Zatoichi 7 : Flashing Sword – 1964 – Kazuo Ikehiro

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Zatoichi 7 : Flashing Sword - 1964 - Kazuo Ikehiro

Kazuo Ikehiro, auteur du superbe épisode précédent, vient ici bousculer le mythe Zatoichi déjà bien installé. Par une approche humoristique, Ikehiro souligne les mécanismes parfois grotesques de la série pour mieux dévoiler la cruelle réalité du Zatoichi et de son aventure.

Zatoichi se fait blesser dans le dos par une balle tirée par un lâche yakuza. Il est secouru par des gens de passage qui vont payer les soins et les frais de son recouvrement. Il décide une fois rétabli, d’aller remercier lui-même ces personnes généreuses. Cette recherche l’amène dans un coin tranquille, où il s’avère que ses bienfaiteurs étaient un préparateur de feux d’artifice et la jeune fille d’un chef de clan. Il se retrouve au milieu d’une lutte entre deux clans l’un souhaitant s’approprier un point centrale appartenant à l’autre.

Zatoichi 7 : Flashing Sword - 1964 - Kazuo Ikehiro

Kazuo Ikehiro assume très tôt le ton comique qu’il donne au film, alors à l’opposé d’une ouverture abstraite mettant en scène un Ichi tueur tout juste éclairé, nous allons pouvoir profiter d’un Ichi ronflant au coin d’une salle de jeux improvisée, énervant profondément les joueurs mais finalement réveillé brutalement par des mouches, qu’il tranche la seconde d’après, calmant tout de suite les ardeurs des hommes. Comment ça, des mouches ? Et les hommes alors ? Non définitivement des mouches. Il faudra faire avec ce Zatoichi assassin impitoyable, de mouches.

Zatoichi 7 : Flashing Sword - 1964 - Kazuo Ikehiro

Difficile de faire plus simple comme humour que de tourner en dérision l’aspect qui fait tant rêver les spectateurs. Et ce n’est qu’un début, puisque ensuite Ichi se fait tirer honteusement tirer dans le dos avant d’être aidé par des hommes qu’il va bousculer et faire tomber dans l’eau. L’incroyable reste à venir avec son optimisme et sa joie de trouver des gens qui se distinguent des rats habituels, discours qui dans la seconde d’après est contredit par sa méfiance d’écouter des enfants qui l’avertissent d’un danger proche. Son handicape devient l’objet principal de toutes ces moqueries, d’ailleurs il est le premier à se tourner lui-même en dérision, sans doute sa façon de prouver à quel point il est affecté mentalement par ce handicape qui l’empêche de pouvoir apprécier visuellement les beautés de la vie. Comme on dit mieux vaut en rire. C’est de toute façon une fois que ce masque d’auto-dérision sympathique tombera que le film se dirigera vers un ton plus grave et plus pessimiste, retrouvant ainsi la réalité.

Zatoichi 7 : Flashing Sword - 1964 - Kazuo Ikehiro

À travers l’humour, le réalisateur reprend plusieurs points récurrents de Ichi comme sa politesse, son amour, ou bien déjà mentionné plus haut, sa méfiance et sa force. D’abord l’homme tombe rapidement amoureux de sa jolie bienfaitrice surprise, il est tellement pressé de construire une relation, amicale avant autre chose, qu’il engage la conversation. Le problème c’est qu’il ne se rend pas compte qu’au bout d’un moment il est tout seul et parle dans le vide, la prose romantique de l’humble séducteur passe à la trappe, dommage pour une fois qu’il se montrait vraiment intéressé et essayer de prendre les reines. Après ça, l’homme commence à sentir son ventre grondé, il a faim, mais devant l’hospitalité de la jeune femme il n’ose pas s’imposer comme un goinfre et explique poliment qu’il a déjà mangé. Heureusement, la jeune femme n’est pas dupe et demande à ce qu’on lui serve à manger, Ichi ne peut refuser pareille invitation. Mais encore une fois, il va en faire trop, il avale le premier petit bol de riz avant d’aller se resservir comme un porc, emportant presque la moitié du riz disponible dans son bol et l’avalant sans aucune précaution. Devant sa belle amoureuse, sa prose cède à une bouche archi-pleine, débordante. Quel homme ! Qu’il ne s’inquiète pas, autour de lui, c’est pratiquement la même chose.

Zatoichi 7 : Flashing Sword - 1964 - Kazuo Ikehiro

En effet dès le début, le réalisateur prend à contre-pied les symboles qu’il exploite, en dehors du masseur il y a le maître d’un Dojo qui supplie ses agresseurs de le laisser tranquille. La foule regarde le triste spectacle avant qu’intervienne Ichi, l’aveugle défait les agresseurs tandis que le maître est à genoux, le dos recroquevillé. Avant cela, on avait pu assister à la joie d’un yakuza qui venait de tirer une balle dans le dos de son ennemi, pour ce cas rien d’incroyable, on est toujours dans la continuité d’un monde débile, les yakuzas se sont montrés à plusieurs reprises comme des lâches, alors finalement en voir un essayer d’abattre un homme dans le dos ne surprend plus. Enfin le gros morceau de l’histoire apparaît avec la lutte de territoire entre deux chefs. Le chef, chez lequel Ichi repose, est homme naïf au grand cœur qui ne fait pas payer d’énormes charges, il a une confiance incroyable dans le dialogue et montre un amour pour sa population au point de vouloir organiser chaque année un feux d’artifice, quoi de mieux pour faire rêver les gens qu’un spectacle de mille couleurs.

