
Kon Ichikawa prend la tension d’une société en perte de vitalité qui cherche à tout prix à retrouver sa forme, même si elle doit avoir recourt aux méthodes les plus aberrantes et ridicules. Cette obsession prend vie chez un homme âgé qui souhaite pouvoir récupérer sa virilité afin de profiter au mieux de sa jeune et ravissante épouse. Par cette histoire, Ichikawa s’introduit dans la vie d’une famille bourgeoise et constate avec humour les contradictions de ces individus, avec ce père impotent devenant voyeur, sa femme poussé à tromper un mari qu’elle n’aime pas, une fille qui voit ses projets d’avenir s’envolés et un intrus, un jeune médecin censé épouser la fille qui devient l’objet des fantasmes du père. Le portrait d’une folle famille abordé du point de vue des sentiments les plus intimes.

Le père est un homme fragile et fatigué qui cache ses problèmes à sa femme. Dès le début, Kon Ichikawa n’hésite pas à retranscrire visuellement son impuissance. Après avoir rencontré son médecin, il rentre tranquillement chez lui en tramway, puis termine son chemin à pied. Le tramway s’arrête pile poil avant un tournant majeur, laissant l’homme descendre péniblement en cette fin de rue bien droite mais trop courte. L’impotence est bien présente. Ensuite, lorsqu’il marche jusqu’à sa maison, c’est en boitant. Ce qui rend le chemin périlleux et très long. Plus tard, Ichikawa reprendra le même plan pour cette rue quand sa femme rentrera en voiture. La différence est flagrante, d’un côté une jeune femme dans la force de l’âge et de l’autre un vieil homme sur le retour. Qui même quand il s’essaye à faire de la gymne devant une émission TV ne tient pas debout plus de quelques secondes. Le tout est de savoir masquer sa honte.

Le visage de la femme est surprenant. Une peau très pale et surtout des sourcils étranges en font presque un de ces objets d’art que collectionne son mari. Mais encore une fois, Kon Ichikawa démontre l’envers de l’apparence. Cette femme, venue trouver renseignements auprès des médecins sur l’origine des visites de son mari, semble plus intéressé par le jeune médecin que par les réponses données. Une attirance physique trop évidente qui pousse le médecin à se cacher contre un mur. Cette femme est loin d’être une épouse modèle, elle cherche surtout une opportunité de sortir de son quotidien morne. Un constat confirmé quelques scènes plus tard lorsqu’elle jette un chat boiteux hors de sa cuisine, un animal rappelant l’état du pauvre mari.

Pour mieux compliquer la situation, ou la compléter, Ichikawa fait de ce jeune médecin le petit copain fréquenté par la fille de cette belle famille. Tout comme la mère, les apparences sont trompeuses. Si cette fille s’attacher au médecin, c’est davantage par intérêt social que par amour. Une relation synonyme d’élévateur sociale, soit le charme de rester dans le haut de la société. En fait, la raison inverse de l’intérêt de la mère pour cet homme. L’ironie de toute cette situation commence à bien apparaître. Surtout, qu’après cette présentation rapide des personnages, Ichikawa nous emmène au sein de la maison familiale. L’endroit principal où va se dérouler la plupart du film, un lieu qui semble tellement envoûter les gens qu’ils ne peuvent s’empêcher de revenir sans arrêt. Jusqu’à ne plus pouvoir repartir, du moins vivant.

L’intérieur de la maison est sombre, très peu éclairé. Il y règne une ambiance étrange comme si chacun des habitants voulaient préserver une part d’intimité, de secrets. Sur l’ensemble de la maison, seules quelques pièces sont suffisamment bien éclairées, le reste garde son mystère. Avec cette utilisation de la lumière, Ichikawa exploite la structure de l’intérieur avec ses formes géométriques très précises qui lui permettent de définir l’espace en différentes parties. Une façon de positionner clairement ses personnages par rapport à l’action en cours. Ainsi en combinant ces idées, Ichikawa peut mettre en place le voyeurisme avec ces personnes qui se cachent dans une pièce éclairée mais mal fermée pour satisfaire leurs fantasmes. Un comble, ils pensent être discrets et se cacher, mais sont visibles du couloir !

