
Une salariée et son chef doivent passer ensemble une folle nuit d’amour, laissant espérer une dose de bon moments. Plutôt que de rester dans une voiture sous la pluie battante, l’homme invite son employée à venir chez lui. Un lit est toujours plus agréable qu’un siège de voiture. L’appartement est modeste et vide, ce qui n’enraye pas l’excitation de la jolie jeune femme. Mais l’homme ne compte pas seulement succomber à l’appel de la chair, il veut s’approprier littéralement la femme. Et une fois dans l’appartement, il n’y aura définitivement plus aucune issue possible. Wakamatsu nous embarque dans un huit clos sadique où l’homme, perturbé, ne va cesser de dominer violemment la femme pour mieux la purifier. Tenter d’en faire son égal ?

Derrière ses lunettes noires, l’homme n’a rien d’une personne élégante et raffinée. L’apparence et la position sociale sont des leurres masquant la perversité de l’individu et son trouble mental. Loin du chef mignon, il y a le dominateur invétéré qui torture son employée par pur plaisir. Il l’a drogue, l’attache au lit, et la fouette en riant. La victime ne peut rien faire, elle est soumise aux volontés de son bourreau. Elle est prisonnière d’un endroit glauque et pourtant commun, ou comment un simple appartement dans une ville banale se transforme en lieu de torture. Preuve que les apparences cachent bien des secrets.

L’homme entretient un rapport biaisé avec les femmes. Il ne fait plus la différence entre les différents statuts d’une femme. Ceci peut s’expliquer de par son histoire personnelle en rapport directe avec l’Histoire japonaise. Au lendemain de la défaite, sa mère a préféré se pendre pour abréger les souffrances d’une vie devenue trop difficile. Son ancienne femme l’a quitté pour élever seul l’enfant qu’il ne lui a pas donné, après des mois de violentes pressions de la part du mari impuissant. Dans les deux cas, l’homme n’a pas pu accomplir sa fonction. Il n’a pas pu être un enfant protégé par sa mère, et n’a pas été capable de devenir un père en plus d’un véritable mari. Sa victime devient le cobaye de sa frustration, il veut la sortir de son état d’employée arrogante mais minable pour en faire une véritable femme. L’homme veut donner vie à sa vision personnelle de l’être féminin pour combler son manque.

Enfant, mari et père, l’homme est perdu et ne sait plus où se positionner. À plusieurs reprises des séquences bizarres nous emmènent dans son esprit torturé où différentes images viennent se superposer les unes sur les autres avec son visage effrayé au centre. De même que des musiques européennes du 17/18ème siècle viennent rythmer sa folie, accentuant une nouvelle fois la contradiction des apparences. Ces musiques raffinées accompagnent des scènes de torture et d’humiliation, des actions violentes et primaires. L’impuissance de l’homme apparaît pendant ces instants, il doit utiliser un fouet ou un rasoir pour soumettre la femme à ses désirs. Ce sadisme est l’ultime réponse de l’impotent.

Que devient l’employée ? Elle est réduite à l’état d’objet de torture sans vraiment savoir, ou comprendre, la finalité de son bourreau. L’homme est trop instable, il peut se montrer violent et dominateur pour ensuite apparaître fragile et déstabilisé tel un enfant. Pour lui, la femme doit accepter sa situation de chienne pour redevenir une femme. Elle doit se comporter comme un animal en laisse et se soumettre sans discuter aux volontés du maître. Elle doit aussi manger les restes de l’homme pour survivre. Elle n’a plus aucune liberté, ni initiatives. La femme est prisonnière d’un système masculin et violent dans lequel elle n’existe même plus comme objet de désir sexuel mais comme une mère. C’est-à-dire comme une femme capable de donner naissance à l’homme, de faire sortir l’innocence de son ventre pour vivre dans un enfer. Est-ce que l’homme souhaite se venger de son existence ? Ramener la figure maternelle à l’horreur dans laquelle il est contraint de vivre, à cause d’elle.

Cet appartement fermé et vidé de toutes ses affaires, mais surtout cette chambre, c’est le symbole du ventre de la mère. Une partie du corps qui revient très souvent, l’homme fouette ou taille le ventre, la seule photo accrochée au mur le montre aussi. Wakamatsu filme la chambre vue de l’extérieur, toujours de la même manière avec un plan éloigné. Cette pièce a tout pour représenter la renaissance (ou mort) symbolique de cet homme troublé. Le panneau d’ouverture parlait d’un homme qui n’aurait jamais souhaité vivre, sortir du ventre de sa mère. À sa manière, l’homme a préparé soigneusement cette expérience. Souhaite-il mourir de la main d’une femme pure ? Ou alors renaître des entrailles d’une femme parfaite ?

Quand l’embryon part braconner est l’instant où l’homme excédé par ses devoirs économiques et familiaux, mais aussi par l’actualité mouvementé de son pays, perd patience et sombre dans la folie. L’homme se met alors à vouloir asservir ses semblables, effacer ses échecs faussement honteux et à reproduire l’horreur qu’il croise quotidiennement. C’est l’état où l’individu cherche à s’annihiler par lassitude des règles d’une société rigide et hautaine. C’est en oubliant ces règles que la rage de l’individu peut apparaître au grand jour, et ce n’est que par la violence que ces personnes se libèrent totalement de leurs contraintes. La société mère étouffe ses enfants en leur imposant une horreur banalisée. Vengeance ?
***À lire
- 8 raisons de découvrir Quand l’embryon… (1966)
- Sur l’interdiction de l’Embryon (1966)
***Extrait













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