
Derrière une foule en délire rassemblant des personnes de tous les âges, se cache le malaise d’une société malade où existe un fossé générationnel. La jeunesse s’amuse et défie sans cesse toutes formes d’autorités, elle ne respecte rien. Parents ou professeurs sont dépassés par une jeunesse violente et dénuée de morale. Un état accentué par l’occidentalisation d’après-guerre de cette société japonaise, commençant tout juste à retrouver une stabilité.

Il ne faudra pas attendre plus de quelques minutes pour voir un père ridiculisé par son fils, venu avec un ami à son travail lui imposer une requête. De l’argent. L’homme fatigué et malade se fait pratiquement raquetter par ces deux jeunes, humilié sur son lieu de travail. Ichikawa pose d’emblée le manque de respect de cette jeunesse qui profite sans vergogne des efforts des adultes. D’ailleurs, quand le père rentre chez lui en tramway, ces enfants conduisent une belle et neuve américaine. D’un côté, il y a la rigueur, de l’autre il y a la fête et la folie. Et à quoi servira la somme d’argent ? À organiser une sympathique fête dansante qui s’achèvera très rapidement pour l’enfant raquetteur, il la quittera soudainement.

Cette jeunesse pense avant tout à s’amuser en essayant d’adopter une attitude d’adulte, sans pour autant accepter les responsabilités qui vont avec. L’alcool et la cigarette sont rentrées dans la norme, et consommées un peu partout même devant les parents impuissants. Ces jeunes se forment une image en se basant sur ce genre de produits apparemment classes, ils s’affichent ouvertement et sans retenue. De toutes façons, il n’y aura personne pour les empêcher d’avoir accès à ces produits. L’argent est la seule barrière, les parents et les petits coups sont là pour assurer le minimum. Cette société ne semble pas avoir d’ordre moral, rien ne vient rappeler à ces jeunes ce qu’ils sont vraiment.

Ou du moins, rien n’est suffisamment puissant pour écraser l’arrogance de cette jeunesse. Aucune institution n’apparaît assez forte pour imposer un respect. L’école n’est qu’un lieu pour rencontrer ses amis, il n’y a rien d’autres à y faire. Ce n’est qu’un acte de présence, les cours sont longs et peu passionnants. Pour les professeurs, l’essentiel est de mener à bien les heures d’enseignement. D’accomplir simplement un travail. Selon les professeurs, les méthodes sont différentes mais le résultat est le même. L’élève n’existe pas, il subit une volonté emmerdante.

Le foyer parental devient un lieu de passage. Il ne s’y développer aucune véritable vie, ces jeunes ne font que de se changer de vêtements et d’y dormir puis repartent à l’extérieur mener leurs petites vies. Que les parents se fassent entendre ou non, la situation demeure la même. Cette jeunesse s’en fout. Et quand des barrières sont imposées, comme lorsque ce père énervé arrive pile au moment où son fils comptait sortir, il ferme la porte à clé pour empêcher l’enfant de s’évader. Mais au fond, ce n’est qu’une gêne temporaire. L’autorité n’a définitivement aucune prise sur ces jeunes, elle finira même par se prendre une méchante baffe dans la tronche en pleine rue. La jeunesse s’amuse à écraser l’autorité.

Quand ces jeunes ne dansent pas ou ne boivent pas, ils se battent. Fait normal pour des jeunes appartenant à des gangs, il faut savoir se défendre des attaques extérieures. Dans les yeux de ces jeunes, la violence ressemble à un jeu. La conscience d’un danger n’apparaît qu’à des moments extrêmes où les poings sont remplacés par une arme blanche. Jusque là, il n’y a aucune limite. Ichikawa filme ces bagarres comme des jeux d’enfants un peu plus crus, tous le monde se jette sur tout le monde en essayant de taper quelque chose et quand certains reçoivent des coups ils perdent leur fière allure. Ce ne sont que des gamins.

Néanmoins, cette jeunesse ne se satisfait pas seulement de cette violence. Elle compte aller plus loin. Un soir de fête, alors que plusieurs jeunes emmènent deux filles boire tranquillement dans un bar histoire de passer une bonne fin de soirée, l’un des jeunes trouve une superbe idée. Il va récupérer du somnifère qu’il va ensuite verser dans la bière des jeunes femmes. L’intérêt ? Les emmener quelque part pour les violer sans éprouver aucun problème de conscience. Ce que cette jeunesse n’arrive pas à obtenir, elle le prend sans rien demander. Sans même se soucier des conséquences. C’est un crime grave qui reste ignoré par tous, les jeunes victimes deviennent muettes par honte. Et quand les parents du violeur apprennent cette horreur, ils demeurent impuissants. Tous les discours du monde ne peuvent rien face à l’indifférence du jeune et de son irresponsabilité. Au passage, la scène du viol s’enchaîne brutalement sur deux jeunes au coin d’une rue entrain de vomir tout leur alcool. Même une part de cette jeunesse est dégouté par ses propres excès.

Jusqu’au bout, la jeunesse est arrogante même lorsque aveuglée et rampant sur le sol d’une rue oubliée, elle s’acharne à garder la tête haute. Elle ne constate jamais son état de larve coincée dans sa misère. Elle n’envisage pas non plus d’avenir. Elle est passive, nombriliste et plongée dans une complaisance violente intouchable. Le tout, sous le regard des adultes impuissants trop occupés à survivre et à travailler pour le bien de la société. Kon Ichikawa, conteur magistral, filme cette situation vicieuse avec précision. Chacun de ses plans reflètent l’état de ses personnages, il construit même à plusieurs reprises des scènes triangulaires où chaque changement d’angles et de positions de caméra conserve une composition cohérente et lisible. De même, il prend soin de poser des barrières entres adultes et jeunes, non seulement par une distance mais surtout par des comptoirs presque infranchissables, forçant les adultes à se baisser pour en sortir. Preuve flagrante de soumission aux exigences capricieuses d’une jeunesse en roue libre.
***Extraits
Infos
- La Chambre des exécutions; Punishment Room (Shokei no heya, 処刑の部屋)
- Avec Hiroshi Kawaguchi, Ayako Wakao, Keizo Kawasaki… (IMDb)
- Disponibilité : DVD Z2 Non ST












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