Zatoichi 4 : The Fugitive – 1963 – Tokuzo Tanaka

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Zatoichi 4 : The Fugitive - 1963 - Tokuzo Tanaka

Après les remords et la remise en cause du statut de masseur sabreur du Zatoichi, tuant aussi bien qu’il masse, c’est au tour de la confiance et du respect d’être questionnés. Zatoichi continue de se dévoiler, ici sur son passé et ses sentiments. Niveau réalisation, on sort de l’apparent cauchemar ambiant filmé en studio pour prendre l’air et goûter à la vie, profiter de la chaleur et des coups de vent. La nature submerge presque tout le film. Les hommes n’y échapperont pas…

L’histoire

Zatoichi se retrouve mêlé à une guerre de territoire entre des yakuzas après avoir tuer maladroitement le membre d’un clan naïf pensant arriver à toucher la somme mise sur la tête du masseur. Ce meurtre suffit comme simple prétexte aux chefs qui vont essayer de faire de Ichi le bouc émissaire à éliminer, masquant ainsi le véritable but, s’accaparer les terres de leurs ennemis.

Zatoichi 4 : The Fugitive - 1963 - Tokuzo Tanaka

Zatoichi dans le doute…

Avec ce film, le réalisateur change directement d’approche en donnant à l’environnement naturel une place dominante au sein du récit. En effet, dès l’ouverture il chercher à capturer la chaleur et la transpiration du masseur en pleine marche, la tête de Ichi est prise en gros plan, mettant bien en valeur ses énormes goûtes de transpiration et son calvaire. On pourrait penser qu’il ne fait que de subir concrètement ses remords qui l’ont tant dérangé durant l’épisode précédent, tout comme la chaleur présente, il ne contrôle pas plus sa fatalité de criminel bandit, statut qu’il se plait modestement à énoncer.

Un aveugle contre un sumo ?!

Ce temps ensoleillé est une aubaine pour la population qui se rend sans hésiter voir les spectacles de rue, apparemment nous assistons à une fête. Quoiqu’il en soit, la caméra avale les images de ces gens pressés les uns sur les autres à regarder et crier devant un spectacle, ou tout simplement lorsqu’ils marchent entre les attractions, la foule est dense et serrée, la chaleur se fait pourtant sentir. Puis, devant un combat de sumos, Ichi ne se dégonfle pas et se rend sur le terrain pour battre un adversaire vantard. Imaginez l’affiche, un aveugle face à une brute. On connaît forcément la suite sachant la connaissance minutieuse du corps qu’à Ichi. D’une certaine façon, comme souvent, cette introduction englobe quelques idées importantes qui seront concrétisées par la suite.

Zatoichi 4 : The Fugitive - 1963 - Tokuzo Tanaka

Combat naturel

En effet, la chaleur permet de faire suer le corps, de lui imposer une sorte de force extérieure à sa simple volonté, de le mettre face à sa nature. De même en ce qui concerne les combats physiques, on est rarement amené à assister à des combats aussi virils où les corps s’entrechoquent, les hommes s’empoignant à la ceinture ou par les membres, en général c’est plus les lames qui tranchent sèchement la chair. La distance est rompue, les hommes sont mis à nu devant une réalité oubliée qui pourtant est omniprésente, mais toujours cachée derrière un jeu de lame ou dans une situation agréable où les hommes ne prennent plus vraiment de risques.

Zatoichi, le faux pas !

Si Zatoichi se retrouve impliqué dans une lutte de territoires, c’est parce qu’il éprouve toujours un problème vis-à-vis de ces remords, bien qu’ayant compris sa fatalité. En tuant il est ramené à son statut de criminel qu’il a essayé de dépasser, il s’accorde à vouloir faire évoluer ce problème. Quand il va tuer le jeune homme, il ne vas pas se comporter comme un malpropre, même si son coup a été fatal, il s’intéresse à sa jeune victime dans l’espoir de ne pas abandonner le corps au milieu de nulle part.

Ichi pense à la famille et comprend surtout que le jeune homme qu’il vient de tué a été victime d’un coup monté, une vie pour un peu d’argent, un peu d’argent pour oublier la mort. C’est avec ce genre geste qu’on prend plaisir à suivre ce personnage modeste et sincère, plus humain qu’il ne le laisse dire. D’ailleurs auprès de la mère de la victime, il n’y a pas un désir de vengeance, la vieille femme se rend compte tout de suite du fond de l’homme qui a tué sa seule famille, elle ne montre aucun signe de haine, elle l’accepte.

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Le masseur qui dérange

Pour Ichi, il va désormais falloir réussir à gérer la difficile situation dans laquelle il se trouve, non par rapport à sa victime, mais par rapport aux clans qui manigancent. Il faut aussi rappeler que la réputation du masseur n’est plus à faire et qu’il est rapidement reconnu là où il se rend, devenant une cible à détruire pour le bien des activités en cours, avant tout. Néanmoins, il va affronter avec humour cette situation allant par exemple provoquer les chefs lors d’une cérémonie spéciale. Evidemment, lui l’aveugle est sans cesse rabaissé à un rang minable par ces hommes de pouvoir et d’argent qui ne s’intéressent pas du tout aux sentiments. La gloire et le pouvoir restent les seuls points essentiels à leurs vies, Zatoichi est la barrière.

