
Norifumi Suzuki se propose d’approfondir le regard critique porté dans son Sex & Fury envers l’Eglise, symbole de sadisme en pleine ère Meiji, en l’appliquant à un schéma simple, qui n’est pas sans rappeler son Pensionnat des jeunes filles perverses. Ainsi après avoir exploité un contexte historique particulièrement instable, l’homme revient se concentrer sur une institution spécifique, au lycée des bonnes espérances fait désormais place un couvent. Si par l’enseignement, il était parvenu à dresser l’image d’une société contemporaine corrompue à tous niveaux, prenant l’institution dans son ensemble, il ne peut que s’engager à faire de même pour l’Eglise, microcosme internationalement reconnu, de Rome à Tokyo il n’y qu’un pas.

Mais ici, l’environnement est exclusivement constitué de femmes perdues, à l’exception d’un Révérend et d’un petit ami, couvent oblige, tabous de rigueur. Plus que jamais, le couvent incarne des règles strictes, tout comme un lycée ou un gang, il y a le même impératif, se soumettre à un règlement. Sauf qu’a l’honneur à l’éventuelle discipline, il y a le justificatif moral du Seigneur tout-puissant qui se retrouvera à son tour remis en cause, devant affronter ses propres contradictions ambiantes. Ce qui ressort inévitablement c’est l’hypocrisie d’une sphère vantant la pureté et s’imposant comme véritablement tortionnaire dans le même temps, fouetter pour éprouver la foi des fidèles enlève au geste son apparence sadique et sanglante. Par la même occasion, les passages obligatoires du genre rentrent parfaitement dans l’optique de cette vision critique, tortures et amour revêtent ici une signification symbolique approuvée par un réalisateur qui ne s’éternise pas sur une poitrine passante, sans faire dans de l’exploitation bâtarde, il reste sérieux et consciencieux dans son approche.

Maya décide de rentrer au convent, portée par la curiosité de ses origines. En effet, sa mère fut autrefois une pensionnaire de l’endroit, décédée dans des circonstances inconnues qui laissent penser à un meurtre. Derrière la foi, la jeune femme désire trouver la vérité.
Une hérétique aux pays des nones sadiques
D’une partie de Hockey dont se dégage toute la violence et la primitivité masculine, suivie par une promenade dans une ville folle et vivante, illuminée par nombre de panneaux, nous passons à l’ambiance sinistre d’un couvent retiré du reste du monde, comme figé depuis des siècles dans une campagne désertifiée. Plus de voitures, de musiques, de lumières dans tous les sens, l’atmosphère de la vie n’existe définitivement plus dans cette place spirituelle et si les corbeaux n’osent pas nous accueillir par un magnifique chant c’est par peur de perturber ce silence de plomb, la nature se doit de suivre le rythme infernal des prières et autres activités rédemptrices de ces femmes d’un Dieu tout-puissant. La vie de ces dernières n’est que servitude et soumission, elles ont renoncé pour la majorité à leur ancienne existence et aux nombreux péchés pour toucher de grâce la pureté et l’épanouissement. Fatiguées d’une société tourmentée qui avance trop rapidement, elles ont préféré opter pour le calme et l’apaisement, les jeunes femmes trouvent en la foi une manière utile de se marginaliser sans perdre en estime ou en intérêt aux yeux du reste de cette société, être nonne impose le respect. Cette vie se doit de servir Dieu en appliquant à la lettre un ferme règlement, en cas d’outrage et de non-respect, des sanctions seront prises, jusque là rien d’incroyable.

Mais très vite, Maya découvre l’hypocrisie générale de cette sphère qui se contente d’endoctriner les femmes au point de leur faire perdre le sens des véritables valeurs, considérant dieu comme une finalité ultime et non pas comme un moyen quotidien de s’épanouir, le couvent confirme sa rigueur jusque dans son état d’esprit, méprisable et minable, l’endroit devient la prison de Dieu, là où les brebis étouffent en priant. Ces jeunes femmes auront tout de même du mal à contenir cette déféminisation à outrance doublée d’un mode de vie simple et sans artifices, pour certains elles n’échapperont pas à la tentation, d’un homme ou d’une conjointe, pour d’autres il y a l’alcool et un peu de shit en attendant de s’envoyer en air d’une façon plus concrète.

