Analyse Séquence – Le Sabre de la bête (1965, Gosha)

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Sorti début décembre dans un anonymat glacial, Le Sabre de la bête, second film réalisé par Hideo Gosha est pourtant une merveille de mise en scène. Retour en détail sur ce joyau du chambara, avec cette scène comme exemple :

Alors que cache cette scène très simple ?

Avant-propos : le contexte

La scène marque la première rencontre entre le personnage principal (un rônin anciennement idéaliste pourchassé par son clan car accusé de traîtrise) et un couple de chercheurs d’or (en pleine mission sur ordre de leur chef de clan, ils doivent se faire largement récompenser, ils se reposent sur l’espoir de la récompense).

Ils se trouvent tous dans les Montagnes Interdites du Shogun (du régime) (la main-mise du régime s’étend jusqu’à la nature – ironie ?), un endroit réputé pour l’énorme présence d’or (double ironie) et donc interdit à tous (des troupes font des rondes, il y a un risque de sanction mortelle).

Compte Rendu

Analyse Séquence - Le Sabre de la bête (1965, Gosha)
Se prépare à attaquer

Gosha rythme cette scène par la méfiance/surprise. L’homme de la cabane s’interrompt car il entend un bruit extérieur et décide d’attaquer, ce qui engendre une violente coupure amplifiée par le cri de l’acolyte (l’apparition visuelle de l’homme de la cabane est trop rapide pour s’imposer dans le cadre). Une autre coupure (avec un changement d’échelle de plan) intervient lors du dialogue quand la femme apparaît. Le héros se doutait que la cabane était occupée par un homme récupérant l’or de la rivière (il est sur ses gardes) mais il n’imaginait pas qu’il s’agissait d’un couple, élément dramatique car une femme n’a rien à faire dans un lieu pareil (voir le plan de sortie du rônin qui dure = choc).

Analyse Séquence - Le Sabre de la bête (1965, Gosha)
Désarmé, il attend (tension)

Le duel met les deux “samouraïs” sur le même niveau, ils sont face à face et d’une force égale, à noter l’échelle des plans et leur placement lors des champs-contre-champs (ils se complètent, l’un à gauche, l’autre à droite). C’est par le duel que l’homme de la cabane “s’impose” dans le cadre, contraint à utiliser la force (ce qui en dit long sur sa mentalité de samouraï). En fait, ils agissent comme des miroirs jusqu’au mouvement de sortie – ils traversent l’écran, pause au centre, puis se dirigent dans le fond à l’opposé de leur placement initial (l’un à droite, l’autre à gauche – porte de la cabane). Si le mouvement est identique, il est bien plus court chez le mari qui s’empresse de rentrer dans la cabane pour sauver le fruit de son travail tandis que les deux autres hommes restent pensifs, se détachant plus de la réalité et des peurs, ils rêvassent et réfléchissent.

Analyse Séquence - Le Sabre de la bête (1965, Gosha)
Défense par le sabre

Basiquement, Gosha montre deux hommes identiques, ils sont pareils à la seule exception, la place du sabre. En voyant la femme, le héros revient à ses pensées, son côté humain apparaît clairement. Le sabre sort du champ pour laisser la place à la tête de l’homme (un gros plan met l’accent cette intériorisation, en fait, ça le ramène à sa propre histoire, d’ailleurs il ne parle pas, encore sous le choc, voir aussi le long plan de son départ qui montre son état pensif/choqué). Alors que le mari garde son sabre en avant, il souligne verbalement la place de l’arme, ce n’est pas seulement une façon de montrer une détermination mais aussi de symboliser la soumission au code (à son clan).

Analyse Séquence - Le Sabre de la bête (1965, Gosha)
Le choc !

À noter qu’il ne regarde jamais sa femme, le dialogue se réparti entre les hommes. Gosha donnera une courte importance à la femme en fin de scène lorsqu’il ne semble plus y avoir de danger, donc que son mari n’a plus à tenir le premier rôle (l’angle oblique permet aussi d’exploiter la différence de taille des individus, le mari est puissant et fort au premier plan, la femme est anonyme, floutée et muette au second plan). Par ce court plan, la femme parvient à sortir de l’emprise de son mari, elle est intéressée par l’autre rônin qui l’a remarquée. Ce plan intervient comme une réponse tardive à l’intention de cet homme, elle aussi, elle l’a remarqué. Un lien (de confiance ?) s’établit entre eux.

Analyse Séquence - Le Sabre de la bête (1965, Gosha)
Mise avant de la femme

À côté de la différence de considération du sabre et de son code, il y a tout simplement la différence d’univers, le héros qui ne considère plus le sabre s’inscrit dans le décor naturel comme s’il en faisait parti (un animal, une bête) tandis que le couple, très croyant (aveugle), n’existe qu’avec cette cabane toute puissant qui domine leur espace (sur laquelle se raccroche la femme). La situation est ironique, cette cabane de montagne n’a rien d’un édifice solide, tout comme le code des samouraïs.

Bonne (re)découverte de ce superbe film !

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