
Plongée dans le monde des gangsters avec ses fusillades, ses meurtres, ses trahisons et son ambiance jazzy. Ici, trois tueurs dérobent le butin d’un échange entre deux clans. Ils repartent avec de l’argent, de la drogue et une femme gangster en laissant derrière leur eux plusieurs cadavres troués. Ces tueurs sont plutôt détendus, ils ne se précipitent pas pour refourguer la marchandise. Après ce vol, ils retournent sagement chez eux dans un de ces appartements modernes où ils savourent une ambiance paisible. Mais l’un d’entre eux a d’autres ambitions que de rester dans un canapé les doigts croisés, il veut partir avec l’otage. Est-ce pour recommencer sa vie à zéro ou par excès d’ambition ?

Wakamatsu a déjà montré le monde des gangsters à plusieurs. Il s’agissait d’un groupe d’hommes en marge du système qui venait freiner la situation des personnages principaux. Ces individus ont toujours un côté sadique, fier de pouvoir torturer et humilier les autres. Dans ce film, la sphère mafieuse est au centre de l’histoire, elle n’est plus un élément secondaire. Ce n’est plus elle qui s’introduit chez les personnages, au contraire, c’est les individus qui cherchent à la fuir et à la ridiculiser. Le vol en est un bel exemple, trois tueurs massacrent une bande armée sans grands efforts.

Le personnage principal, un tueur cool à lunettes, est le produit de la haine et du mépris des gangsters. À l’origine, il y a un trauma important. Lui, petit voleur sans histoire s’est retrouvé face à un chef et à l’élite de son clan sans doute pour une histoire d’argent. Il avait eu dans l’idée de s’enfuir avec sa copine de l’époque, mais en voyant qu’ils seraient pourchassés sans arrêt, il a préféré renoncer et se rendre. Malheur, lui et sa copine seront humiliés par des hommes redoutables sous les yeux d’un chef handicapé qui prend plaisir à assister à ce spectacle. La scène est tournée en couleurs, signe d’une blessure qui continue à hanter l’esprit du tueur. Il y perdra une phalange et sa dignité, sa copine deviendra une prostituée camée de force. Le monde des gangsters est peu glamour, ils sont cruels et sadiques.

L’action du film évolue, elle ne reste pas cloisonnée entre les murs d’un bâtiment. Cette fois-ci, Wakamatsu filme l’ensemble de la ville, des immeubles neufs aux bidonvilles, il n’y a qu’une rue à traverser. L’évolution va se faire progressivement, on découvre d’abord les habitations des quartiers oubliés puis ensuite la modernité froide des nouveaux appartement. Dans les deux cas, le personnage principal ne peut rester enfermer dedans. À chaque fois il s’échappe de ces pièges à rats. Même lorsqu’il revient du vol avec ses compères, il préfère aller faire un tour plutôt que de végéter à l’intérieur. C’est l’occasion de découvrir la ville de nuit avec ses rues sinistres où les plus pauvres tentent de survivre.

Une fois la ville découverte, les hommes prennent le large pour traverser d’autres zones urbaines et atterrir dans la campagne. Le voyage se fait en train, un moyen de transport rapide où les hommes n’ont pas le temps de profiter de l’environnement qu’ils traversent. Ils sont enfermés dans une boite et n’ont qu’à attendre d’arrivés à destination pour pouvoir souffler. Cette modernité sépare encore une fois l’homme de son environnement, c’est un mal nécessaire pour découvrir un milieu naturel éloigné des contraintes urbaines. Un endroit véritablement libre et paisible.

Avec ce film, Wakamatsu confirme sa tendance violence extrême. Ici, les hommes possèdent tous une arme qu’ils utilisent pour se défendre. C’est-à-dire qu’ils ont un moyen direct de tuer. Ce n’est plus du tout un objet marginal, le flingue rentre dans la norme. Et les morts s’enchaînent à bon rythme. Ces gangsters n’appartiennent pas à la société, ils vivent selon leurs règles et leurs désirs sans chercher à rendre de comptes à ce système. Personne ne vient les déranger, simplement parce qu’ils peuvent répondre de la gâchette sans faire trop de bavure. De même entre eux, un hors-la-loi ne craint que les balles. Mais l’arme peut aussi devenir un moyen de se libérer, à l’exemple du personnage principal.

Le tueur cool garde une aura mystérieuse, il ne se livre jamais trop aux autres. C’est lui qui met un terme à sa fraternité avec les deux autres tueurs. Il veut sortir de ce groupe dont la vie tourne uniquement autour des crimes et de l’argent. Il n’y a pas de rapport humain, ce sont des bêtes qui accomplissent avec rigueur leurs tâches. Wakamatsu les filmera entrain de manger des poulets entiers, à l’exception du plus grand qui préfère avaler de la verdure. Ce qui ne l’empêche pas d’être un redoutable adversaire. Quand ils mangent, c’est sans manière, ils sont dégoûtants. Cette scène garde une atmosphère détendue, il y a comme un décalage entre l’attitude sauvage de ces hommes et l’expression très concentrée de leurs visages. Mais les tueurs sont sans pitié, ils mordent froidement dans la pauvre chair innocente d’un poulet.

Cette histoire de fraternité occupe toute la seconde partie du film, les deux tueurs partent à la poursuite du traître. C’est un rapport qui sera inversé dans Viol sans cause où il ne restera plus qu’un seul étudiant sur les trois du départ, avec une amitié détruite par le désespoir. Dans ce film, il n’est pas question de fuir le groupe puisque c’est justement lorsque les trois étudiants sont réunis qu’ils existent. Ici, le tueur cool quitte volontairement le groupe en quête de liberté. Il ne veut plus appartenir à ce microcosme mafieux tout aussi étouffant et hypocrite que le reste de la société. Le plan final assoit l’ironie (ou la tragédie) de cette histoire avec ces hommes retournant à l’état de pâtée humaine, victimes de leurs ambitions et de leurs règles. Ils sont ramenés brutalement à leur réalité d’êtres égoïstes et inutiles, dominés par une société toute puissante.
***Extrait












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