Le grand pardon
Le résultat en tout cas toujours le même, la punition divine infligée par des femmes impitoyables, servant après tout la cause d’un dieu. Il y a néanmoins un cercle vicieux à cette attitude, surtout quand on met deux pécheresses en face, censées se punir mutuellement à coup de fouet, plus que la simple punition, il apparaît ici clairement l’image de la haine de la vengeance, difficile pour chacune d’entre elles se réagir autrement quand on se fait fouetter, ce n’est ni plus ni moins qu’une sorte de loi du talion bâtarde et moralisatrice qui se voulait refléter l’enseignement de Jésus, tendre sa joue après avoir reçu un coup. Point de pardon, rien que de la haine amplifiée par une caméra qui prend pour l’heure la place d’une des femmes, retranscrivant l’horrible situation vicieuse. Parfois, les nonnes gradées ne font pas que de superviser la punition, elles y participent avec enthousiasme, comme lorsqu’elles ligoteront une jeune femme dans des rosiers pour ensuite la fouetter à coup de roses, où quand la douceur et la beauté montre sa véritable apparence, ses pics et son mal. D’ailleurs la scène change des tortures habituelles, le corps dénudé importe moins que le comportement de ses femmes utilisant le symbole d’un beauté sauvage pour punir une innocente, victime d’un mauvaise foi surprenante. Le réalisateur filme avec attention la tête de la jeune femme qui ne cesse de démontrer sa douleur, sans cesse en mouvement tandis que les pétales de roses s’envolent derrière elle, offrant une fin de l’innocence.

Un bourreau nommé Dieu
Après ces tentatives spirituellement ratées de faire entrer profondément la foi dans la chair de ces jeunes femmes, il ne reste plus qu’à essayer de les humilier avec un esprit sadique et étroit au possible, se basant sur des croyances complètement loufoques comme seuls critères de jugement à cette humiliation. Tout comme il l’avait fait dans son Pensionnat des jeunes filles perverses, il remontre une nouvelle fois son aptitude à créer l’oppression d’une jeune femme qui doit se retenir au maximum d’uriner afin de sauver son âme ou son apparence, comment espérer se sortir indemne après avoir souillé de sa pisse le symbole du dieu tout-puissant. Le tic-tac de l’horloge vient alourdir sa détresse, comme si chaque seconde représentait une année, tous les regards se portent sur elle, attendant avec une dose de sadisme de la voir s’effondrer pour mieux l’achever, sachant d’emblée qu’elle ne pourra rien faire contre, déjà condamnée. Le bras humain vient s’accaparer le pouvoir divin de la punition.

Un messie en rut
Derrière la morale et les règles, les nonnes gradées ne peuvent oublier leurs sentiments de femmes et le désir de l’acte charnel les hante tous plus ou moins. C’est donc sans surprise qu’une Mère ne refuse pas ce qui aurait pu paraître comme un simple viol, elle accepte l’homme et semble prendre plaisir, elle qui quelques heures auparavant regardait avec attention des photos érotiques qu’elle jugeait malsaines, parlant de comportement animale qu’elle ne pouvait tolérer sans refuser de céder à la tentation, deux doigts coupent faim. En tout cas, ces femmes doivent se soumettre à la volonté d’un Révérend à l’allure christique, ne sachant plus vraiment si sa croyance pour Dieu est toujours de rigueur. En effet, si l’homme est étrange, c’est qu’il se laisse tourmenter par cette question en confrontant Dieu à des réalités historiques marquantes, entre autres la Seconde Guerre Mondiale avec les camps de la mort et les explosions atomiques, l’homme a justement vécu l’enfer de Nagasaki. Ainsi que faisait le Tout-puissant pendant que les hommes agonisaient, priant jusqu’à la fin pour son intervention. Rien. Le Révérend reflète à la perfection l’hypocrisie du couvent et son esprit sadique, ce n’est pas pour autant qu’il ne profite pas de la situation en violant impunément des jeunes femmes. Il est l’image absolue d’une religion sans âme, d’un Christ déchargé de sa foi, humainement et moralement détruit par l’impasse du message divin.

La Passion d’une bête
Pour servir cette désillusion, ou peut-être réalité, de la religion, Norifumi Suzuki nous livre une réalisation des plus pessimistes où le couvent et les croix chrétiennes deviennent de véritables fardeaux pour les femmes, complètement emprisonnées dans cette fausse route. L’ambiance demeure en général noire et sérieuse, mettant en avant le sadisme de ces nonnes têtes à claques contre lequel les jeunes femmes ne peuvent rien faire, contraint de subir la folie justifiée moralement par une foi inexistante. D’ailleurs, voir littéralement la religion violer les esprits saints et innocents ne fait qu’amplifier ce constant dramatique. Le réalisateur parvient quelque part à transcender le schéma qu’il avait institué dans son film sur la faillite de la rééducation des délinquantes dont l’émeute finale laissait un sentiment de liberté et d’ouverture tandis qu’ici personne ne pourra oublier ce viol spirituel, il est ancré au fond d’une jeunesse totalement désenchantée par cette société qui de bout en bout est manipulée et traitée comme de la viande, pas de considération humaine. Les délinquantes ne peuvent avoir foi qu’en elles-mêmes, refusant la corruption et la bête sacrée comme maîtresse.












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