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Divers personnages

On découvre alors différents autres personnages au milieu de cette lutte, certaines figures sont récurrentes à travers la série comme le samouraï ou la femme incroyablement amoureuse d’un homme. En dehors des chefs arrogants animés par des volontés toujours plus misérables, il y a l’opposé de Ichi, un sabreur imposant, maîtrisant son art, il s’agit du fameux samouraï. Mais un changement est opéré quant à son utilisation, il n’est ni un allié, ni un égal, au contraire il appartient à la case des adversaires.

Zatoichi 4 : The Fugitive - 1963 - Tokuzo Tanaka

Le Samouraï (habituel)

La relation entre les deux hommes est avant tout conflictuelle, le samouraï voit à travers le masseur un ennemi de taille qui pourrait lui apporter une certaine reconnaissance, sachant la réputation de l’aveugle. On pourra cependant voir tardivement apparaître une forme de respect, mais pour l’heure c’est une dualité parfaite, qui se dégage déjà lors de la première rencontre dans les escaliers des deux hommes, plein de méfiance, ils comprennent tout de suite la qualité de chacun et le danger que l’autre peut représenter.

Du côté de Ichi, le samouraï s’impose comme un test de force, pour l’une des premières fois, l’art du masseur rencontre un obstacle qui fait douter l’homme quant à ses chances de réussite. Ce problème ressortait dans le film de base, mais il n’était pas vraiment bien mis en avant, on sentait surtout le barrage crée par l’amitié mutuelle plus qu’une peur de l’échec, quoiqu’en dira Ichi par la suite. C’est donc cet homme qui fait ressurgir la possibilité d’échouer, de se faire tuer.

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L’amour retrouvé ?

Ce doute prend une ampleur plus importante lorsque Ichi retrouve son amour d’origine, la belle Tane, devenue compagne du samouraï. Nous avons à faire à l’image de ce qu’aurait pu être la relation entre Tane et Ichi si elle avait été possible, un désastre où l’homme s’est fait dominé totalement, bien qu’en dise les apparences, par la magnifique femme. En tant qu’aveugle, Ichi est resté dans la première image qu’il a de cette femme, l’imaginant comme pure et merveilleuse, sans jamais prendre compte les années qui passent.

C’est un problème qui revient aussi chez Ichi, cette difficulté à accepter que les hommes et les sentiments évoluent au fil du temps, même si il est lui-même la preuve de ce changement via la série. Ainsi, le masseur fait face à un couple pourri et sans avenir symbolisant pour lui un obstacle personnel mélangé à son problème à considérer que les individus changent, et que par conséquent même la plus belle des roses finie par faner, si ce n’est pas physiquement c’est mentalement que le changement s’opère. À ce couple mort, s’oppose un jeune couple d’amoureux qui se trouvent dans une position différente puisque le rêve du père de la jeune fille empêche la relation de pouvoir s’établir.

Les parents perdus

Après les couples et amants, il y a enfin les parents. D’un côté la mère venant de perdre son fils va reporter son amour et sa tendresse d’une certaine façon sur Ichi, tandis que de l’autre côté, le père, propriétaire d’une auberge, cède à l’égoïsme. Il ne fait que de suivre le rêve de pouvoir retrouver une forme de liberté, débarrassé du fardeau de la lutte de territoire. C’est cette volonté de gagner en liberté qui vient étouffer les ardeurs de la jeune femme. Au milieu de tout ça, il y a Zatoichi incarnant selon les moments un père adoptif, un ami ou un fils, mais jamais le statut qu’il se donne, à savoir celui du criminel. Mais comme tous les autres personnages, il n’est pas exclu de la réalité et ce paradoxe confirme qu’il s’enferme dans une illusion là où les autres vont apprendre au contraire à accepter leurs statuts et à prendre en considération l’importance du libre choix de leurs enfants, ou tout simplement d’eux-mêmes.

Zatoichi 4 : The Fugitive - 1963 - Tokuzo Tanaka

Conclusion

Ce quatrième film garde un ton intéressant en approfondissant l’errance mentale de Zatoichi qui devra apprendre à ne plus livrer sa confiance trop facilement, d’une manière générale à se méfier toujours plus des gens qui l’entourent. Par certains côtés, même si ce personnage a de l’expérience, il conserve un côté naïf surprenant, preuve qu’il n’a sombré dans une vision pessimiste et sans échappatoire de cette société. Comment son humanité est supposée réagir face à ces lourdes déceptions qui touchent directement son cœur sincère et honnête ?

Le dernier plan est particulièrement révélateur de ce triste changement, à l’amusement et aux bouffonneries, son visage ne peut s’empêcher de se renfermer, marquant la douleur de ne pas avoir été capable de comprendre la réalité des sentiments d’une image, idéalisée. La rage du combat final, au passage scène magnifique se terminant près d’un cours d’eau en pleine nature, se révèle vaine, une fois encore l’homme n’a pu sortir de son essence de tueur, l’amour n’est finalement pas plus une justification qu’autre chose pour se comporter de cette manière. C’est la victoire de la désillusion, la réapparition de sa nature.

Note =

***Extrait

[Video]


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