
Les membres d’un mouvement révolutionnaire sont pourchassés par les autorités qui les accusent d’être à la base d’emeutes violentes. Ces étudiants sont forcés de fuir et de se cacher en esperant que la police passe à autre chose. Dans cette fuite, ils sont aidés par un jeune inconnu un peu étrange qui veut leur offrir un refuge. La peur de l’espion se dissipe très vite chez les rebelles devant la gentillesse remarquable de cette précieuse aide. Les révolutionnaires sont mis en boîte, contraint de vivre pendant plusieurs temps dans la pièce d’une cachette d’un quartier périphérique. Ils n’ont rien à faire, ne peuvent pas sortir, tout juste s’occuper avec la dévouée militante qui offre son corps pour le bien de la révolution et du partage.

Les mouvements estudiantins ouvrent le film, cette jeunesse japonaise crie ses slogans contestataires en défilant dans la rue. Elle investie cette zone publique pour se faire entendre de tous. Mais en face d’eux, il n’y a que la police et ses boucliers pour veiller au bon déroulement de ces manifestations. Et quand ça dégénère, il y a toujours quelques révoltés pour se faire arrêter. La police s’occupe de l’ordre. Mais quelles traces laissent ces manifestations ? Des rues désertes infestées par la paperasse révolutionnaire, des milliers de tracts abandonnés sur le sol dans l’indifférence générale. En clair, ce genre d’action ne débouche sur rien. Au final, il y a soit des blessés, soit des arrestations.

En dehors des manifestations, certains groupes révolutionnaires mettent au point des projets terroristes visant à affecter violement la société. Ils sont aussi à l’origine des emeutes. Mais brûler un commissariat ou abattre un policier parait bien plus efficace, et extrême, que n’importe quelle manifestation. C’est pour empecher ces individus de continuer à perturber le bon ordre que la police les pourchasse. Aussi pour les faire comparaitre devant la justice. Ils doivent assumer la responsabilité de leurs actes. Wakamatsu nous présente justement l’un de ces groupes de l’intérieur, avec ses secrets, sa haine de l’autorité et sa croyance bornée dans le communisme.

La première chose que l’on voit de ces étudiants, c’est la peur. Pour exister, ils se cachent et craignent de se faire attaquer par la police. Ils sont tous réunis dans un appartemment pour connaître la suite des évènements, les plans des futures actions. L’heure des manifestations est terminée, ces étudiants ne peuvent plus s’afficher librement sous peine d’être arretés. La réunion est interrompue par la venue de deux policiers, très vite maitrisés par le chef du groupe qui permet ainsi à tous de pouvoir s’échapper. Ce chef se distingue des autres principalement par sa force d’action, il n’hésite pas à utiliser un flingue pour menacer et même tirer sur ses agresseurs. Les autres ne bougent pas, ils restent apeurés.

Indirectement, ils sont chassés de leur tanière. Chez Wakamatsu, c’est déjà le signe que ce groupe est destiné à s’effondrer. Ces individus suivent des règles, ils n’ont pas d’initiatives. Dès cet instant, ils sont déjà terminés sans le savoir. D’ailleurs, quelle est la décision suivante ? Trouver une cachette, toujours rester cacher. On est loin de l’image idéalisée d’activistes prêts à tout. Ici, ils ressemblent plus à des taupes révolutionnaires. Lors de la fuite, ils traversent timidement la ville en restant bien cachés. Ils n’osent plus fanfaronner au milieu des grands boulevards, ils adoptent un profil bas.

Dans cette fuite, ils rentrent en contact avec un étudiant qui veut absolument les suivre. Sans rien savoir de lui, ils l’emmenent avec eux dans une nouvelle planque où ils passeront la nuit. Puisque l’on est avec un groupe extremement fermé sur lui-même et très craintif de tout ce qui lui est exterieur, cet étudiant pose problème. Il est probable qu’il s’agisse d’un espion, qu’il puisse les démasquer et les livrer à la police. Bizarremement, le chef du groupe sera arreté pendant la nuit mais personne n’interrogera le nouveau membre. Coincidence ou non, il n’y a aucune interrogation logique de la part de ces révolutionnaires. Pourquoi ?

L’intrus va répondre simplement aux besoins de ces individus. Il va les assister jusqu’à proposer d’utiliser son propre appartement comme cachette. Étant le seul non recherché par les autorités, il peut sortir comme il veut et vivre sa vie. Avec son argent, il apporte la nourriture et les cigarettes nécessaires. C’est ainsi que ces individus oublient presque qu’ils ne savent rien du tout sur lui. Il n’aura à se justifier que deux ou trois fois durant le film tout en sachant rester vague. De son passé, il fait le lien avec les pauvres travailleurs exploités par le patronat, c’est suffisant pour attendrir les révolutionnaires. Du pourquoi de l’aide ? Histoire d’appartenir à un groupe, mais aussi par intérêt pour la seule femme.

Que font les révolutionnaires ? Ils restent enfermés dans la seule et même pièce pendant plusieurs jours, sans trop bouger. Ils fument, boivent et baisent. C’est la même chose tous les jours, un quotidien qui pourrait les rendre fou. Wakamatsu donne de l’importance à la baise. La seule femme du groupe sert à satisfaire les besoins de tous, au nom d’un principe révolutionnaire. C’est une femme totalement libérée qui ne fait aucune distinction entre les hommes, elle les accepte tous. À chaque fois, elle murmure les mêmes paroles, insultant les rebelles de pourris. Ce sont les uniques paroles qui semblent dévoiler le fond de sa pensée. Qu’importe, elle n’a pas le temps de se reposer, elle doit se soumettre aux désirs de tous. C’est la principale activité des enfermés.

Le seul personnage à refuser de sombrer dans cette aliénation sexuelle, c’est l’intrus. Même quand il est forcé à coucher avec elle, il parvient à s’extraire. C’est l’attitude type du révolté romantique, celui qui est apparemment impuissant et faible mais qui se révèle être le plus couillu de tous. En tout cas, il n’ouvre jamais son coeur à cette femme qu’il semble admirer en secret. Mais doit constament supporter l’inaction de ces révolutionnaires. Ces derniers finissent même par oublier leurs convictions, ils sont tellement restés enfermer qu’à la vue d’une nouvelle femme, ils se jettent sur elle. Dommage, cette femme venait apporter des nouvelles du front. Des informations inutiles, l’essentiel pour les membres c’est de pouvoir profiter de la chair fraîche. Preuve de la contradiction finale dans laquelle ces individus sont tombés. Ils se sont battus pour une cause humaniste et finissent par agir egoïstement, souhaitant avant tout satisfaire leurs désirs personnels. Où se trouve alors la cause ? Dans l’action charnelle, après tout, les femmes se soumettent à ce principe révolutionnaire du corps pour tous.

L’intrus devient l’unique restant révolutionnaire, le seul à oser aller jusqu’au bout de ses actes. L’image de l’espion fragile explose dès qu’il se met à tuer de la flicaille et du traître. Il renvoit dos à dos ces deux groupes pour accomplir sa mission terroriste, abatre la tête de l’hypocrisie de cette société. Que ce soit un premier ministre ou un chef révolutionnaire, l’intrus rebelle ne pardonne à personne et utilise l’arme volée à un policier pour tuer. Impitoyable, il ose sortir de l’inaction et de l’enfermement de ces pseudo révolutionnaires trop occupés à baiser pour agir véritablement. Il démontre ainsi l’échec du groupe et part seul en croisade contre la pourriture de ce système.












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