La saison de la terreur – 1969 – Koji Wakamatsu

# Cinéma JaponaisAdd comment

(Season of Terror) Histoire d'amour contemporaine : la saison de la terreur - 1969 - Koji Wakamatsu

Un étudiant est placé sous surveillance pour avoir participé à de violentes manifestations contre les autorités. Deux policiers vont incognito l’espionner pour s’assurer qu’il est bien un élément dangereux à arrêter pour la sûreté de la société. Ces inspecteurs vont placer un micro chez lui et investir un appartement voisin qui leur servira de base pendant la durée de la surveillance. Mais à leur grande surprise, ce suspect est un fainéant qui ne fait absolument rien de la journée et passe ses nuits auprès de ses deux concubines. Une mission frustrante pour ces policiers enfermés dans une pièce presque plusieurs jours.

(Season of Terror) Histoire d'amour contemporaine : la saison de la terreur - 1969 - Koji Wakamatsu

Wakamatsu retrouve son quartier résidentiel constitué d’immeubles à perte de vue. C’est au milieu de ces bâtiments que réside le fameux rebelle, un jeune homme commun qui se fond dans cet environnement. Dans ce quartier, la vie est parfaitement calme. On est très loin des évènements mouvementés présentés en générique d’ouverture, ces manifestations qui dégénèrent et font de multiples victimes et dégâts. La saison de la terreur du titre ne trouve pas échos dans l’actualité mais à travers la surveillance permanente d’un élément considéré par la société comme perturbateur. Sans le savoir, l’homme est écouté par deux fonctionnaires qui trouvent facilement un appartement voisin à squatter avec la bénédiction de la propriétaire. Personne ne peut refuser de l’aide à la police, surtout si c’est pour le bien de la société.

(Season of Terror) Histoire d'amour contemporaine : la saison de la terreur - 1969 - Koji Wakamatsu

En apparence, ce rebelle est une personne normale. Il ne ressemble plus à la photo que détienne les policiers, il ne cri pas et n’affiche pas ses idées sur ses vêtements. La différence pose quelques hésitations chez les inspecteurs, c’est sans doute parce qu’ils n’ont pas une preuve précise de l’engagement du jeune homme qu’ils veulent étudier sa sphère privée. Cette société est prête à infiltrer la vie privée pour les faire tomber, et cela seulement à base d’une hypothèse, d’une photographie. Rien de concret, mais déjà la société s’assure ses défenses.

(Season of Terror) Histoire d'amour contemporaine : la saison de la terreur - 1969 - Koji Wakamatsu

La vie du jeune homme apparaît rapidement comme commune. Si les policiers pensaient entendre un révolutionnaire crier à chaque discussion ses idées politiques, ils s’avèrent qu’ils se sont terriblement trompés. Au contraire, ce rebelle ne fait rien de ses journées. Il fume et sort quelques minutes par jour pour prendre l’air puis remonte dans sa tanière pour lire, fumer ou regarder la télévision. Il n’a aucune activité précise. Sauf le soir où de retour, ses copines lui fournissent de quoi occuper les longues heures à venir. Ces trois là ont un rapport direct entre eux, il n’y a pas de longue discussion, c’est plutôt vivement l’action et taisons nous.

(Season of Terror) Histoire d'amour contemporaine : la saison de la terreur - 1969 - Koji Wakamatsu

Avec ce quotidien peu passionnant, le rebelle apparaît comme une larve. Difficile même de savoir s’il est véritablement un homme en dehors de ses nombreuses coquineries. Il ne prend pas de décision et se laisse dorloter sans arrêt par ses amies qui lui font presque tout. C’est un assisté sans initiatives. Les femmes le nettoient, lui font à manger, rangent l’appartement et lui ne fait qu’attendre paisiblement que ça se passe. Comme d’habitude, les femmes sont soumises et assurent le bien être de l’enfant rebelle. Il peut bien fumer, boire et baiser, il n’en reste pas moins une larve qui lasse même ses espions. Son état léthargique sera légèrement remué par la visite d’un de ses camarades, venu le rappeler à l’action révolutionnaire. Mais le confort gagnera sur cette raison.

(Season of Terror) Histoire d'amour contemporaine : la saison de la terreur - 1969 - Koji Wakamatsu

Sa seule initiative du film sera d’aller voir un pinku dans un cinéma en ville. Tournure ironique étant donné qu’il peut satisfaire facilement tous ses désirs chez lui (c’est même un trop plein d’amour). Enfin, c’est surtout dans le fait d’aller au cinéma comme pour voir ce qu’il vit, pour prendre conscience de son état. Du film on apercevra deux amants nus sur une plage pendant que la mer vient et va. L’amour est satisfait mais qu’en est-il du bien être de l’homme ? De sa liberté ? Cette seule sortie sera aussi surveillée par les deux inspecteurs, pensant sûrement qu’il se rendait à un rendez-vous secret. La déception est encore une fois présente, ce jeune homme n’a pas le train de vie d’un révolutionnaire. L’affaire semble compromise, la police préfère voir ailleurs plutôt que de s’acharner sur cet enfant gâté.

(Season of Terror) Histoire d'amour contemporaine : la saison de la terreur - 1969 - Koji Wakamatsu

L’erreur c’est de croire qu’il n’est qu’un pauvre fainéant. En réalité, l’homme est partagé entre deux amours, Wakamatsu les fera apparaître clairement lors de l’ultime scène de sexe en passant par la surimpression du drapeau japonais à côté du drapeau américain sur fond d’amour. Que doit-il choisir ? Doit-il se contenter de sa situation ou alors reprendre du service, et quitter sa tanière étouffante pour se faire entendre. Si l’homme ne s’exprime pas, qu’il garde secret certaines de ses pensées, c’est pour mieux pouvoir agir sans regret et renvoyer les deux nations face à leurs erreurs. Couper les relations trop poussées qu’entretiennent les deux pays, avec l’avantage pour les Etats-Unis qui a introduit son mode de vie et sa culture dans le quotidien japonais.

(Season of Terror) Histoire d'amour contemporaine : la saison de la terreur - 1969 - Koji Wakamatsu

Wakamatsu adopte avec ce film une approche à l’inverse de ses habitudes, ici il n’y a pas une recherche de satisfaction du désir par la violence. L’amour est déjà comblé à la base, l’homme baigne dans un trop plein de sexe et ne trouve rien à faire de ses journées. Il est submergé par le bien-être apportée par ses deux copines et sa petite vie agréable mais ennuyeuse. Le sexe ne rime donc pas avec violence, au contraire, il peut être synonyme d’un vide et d’une fainéantise. C’est pour se sortir de cet état que l’homme a besoin de la violence, sans lien avec une quelconque obsession sexuelles. Mais plutot une volonté de quitter un état voué à l’échec, à l’inutilité.

(Season of Terror) Histoire d'amour contemporaine : la saison de la terreur - 1969 - Koji Wakamatsu

La seule chose intouchable dans l’esprit des gens, c’est la rage, la volonté de faire exploser toutes les règles. C’est la différence entre les apparences et les pensées intérieures, un thème récurrent chez Wakamatsu, tout comme l’intrusion source de violence. Koji Wakamatsu filme ici la rébellion en pleine action (trop tardivement), la saison de la terreur n’a donc rien d’une fatalité unilatérale, les hommes peuvent agir et duper à leurs manières les autorités aveugles. Rien n’arrête un homme de vouloir être libre, ni les murs d’un bâtiment, ni la surveillance, ni l’enseignement d’une modernité occidentale.

***Extrait

If you enjoyed this article, keep updated!


{ 0 comments… add one now }

Leave a Comment

Previous post:

Next post: