
En ce début des années 70, Hasebe se retrouve aux commandes d’une histoire parlant la jeunesse japonaise. Plus spécialement d’un groupe de jeunes femmes, avec en tête Meiko Kaji, l’icône en devenir de cette décennie. Le réalisateur avait déjà filmé la jeunesse quelque années auparavant dans Black Tight Killer (1966) et son propos prétexte à montrer de jolies jeunes femmes indépendantes et héroïques vivant dans la pleine folie des années 60, qu’il capte totalement avec ses effets rappelant sans peine le travail de Seijun Suzuki.

Folie pop ’70s
Avec ce nouveau film, s’il conserve soigneusement l’ambiance de l’époque, en roue libre parfaite, il va apprendre d’un autre côté à nuancer son propos qui cette fois-ci se révèle plus pessimiste, largement moins niais et idéalisé. Il va aborder entre autres le rejet des métissés tout en nous plongeant dans des sortes de bas-fonds modernes avec gangs et prostitution, sans oublier la drogue et l’errance des individus. Il n’utilise pas ces éléments comme outils de critique à la manière d’un Fukasaku dans son Kamikaze Club, il préfère en retirer une ambiance, une atmosphère précise autour de laquelle il construit son film, il n’y a donc pas de hasard à se retrouver avec un scénario bordélique duquel on peine à discerner une continuité et une logique, il s’agit bien plus de faire évoluer archaïquement les personnages dans cette situation, aller d’un ton jazzy et calme à celui pop rock électrique, d’un sentiment de liberté et de folie ambiant avec violence et tentative d’amour.

Un groupe de jeunes femmes errent tranquillement dans les artères d’une ville à la recherche d’un peu d’action ou de tendresse, de calme et de furie, allant de bar en bar. Mais elles doivent faire face à la violence des hommes, plus particulièrement celle du gang dénommé Eagles qui s’amuse à mettre la panique partout où il se rend. La situation s’envenime quand un métisse débarque en ville cherchant sa petite sœur, il devient la nouvelle cible à frapper pour le gang.

Révolution féminine…
Dans ce monde noir, les femmes ont autant d’importance que les hommes, elles peuvent enfin affirmer leur liberté et s’imposer dignement sans avoir de compte à rendre ou à s’abaisser aux impératifs de la prostitution pour survivre. Notre regard vient se poser sur une de ces bandes de jeunes femmes à l’esprit coriaces, très loin de la faiblesse habituelle, elles suivent à la lettre des codes qui peuvent les amener à devoir régler à l’arme blanche des conflits entre elles, il est question de respect. La chef de cette bande, Mako, se différencie des autres de par un comportement plus fermé et plus sobre, la femme n’est pas très expressive, elle reste sereine mais sévère. Son style vestimentaire lui permet aussi de se démarquer des autres, d’un genre classieux presque façon vieille europe, elle porte en plus un chapeau noir venant enfermer ses rêves et espoirs de jeune femme, marquant d’emblée son pessimisme.

…Ou objet de désir ?
Afin de mettre en avant ces femmes, le réalisateur se veut efficace et concret et opte pour un montage alterné lors du générique d’ouverture où aux plans de la bande marchant dans la rue face à la caméra se succède des légers plans d’une zone militaire parfaitement close, difficile de ne pas comprendre que liberté et l’indépendance de ces femmes, sachant dépendre uniquement de leurs sentiments, elles n’ont pas besoin de maître pour vivre. Mais cette liberté n’est rien tant qu’elle reste une simple opportunité de faire la fête, de boire ou de fumer du shit voire même de choisir à quel homme on désire offrir son corps, on pourrait presque plus parler de laisser aller, car chacune d’elle espère trouver l’Amour et sortir de cette vie d’errance et d’amusement pour partager une véritable passion idyllique, comme si cela était l’unique chose que cette société ne pouvait pas contrôler.