Zatoichi 7 : Flashing Sword - 1964 - Kazuo Ikehiro

Face à lui, un homme avide, on peut penser qu’il s’agit là d’une stature imposante et respectée, pas vraiment puisque l’homme bégaye arrivant difficilement à terminer ses phrases. Lui ne connaît pas l’honneur ou le respect, il cherche avant tout à satisfaire son intérêt et est prêt à faire des sacrifices pour atteindre son but. La lutte est encore une fois ridiculisée, pas seulement pour son objet mais aussi de par la relation qu’il y a entre les deux hommes. Parfois le naïf rend visite à l’autre, la rencontre est surprenante, on est loin d’une organisation et d’un respect propre et impeccable, au contraire le naïf attend patiemment son tour pendant que l’autre chef termine une partie d’échec avec un subalterne. Apparemment ça ne dérange pas le naïf d’être considéré de même importance qu’un homme banal et sans influence. Ce dernier ne se rend même pas compte des éventuels plans de son opposant, on dirait qu’il est sur un nuage et pense que la médiation d’un Intendant règlera le problème.

Zatoichi 7 : Flashing Sword - 1964 - Kazuo Ikehiro

Évidemment avec cet humour, la grossièreté des individus apparaît plus clairement, c’est une bonne manière de jouer avec les symboles qui traînent depuis le début de la série afin d’essayer de passer à autre chose. Car il faut dire que les yakuzas et l’habituel conflit est une constante qui peut commencer à fatiguer tant il en ressort les mêmes images d’un monde ridicule et lâche. Avec l’humour le réalisateur ne fait que pousser ces idées à un niveau maximum histoire de les assumer pleinement et de mettre un terme à ces clichés. En ce qui concerne Ichi, la donne est différente puisqu’elle se conclue sur une note grave pointant son impossibilité à pouvoir profiter du spectacle du feux d’artifice alors qu’il dessous, il n’en voit rien, son visage est tout juste illuminer par les couleurs, nous aurons par contre la chance de voir quelques extraits de ce spectacle libre et fou monté en parallèle d’une séance d’action noire et enfermée. Zatoichi ne peut rêver les yeux ouverts, la beauté environnante lui est inconnue.

Zatoichi 7 : Flashing Sword - 1964 - Kazuo Ikehiro

Pour Kazuo Ikehiro cette nuance de ton est l’occasion de jouer sur l’ambiance. Dans la première partie, nous profitons de la nature, une lumière omniprésente, peu d’ombre, une ambiance bon enfant, et dans la deuxième partie nous retrouvons la mise en scène du sixième opus, avec une obscurité dominante, à peine éclairé mais subissant Ichi et sa volonté de plonger les hommes dans le noir absolu. Plus on avance dans le film, plus on se trouve comme enfermé aussi bien par le jeu de lumière que par l’utilisation des décors, à l’image du combat final se déroulant dans un dédale de couloirs serrés. À ce propos, il réalise une scène de combat des plus formidables, elle se passe à moitié dans l’eau avec un Ichi entouré par plusieurs hommes et qui après une attaque collective plonge et tranche les corps sous l’eau, à la surface les hommes coulent les uns après les autres. C’est comme si le réalisateur essayait d’immerger la violence loin du monde de la surface, pour la maintenir à l’écart, l’empêcher de contaminer le film. L’acte est vain vu la finalité, mais la scène est splendide.

Zatoichi 7 : Flashing Sword - 1964 - Kazuo Ikehiro

Cet opus pourra surprendre durant sa première partie de par son ton totalement décalé avec le reste de la série, mais pourtant à tous les niveaux nous avons à faire à un grand épisode. Du côté de l’histoire nous partons de plusieurs points rapidement abordés qui finissent par trouver une réponse au sein d’un ensemble, formant une harmonie parfaite et sans faille. Pour la réalisation, on va du plus sobre au plus infernale, le travail de Kazuo Ikehiro se fait toute en nuance. Puis pour Zatoichi on reste dans son amertume, l’homme demeure sincère et honnête avec les autres, suivant comme souvent sa voie pour résoudre un problème.

Zatoichi 7 : Flashing Sword - 1964 - Kazuo Ikehiro

Le dernier plan fait sans doute parti des plus beaux de la série, il révèle bien la frustration désespérante du personnage qui bien qu’illuminé par le spectacle ne peut se résoudre qu’à l’imaginer en rêve. Sous l’humour se cache simplement la réalité ironisée d’un monde en perdition, servant trop souvent de base à des histoires se complaisant dans ces symboles basiques sans rien en faire de véritablement surprenant. Quitte à filmer Zatoichi, autant maitriser sa “mythologie”.

Note =

***Bande-annonce

[Video]


Infos

- A Tough Kite (Zatôichi abare tako, 座頭市あばれ凧)
- Avec Shintaro Katsu, Tatsuo Endo, Bokuzen Hidari… (IMDb)
- Disponibilité : DVD Z1 STA

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