Baby Cart I: Le Sabre de la Vengeance – 1972 – Kenji Misumi

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Baby Cart I: Le Sabre de la Vengeance - 1972 - Kenji Misumi

Incroyable changement de registre pour l’acteur Tomisaburo Wakayama. Lui, habitué à fréquenter les films de yakuza sous les traits de personnages vulgaires, rustres ou ridicules se retrouve ici dans la peau de Ogami Itto, un tueur énigmatique et peu bavard. Le visage démoniaque de ce père déchu inspire craintes et mystères chez tous les badauds rencontrés sur la route. Pour cause, il est peu commun de voir ce genre de personne accompagnée d’un petit enfant, sagement assis dans sa poussette un peu spéciale.

Baby Cart I: Le Sabre de la Vengeance - 1972 - Kenji Misumi

Ce loup solitaire a tout perdu. Autrefois exécuteur officiel du Shogun, il accomplissait sa tâche sans discuter, sans s’émouvoir, même quand il était question d’un enfant. Les ordres se moquent d’une quelconque morale, ils viennent d’une classe veillant à garder sa stabilité et son pouvoir. Néanmoins l’exécuteur, conscient de son travail, savait garder une conscience humaine en se rendant régulièrement dans son temple afin de prier pour les esprits de ses meurtres. La tâche est sale, mais l’homme souhaite conserver sa dignité et son honneur malgré tout.

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L’exécuteur officiel du Shogun, est celui qui par sa lame applique le jugement du Shogun, c’est-à-dire de ce qui est jugé bon pour l’ensemble de la société. Mais l’époque féodale, réputée pour son organisation solide, se transforme en vulgaire course au pouvoir où les individus ne cherchent plus qu’à trouver une meilleure place au sein du gouvernement. Ainsi, le Shogunat n’hésite pas à passer par des stratégies cruelles pour rappeler son autorité sur les nombreux seigneurs du pays, il fait démanteler les clans jugés suspects sans l’ombre d’une compassion. Et c’est ce fameux exécuteur qui est chargé de faire tomber les têtes rebelles.

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Cette politique horrible est définitivement le signe d’un régime en pleine décadence où la mort ne sert plus l’honneur d’un clan mais les intérêts d’un pouvoir apeuré. L’introduction du film pointe cette folie par l’exécution d’un enfant, individu pur et innocent, contraint de mourir sans véritablement comprendre le déroulement de la cérémonie, ni même les enjeux. Quel genre de régime se félicite de la mort d’un enfant ?

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Cette époque est celle de la soumission et de la traîtrise où les hommes entretiennent entre eux des rapports impersonnels, toujours placés sous le signe du régime, des obligations, des devoirs. Le blason shogunal règne sur tout, il est intouchable. Personne n’oserait exécuter un homme dont les habits portent ce blason, même les traîtres acceptent de se plier à cette soumission absurde. Ces mêmes qui lors d’une attaque surprise détruiront une tablette shogunale, comme quoi la traîtrise a ses humeurs. À côté du blason officiel, les hommes ont recourt à des lettres ou documents divers, qu’ils lisent aux intéressés. En plus d’apporter de la distance dans le rapport, le dialogue perd en humanité, il devient juste le relais d’une information hiérarchique, rien de plus. Sans cette paperasse, les officiels semblent être perdus et doivent se raccrocher à leurs sabres pour répliquer, ce sont des pantins. Comment sortir de ce piège déshumanisant ? Il suffit de trancher ces lettres hautement importantes, de défier l’autorité. La liberté coupe sèchement le discours officiel, elle l’affronte décomplexée.

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Lorsque les sabres pénètrent la chair des hommes, le sang jaillit comme une fontaine du corps de ces pantins oppressés. La réalité de cette époque apparaît durant ces combats sanglants où la manipulation et l’abus de pouvoir se retrouvent entachés par leur médiocrité, le sang met au jour ces macabres ambitions. Si l’aspect gore fait penser à un univers outrancier et vulgaire, Misumi réussit pourtant à maintenir une ambiance tendue et sèche en jouant sur le son. À plusieurs reprises (même en flash back), la bande son se vide pour ne laisser passer que quelques bruits comme les paroles ou les pleurs de l’enfant, voire même la pluie.

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Le loup solitaire, piégé par un clan adversaire, cherche à se venger de la mort de son clan. L’apparence d’un grand samouraï prospère fait place à celle d’un tueur effrayant, en fait un homme ayant abandonné l’idée d’honneur et de dignité pour mener à bien sa vengeance. Ce portrait ne fait pas de lui une bête violente et arrogante, l’homme reste discret et ne s’exprime qu’à de rares occasions, sans jamais chercher à faire valoir la maîtrise de son art auprès des autres. Il sait se montrer généreux avec certaines personnes, comme cette mère folle ou encore cette prostituée malchanceuse avec laquelle il fera l’amour devant les yeux d’une bande de bandits. Scène surprenante où tout se déroule en finesse, en touché, avec un respect mutuel. Très loin du viol et la mort d’une autre jeune femme, les bandits sont des bêtes quand les renégats, les oubliés du système sont montrés comme humains.

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Dans cette époque, les individus semblent tellement préoccupés par leurs conditions de vie, par les problèmes de traîtrise, de manipulation politique, que personne ne prend le temps de manger. L’exception, c’est Daigoro, l’enfant. L’unique personnage innocent et pur qui doit obligatoirement se nourrir pour survivre, grâce au sein d’une mère ou d’une femme de passage. Les autres ont faim de pouvoir ou de vengeance, mais pas de riz ou de soupe, et encore moins de saké. De même pour le repos, il n’y a pas de temps à perdre à dormir, tout au plus, Ogami Itto pourra s’asseoir quelques secondes avant de repartir à l’action quand l’enfant, sous les yeux émerveillés des adultes, s’endort rapidement. Est-ce que cette société est trop effrayante pour laisser aux gens la possibilité de pouvoir se reposer en paix ?

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Les sabres ne sont pas les uniques armes utilisées par les hommes, même si le prestige d’une lame reste incontestable chez les connaisseurs. Les poignards, les pistolets sont bien présents mais la nouveauté vient surtout d’une poussette trousse à outils qui regorgent en armes comme une lance démontable ( ?), des poignées devenant poignards et une plaque pare-balle en acier. Le loup solitaire a tout préparé soigneusement, sa prestigieuse lame n’est qu’un haut de l’iceberg aux yeux de tous, le véritable danger provient de l’objet le plus insignifiant.

***Bande Annonce

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