Analyse Séquence – Zatoichi (19) Les tambours de la colère (1968, Misumi)

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Le combat final :

Comme à son habitude, Zatoichi se doit d’affronter un samouraï. Par le sabre, c’est deux univers aux codes bien spécifiques qui se croisent, celui des yakuzas et des samouraïs. Et ici, Misumi livre l’un des meilleurs duels de toute la série en utilisant la musique, l’environnement et un découpage précis mais posé pour construire son combat. Il commence par mettre son Zatoichi dans une position délicate, donnant l’avantage au samouraï qui s’impose dès son arrivée. Manière de poser le danger et le doute avant même le début de l’affrontement…

Analyse Séquence - Zatoichi (19) Les tambours de la colère (1968, Misumi)

De par son positionnement, le samouraï domine déjà le masseur, il arrive calmement, il apparait au premier plan d’un contre-champ, il dispose seul de ses plans et se place entre le portail d’entrée et un arbre. Quand le masseur sort tout juste d’un combat violent, il arrive en courant, la femme lui saute tout de suite au coup, et il est comme écrasé entre les deux arbres du fond (en fait trois). D’ailleurs, c’est quand il repousse la femme, qu’il peut regagner l’espace complet entre ces arbres, que le combat va commencer (avec comme par hasard, trois arbres principaux dans le cadre).

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Au tout début du combat, Misumi fait apparaître l’atout de Zatoichi, qui va s’avérer être aussi sa faille. C’est le bruit des feuilles reposant sur le sol. En faisant durer un gros plan sur le visage du masseur, c’est l’installation de la confiance. Même aveugle, le masseur va pouvoir vaincre cet adversaire. Pourtant, juste après la première attaque qui permet aux hommes d’inverser d’endroit, la situation change dramatiquement (avec le troisième pas du samouraï, il ne gratte plus son pied par terre, il s’avance). Zatoichi perd son atout, son ouïe est brouillée par les tambours. De nouveau, un gros plan sur le visage du masseur, cette fois-ci c’est l’incompréhension.

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La seconde attaque est très brouillonne, les hommes tournent en rond. Misumi fait planer le doute. Est-ce que Ichi va être capable de tenir bon ? Il évite les attaques, se montre offensif mais sans succès. Il pousse le samouraï à l’observer, ce dernier est d’ailleurs réduit à l’état d’ombre dangereuse. Mais voilà, le dernier coup fait tomber le doute (rupture, changement de plan). Ichi est touché. Pour s’en convaincre, Misumi fait appel à la jeune femme. La véritable rupture, c’est lorsque le samouraï prend bien conscience de son avantage, un changement d’état caractérisé par un leger mouvement de caméra (horizontal) en gros plan. Le samouraï se positionne même comme un bourreau prêt à achever sans pitié sa proie. Il tourne sagement autour de Ichi, au second plan il ne risque rien. L’aveugle qui occupe le premier plan essaye de trouver ses repères dans ce bruit infernal.

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Les arbres réapparaissent pour mieux diviser l’espace, mais surtout parce qu’ils sont désormais les uniques points de repères de l’aveugle qui vient s’appuyer contre l’un des troncs. Après avoir attaqué frontalement, le samouraï reprend sa position de chasseur. Il se montre vicieux et veut prendre son adversaire par surprise. Quel genre d’homme d’honneur se comporte ainsi ? L’ironie de cette situation, c’est que même désavantagé, Ichi continu de mener la danse. C’est lui qui fait évoluer l’action, c’est lui qui repousse son adversaire, un samouraï trop préoccupé à conserver son statut de chasseur guettant sa proie. Misumi fait bien apparaître cette attente volontaire, l’homme prend soin de bouger son pied silencieusement, de regarder son adversaire perdu.

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Le samouraï s’est trop ancré dans son attente, il commence à perdre de sa puissance. Maintenant, c’est Ichi qui tourne autour de lui, à la majeure différence qu’il ose le corps à corps jusqu’à se rouler par terre. Et là, Misumi filme le plan pivot. Alors que le samouraï tient l’ultime opportunité de massacrer Ichi, son avantage se termine, les tambours s’arrêtent. En regardant le plan, l’homme domine complètement le corps presque inerte de l’aveugle, de par son sabre et sa posture imposante. Mais voilà venu le second mouvement de caméra (vertical), suivant l’avancement du samouraï vers sa victime, le temps est écoulé !

Analyse Séquence - Zatoichi (19) Les tambours de la colère (1968, Misumi)

Entre deux arbres, Ichi se roule par terre en sabrant le samouraï. Le sol devient ici l’unique repère sauf que trouve l’aveugle, tomber par terre ce n’est pas seulement provoquer le samouraï (qui tient à garder sa dignité) c’est aussi exploiter l’environnement. Le montage s’adapte à ces deux changements, la fin des tambours (changement d’angle & bruit des feuilles), le cri du samouraï (nouvel angle, l’homme est à genoux). Ces deux coupures très rapprochées se posent comme un tempo brisant toute l’attente précédente. À noter que le samouraï se dépêche d’étouffer son cri, même blessé (ce qui l’affaiblit doublement), il veut conserver une posture silencieuse comme s’il n’avait pas encore bien compris sa situation (c’est parce qu’il lui fallu attendre une attaque sous les tambours pour comprendre son avantage qu’il n’a pas pu achever Ichi, sa stratégie du chasseur est devenue sa faille – en réponse à l’ouïe du masseur).

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Le combat s’achève, les deux hommes prennent le temps de se remettre debout. Ichi est désormais de face, on ne voit plus sa tunique tranchée (qui apparaissait dans tous ses plans : sur un tissu marron, le coton blanc est bien en évidence) alors que le samouraï toujours de face, est en pleine souffrance (il mord un bout de tissu et saigne). Puis, en un clignement d’oeil, Ichi exécute le samouraï. L’homme s’effrondre tout de suite en faisant du bruit, comble pour un homme qui souhaitait garder le silence.

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Pour ce combat, Misumi exploite les failles réciproques de ses deux personnages en jouant sur une musique très rythmée. Pour autant, Misumi conserve un montage et des plans précis suivant les principales évolutions de l’action. Il n’adapte pas son combat au rythme de cette musique, elle sert plus à poser une pression les hommes (elle est presque hypnotique), Ichi doit se forcer à retrouver des repères quand le samouraï bien que dominant veut rester prudent (ou lâche). Malgré la colère des tambours, la scène est posée, il n’y a pas une dynamique visuelle violente. D’ailleurs, Misumi n’hésite pas à laisser ses personnages évoluer dans un espace spécifique pour mieux couper lorsque le combat change d’étape, façon de souligner clairement les grands moments. Le tout filmé dans une forêt avec précision où Misumi gère l’espace rigoureusement. Les arbres permettent de quadriller l’endroit, de diviser proprement les cadres, de rendre compte aussi de l’état des personnages (comme en début de scène ou lorsque Ichi se pose contre un tronc voire aussi quand il se roule par terre). Aussi dès le commencement du combat, les hommes ne se parlent plus, ils s’observent (et c’est quand il n’y a plus besoin de trouver des repères que le combat s’achève). Toutes les tentatives de faire du bruits sont stoppées, façon de maintenir la tension (les hommes – nous aussi – doivent s’en tenir au langage du corps).

À écouter la B.O de Zatoichi (immanquable).

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