La bête masculine
Autour d’elles, il n’y a pas d’hommes intéressants et responsables, le film les présente tous comme des vulgaires animaux sans once de dignité ou d’honneur, ils agissent comme des bêtes. En dehors des salariés ou patrons qui viennent se payer les services d’une jolie minette, on retrouve surtout le gang Eagles mené par le Baron, sorte de parrain local, qui sous sa belle gueule et ses lunettes cache un comportement violent des plus extrêmes, sans limite, se donnant comme mission d’assainir son pays, de tabasser tous les étrangers possibles sauf quand ils ont bien sûr de l’argent. L’homme croit vraiment à sa guerre et cela depuis son enfance où il a assisté impuissant au viol de sa sœur.

L’état du Japon
Impossible de ne pas remarquer la contradiction permanente d’une telle pensée à une époque où la société japonaise s’est faite américaniser à outrance. D’ailleurs, le réalisateur dans sa recherche d’ambiance se voit forcé de capturer cette réalité à commencer par la musique pop pour continuer avec ces nombreuses bouteilles de coke sans oublier les jeeps dans lesquelles roulent les Eagles ! Il n’y a donc pas plus vain qu’une telle lutte surtout quand elle s’en prend aux mauvaises cibles pourrait-on dire. Mais s’ils désirent chasser les étrangers, ce n’est pas pour autant qu’ils se comportent dignement, ils se laissent aussi séduire par le rythme fou d’une vie sans limite où l’on peut conduire des jeeps librement, fumer et boire avant d’aller bastonner une victime innocente choisie complètement au hasard. Il y a le besoin de se défouler et d’utiliser une fausse justification pour se faire croire qu’on est utile à la société alors qu’on n’est que des misérables voyous. Alors pour ces femmes, il y a forcément la nécessité de faire attention et de rester attentives si elles ne souhaitent pas servir de vulgaire proie à la bestialité de ces hommes, incapables d’être intelligents et honnêtes et chassant les quelques individus différents pourtant porteurs d’amour.

Désespoir camouflé
Sans chercher à développer véritablement les relations entre les personnages, qui font plutôt dans le superficiel et le vite expédié pour garder une certaine cohérence au film, Hasebe nous livre avant tout une ambiance particulière et déjantée en nous promenant à travers ces bas-fonds glorifiés par la passivité générale de cette jeunesse. Des bars, on n’en verra plusieurs qui auront chacun une spécificité d’atmosphère propre, dans un il y aura des musiciens sous acides se laissant guider par le rythme infernal de leurs rêves, aidés par une lumière sombre et colorée. Dans un autre, ce sera l’inverse avec des chanteuses pop portant des vêtements aux couleurs de l’époque, jaunes et flashy. Et dans le bar le plus calme, il n’y aura rien de plus qu’un lecteur de vinyles faisant tourner la voix d’une chanteuse jazzy relâchée et calme, conférant à l’endroit une atmosphère propice à l’apaisement des esprits, comme si parmi tous les bars, il n’y avait que celui-ci d’où se dégageait vraiment quelque chose de sincère, n’essayant pas de camoufler la solitude et les tourments de cette jeunesse sous des lumières et une musique d’époque. Elle apparaît brute de forme.

Jeunesse libérée ?
D’une façon bordélique mais non dénuée de charme, ce film transpire la liberté en s’employant à laisser vivre ses personnages perdus, les voyant errer d’un endroit à un autre à la recherche d’un éventuel rapport humain honnête, sans limite, ni morale ni physique, ils sont absolument libres et quelque part fous de l’être. Au sein d’une société américanisée, alors que les hommes n’accusent pas leurs contradictions, les femmes s’affirment et les provoquent n’hésitant pas quant aux moyens à utiliser pour se faire respecter, comme par exemple se servir d’une bouteille de coke comme d’un cocktail Molotov, traduisant par la même occasion l’ironie de la société en sa croyance à cette culture tout en posant Meiko Kaji comme une femme définitivement forte et déterminée dans ses actes.
***Extrait
Infos
- Stray Cat Rock: Sex Hunter (Nora-neko rokku: Sekkusu hanta , 野良猫ロック セックスハンター).
- Avec Meiko Kaji, Rikiya Yasuoka, Tatsuya Fuji… (IMDb)
- Disponibilité : DVD Z1 STA (Homevision)












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