Dans la continuité de cette idée, Ichikawa laisse la plupart des portes ouvertes. Ce qui rend l’intimité impossible puisque n’importe qui peut débarquer soudainement. Les personnages se retrouvent sans arrêt partagés entre l’envie et la retenue. La seule à pouvoir éviter ce problème, c’est la fille. Simplement parce qu’elle a une porte occidentale avec une clé. C’est l’unique moyen de repousser le regard des autres. D’ailleurs, ce sera dans sa chambre que se déroulera l’une de deux scènes de sexe du film (avec métaphore du train). Des scènes possibles uniquement dans un lieu fermé.

La raison à cette stratégie provient du père. Il pense pouvoir combler son problème en devenant voyeur, voire même en essayant de créer de la jalousie. En effet, indirectement il provoque le jeune médecin, il veut faire apparaître chez lui du désir pour la femme. Une bonne idée qui achèvera le couple, c’est l’arroseur arrosé. En parallèle, il profite du sommeil de sa femme pour la photographier nue et livrer les négatifs au jeune médecin, chargé de les développer. L’impotence rend le pauvre homme bien ridicule. Mais son véritable problème, c’est qu’il est incapable de toucher sa femme. Il ne peut la toucher que lorsqu’elle est évanouie. Le reste du temps, il y a une distance qui sépare les époux. Ses solutions ne font que de renforcer cette distance, en se transformant en voyeur il perd son statut de mari. L’ironie est encore présente, alors qu’il voulait rejoindre sa femme, il s’en éloigne.

Ichikawa découpe parfaitement son cadre. En tenant compte de la position de ses personnages, il sait les mettre en rapport et avec forme souvent des plans en trois parties. La plupart du temps, l’idée c’est de placer un personnage central qui offre son point de vue à la scène puis selon l’espace d’y mettre un personnage antagoniste et, dans un autre coin un personnage désiré. Avec ce schéma, ce n’est pas seulement le rapport et les sentiments des individus qui vont apparaître, mais aussi leur impossibilité d’avoir une quelconque intimité. Forcément, il y aura toujours un personnage antagoniste pour casser l’ambiance. Cette composition peut aussi comprendre des objets variés, l’idée demeure la même, une intimité impossible. Et bien sûr, Ichikawa ne se limite pas qu’à des plans figés, il fait évoluer ces rapports à travers le mouvement de ses personnages. Il maîtrise l’espace de cette maison sans perdre de vue l’aspect comique des comportements jusqu’à la conclusion du film.

Même les transitions entre les scènes sont une source d’humour. Par exemple, un personnage meurt et son cortège funéraire part au loin. La séquence n’a pas le temps de se terminer que la scène suivante est déjà apparue avec un homme remplaçant le mari à table familiale. Le premier plan – le cortège – passe en surimpression transparente. Non seulement cette transition démontre le peu d’intérêt porté par les autres personnages pour le défunt, mais aussi la rapidité avec laquelle il est déjà oublié. D’ailleurs la conclusion de cette scène sera hautement ironique, personne n’échappe à ses erreurs.

Kon Ichikawa dévoile les contradictions d’une famille japonaise débordée par le désir. Où comment les ambitions de chacun vont être perturbé à cause de ce désir. C’est ainsi que les individus par jalousie ou par amour agissent follement jusqu’à oublier la notion de raison. Tellement qu’ils finiront par être victimes de leurs actions, comme piégés à leur propre piège. Cette famille bourgeoise japonaise en devient nombriliste, trop obsédée par la réalisation des fantasmes personnels de chacun. Rien n’a autant d’importance que le désir, même la mort est secondaire.
***Extraits












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bonjour,
felicitations pour ce site.
l’etrange obsession est-il dispo en dvd ? avec st ?
sinon une suggestion serait-il possible d’indiquer les titres originaux, merci
L’Étrange Obsession (Kagi, 鍵) est disponible en dvd japonais, non sous-titré (Une nouvelle édition jap doit sortir fin septembre).
(le film existe aussi sous les titres anglais de The Key ou bien The Odd Obsession)
(et merci pour la suggestion, j’en prends note)