, car quiconque perturbe le système doit en subir les représailles. Si l’idéalisme de Sakamoto est sincère, la société féodale – même en pleine chute – n’en reste pas moins impitoyable.

The Ambitious - 1970 - Daisuke Ito

L’idéaliste
Daisuke Ito filme l’évolution de Ryoma Sakamoto, d’abord samouraï avant d’être un homme idéaliste. Mais un point ne changera jamais, l’isolement du personnage. Raison simple, ses idées sont encore marginales à cette époque. Ce lecteur de Rousseau, et d’autres penseurs occidentaux, est incompris. Forcément, comment faire comprendre l’idée d’une société égalitaire dans une époque où les hommes se battent pour des seigneurs, pour un empereur. Sakamoto est isolé.

The Ambitious - 1970 - Daisuke Ito

Société féodale : présentation
D’ailleurs, l’introduction du film nous permet de replacer l’état de cette époque. La société est divisée, selon la caste et la richesse d’un individu, il y a des privilèges ou des interdits. Cela va du petit détail mineur comme ce pauvre artisan portant des sandales de bois ou un trop beau parapluie, à l’abus le plus grave comme ce riche samouraï autorisé à tuer impunément les plus faibles pour une question d’honneur (Kiri sute gomen). Daisuke Ito pointe d’entrée la folie du Japon féodal.

The Ambitious - 1970 - Daisuke Ito

Portrait d’un fou
Folie contre laquelle Sakamoto s’élève. Lui, le petit samouraï provincial ose briser les règles communes de cette société. Il reste debout en s’adressant à un samouraï plus puissant, refusant de s’agenouiller devant ce genre d’individu. Par la suite, il décide de quitter son clan parce que fatigué de cette vie qui ne débouche sur rien. Juste comme ça, il quitte son clan. À l’époque, on ne quitte pas son clan, ou alors on se prépare à être traqué pour trahison, c’est-à-dire mourir. Peu à peu, Sakamoto apprend à suivre ses propres motivations, oubliant les ordres et impératifs d’un clan.

The Ambitious - 1970 - Daisuke Ito

La peur du changement
La modernité arrive au Japon, avec l’accord ou non des hommes de cette époque. C’est par petite touche que Daisuke Ito nous montre un Japon en plein changement. Les tasses à saké deviennent des verres occidentaux, montres et horloges viennent réguler le temps, les habits traditionnels font place aux costumes modernes (les hommes ressemblent à des marionnettes)… Daisuke Ito apporte aussi un peu de sang neuf à un vieux cliché du genre, l’attaque de l’auberge, où Sakamoto se défend avec un pistolet (un fait historique réel). Le monde change, pourquoi le refuser ?

The Ambitious - 1970 - Daisuke Ito

L’idéaliste aveuglé ?
Sakamoto a bien du mal à faire “accepter” ce changement. Il passe la plupart de son temps à devoir convaincre des seigneurs, à discuter pour créer une alliance politique qui pourrait déboucher sur une mini-révolution de la société japonaise. Mais les mentalités sont difficiles à changer, et même lorsqu’il pensait avoir fait progresser une situation, il se rend compte qu’en fait, tout est resté identique. Par exemple avec son entreprise (l’une des premières au Japon !) de transport maritime, où certains acceptent mal qu’un ancien vendeur ambulant réussissent mieux. La jalousie fait ressortir les vieilles habitudes. Ce monde est difficile à changer ?

The Ambitious - 1970 - Daisuke Ito

L’entourage d’un idéaliste
Même isolé, Ryoma Sakamoto est bien entouré. Il est marié à une jeune femme et pour l’occasion ils étaient partis en voyage de noces (le premier au Japon !). Il a de bonnes relations avec des seigneurs. Mais surtout, l’un des points les plus intéressants et importants du film, son amitié avec Nakaoka (Tatsuya Nakadaï). Les deux hommes ont une conception de la vie bien différente, ce qui ne les empêchera jamais de rester de grands amis. Le dernier quart d’heure du film est sublime à ce niveau-là, Daisuke Ito dévoile la sincérité et l’amour de ces hommes à travers une longue et passionnante conversation sur le Japon. Sublime !

The Ambitious - 1970 - Daisuke Ito

L’Oeuvre d’un maître
Daisuke Ito maîtrise son film et son sujet de A à Z. Tout est parfaitement maîtrisé, les cadres, la composition des plans, le placement des personnages, le décor, le montage…. Derrière tout cela, il y a bien la patte d’un maître. L’histoire de Ryoma Sakamoto est riche, dense et complexe, pourtant Ito conserve une fluidité étonnante qui peut tout à fait être déroutante. Point de didactisme ici, rien que du grand cinéma. Alors que Daisuke Ito réalise son dernier film, sa mise en scène fourmille d’idées incroyables, montrant parfois l’héritage du cinéma muet (ce qui passe limite pour de l’expérimental). L’homme exploite à peu près tout ce qu’il a sous la main pour servir au mieux son récit : jeux de lumière, abstraction du décor, théâtralité du jeu d’acteur, différents effets (fondus enchaînés faisant de Sakamoto un “symbole” par exemple)…

Cette peinture d’un Ryoma Sakamoto idéaliste au grand coeur, portée par un somptueux Kinnosuke Nakamura (qui EST Sakamoto), est juste sublime. Et son final des plus tétanisants. Eijanaika! Eijanaika!

Note =

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1 arnaud March 16, 2008 at 10:19 am

c’est dispo où?

2 Michael March 16, 2008 at 1:05 pm

Chez n’importe quel ‘bootlegger’ (c’est sorti depuis fin août 2007).

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