Va, va, deux fois vierge – 1969 – Koji Wakamatsu

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(Go, Go Second Time Virgin) Va, va, deux fois vierge - 1969 - Koji Wakamatsu

Plusieurs étudiants entraînent de force une jeune femme sur le toit d’un immeuble pour la violer. Un étudiant extérieur à ce groupe de violeurs assiste à la scène, il restera au côté de la victime. Le lendemain, ils ne sont plus que deux sur le toit, ce voyeur et la victime. Tous les deux ont un point commun, ils sont lassés par cette vie inutile et cherchent une issue. La jeune femme veut mourir, elle veut que cet étudiant devienne son bourreau. Le mal-être de la violée se communique au jeune homme désespéré qui commence à prendre conscience de son état léthargique. Poussé à bout, il devient un assassin. État d’une jeunesse livrée à elle-même.

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L’histoire se déroule dans un immeuble dont personne ne semble pouvoir sortir. Principalement, les personnages se trouvent sur le toit. Là-haut, ils dominent l’ensemble de la ville et de la société. Ils ont une vue incroyable sur tout, c’est-à-dire qu’ils ne sont pas enfermés dans une bulle étouffante. En fait, ils sont à l’extérieur sans avoir pour autant une liberté de mouvement. Ils restent des spectateurs observant tout ce qu’il y autour. En bas, il y a une route avec son trafic fluide, des voitures qui roulent bien sagement les unes derrière les autres sans jamais sortir des lignes imposées. D’en haut, les désespérés remarquent la monotonie de cette société. Partout les gens sont prisonniers des règles, ils n’osent pas en sortir. Qu’ils soient dans des voitures ou dans leurs appartements, c’est une non-vie.

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À son réveil, la jeune violée est surprise d’être encore vivante. Comme déçue de n’avoir pas succomber à ce viol. Cette violence sexuelle ne lui fait rien, elle est déjà dans un état suicidaire. Dès le début du film, en plein viol, elle s’arrête de crier en comprenant que ça ne sert à rien. Personne ne pourra lui venir en aide, ni même l’entendre. Elle est seule face à ses violeurs, impuissante. Elle abandonne donc l’idée de lutter et se laisse faire. Alors que la société l’a considère comme un objet sexuel et en abuse, elle reste incapable de lui offrir le bonheur et l’écoute. Le viol est un acte bâtard et égoïste, il se suffit des apparences. La violée se définie même comme une vierge pour la seconde fois, preuve que le viol n’amène rien. Il n’apporte aucun changement, renforçant juste le désespoir de la jeune femme.

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L’étudiant se place tout de suite comme un voyeur, un personnage étrange et intrigué qui regarde les autres agir. C’est un impuissant, un personnage faible qui subit la volonté des autres sans se faire trop remarquer. Il porte un regard différent sur la jeune violée, plus tendre. Il ne se laisse pas obséder par le sexe et rejette toujours les propositions de la jeune femme. Même quand il se prépare, il préfère arrêter. Le sexe ne lui apporte rien, ce n’est pas une réponse à son mal-être. D’ailleurs, tous les éléments sexuels du film ont un rapport avec l’abus ou la domination. Quand les violeurs reviennent sur le toit avec de nouvelles copines, ils en abusent et sont même poussés à continuer en dépit du refus de certaines. Quand l’étudiant se retrouve victime d’une bande de sadiques, il est considéré comme de la viande à violer, et sur laquelle on pisse. La sexe, c’est la complaisance dans une situation pourrie.

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Cet étudiant binoclard apparemment calme s’avère être un assassin. Fait qui pourrait presque rassurée la jeune violée, heureuse d’avoir trouvé quelqu’un pour la tuer. Cette découverte se fait alors que ce couple explore l’immeuble, de la cave avec ses livres abandonnés à ses escaliers sans fin en passant par les couloirs vides et les appartements. Wakamatsu nous amène doucement à voir l’intérieur des âmes humaines. C’est justement dans l’un de ces appartements que l’étudiant est devenu un meurtrier. Il fait voir à la jeune violée un spectacle macabre en couleurs où des cadavres nus reposent au milieu d’une pièce. Ce sont ceux les sadiques qui avaient abusé de lui. Les seuls personnages vivant dans une pièce close sont montrés comme déviants et dangereux, victimes de l’enfermement ils ont sombré dans la folie sexuelle. Derrière les murs et à l’abri des regards indiscrets se cachent des êtres malades, enfants d’une société cruelle.

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Tuer s’impose comme le moyen direct pour éliminer les dérives du système. L’étudiant essaye de nuancer en expliquant qu’il lui faut une raison pour tuer, évitant de passer pour un simple fou. Ce n’est pas qu’une vengeance, en tuant, l’étudiant se fait clairement entendre par ses bourreaux. Alors qu’on l’ignorait et qu’on se moquait se lui, désormais il impose la crainte et fait fuir ses victimes. Ceux-là même qui jouaient les seigneurs arrogants deviennent soudainement des lâches cherchant un moyen de survivre. Ils n’affrontent pas les conséquences de leurs actions. Lors de la scène de la chansonnette, Wakamatsu résume bien l’état de l’étudiant devenu assassin. Il n’appartient plus à la société, il est seul et dans le noir sans repères, avant que la violée le rejoigne pour former un couple de désespérés. Une musique mélancolique qui confirme l’exclusion de ces deux individus.

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Le passé familial de la jeune femme semble l’avoir condamnée à vivre dans une sorte de malédiction. Wakamatsu soigne cette scène où la violée livre son passé à l’audience, donnant d’ailleurs l’impression qu’elle marche sur le vide, qu’elle survole pendant quelques instants sa condition. Sa mère s’est suicidée, tout comme son père avec sa maîtresse. Ses parents n’ont pas supporté de vivre dans cette société où le bonheur est inexistant, du moins la reconnaissance. Comment avec un passé pareil, la jeune femme peut avoir une once d’espoir ? Surtout quand elle est condamnée à revivre le même enfer, et se faire violemment abuser par ce système. De même pour l’étudiant, ses écrits sont invendables, il doit entasser sa révolte dans la cave humide de l’immeuble. Maintenir son envie de liberté sous terre. Il n’y a aucune respect pour cette jeunesse. Ce n’est alors plus étonnant de voir des étudiants embarquer de force une jeune femme pour la violer, ils n’ont rien à faire, ni rien à espérer. Tout ce qu’ils peuvent faire, c’est se vautrer dans l’inaction. Se droguer et satisfaire leurs pulsions sexuelles. Personne ne leur demandera rien. Mais ce n’est pas pour autant que la société se portera en partie responsable, elle prend le soin de mettre des affiches sur le danger de la drogue par exemple. Manière de combler sa conscience.

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Alors quelle est l’issue possible pour ces désespérés ? La mort. Ce couple bien qu’apparement amoureux, rejette les sentiments pour se suicider. C’est là l’horreur de la situation. Puisque c’est une mort est tout de suite rationalisée comme le craignait au départ la jeune femme. Pourquoi ce couple s’est tué ? Par amour, alors que toutes les preuves d’amour ne se sont jamais concrétisées. Sur le toit de la société japonaise, la seule issue c’est de sauter dans le vide – briser l’ultime barrière – pour s’écraser au milieu d’une route déserte. Mettre en avant la faillite d’un quotidien parfaitement organisé.

***Extraits

Chant du révolté

Une violée ouvre son coeur au public

Autres titres français : Vierge violée cherche étudiant révolté; Va, va, vierge pour la deuxième fois

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