
En ce début des années 70, L’embuscade se démarque par un son côté retour aux sources du chambara, avec derrière la caméra, Hiroshi Inagaki, l’un des grands réalisateurs prolifiques du genre, surtout connu par chez nous pour la célèbre trilogie Miyamoto Musashi. Ce retour s’éloigne fondamentalement de la rage, de la remise en question déployée dans le genre durant les années 60 par des réalisateurs comme Gosha, Kobayashi, Kurosawa ou encore Shinoda pour son Assassinat (1964). De même pour la réalisation, on peut oublier les effets de styles, les angles ingénieux, ici Inagaki fait tout en sobriété, il mise tout sur ses personnages.

Un rônin (Toshiro Mifune) est envoyé en mission au col Sanshu pour guetter un évènement particulier. Sur son chemin, il délivre une jeune femme battue par son mari qui décide de le suivre. Ils s’arrêteront dans une auberge du col, lieu principal de l’action du film.
La route du col que borde cette auberge, fut autrefois un passage important pour les guerriers partant combattre avant de devenir une petite route à moitié déserte utilisée principalement par quelques vagabonds. C’est dans ce contexte que l’on prend connaissance de l’auberge et de ses trois humbles habitants, un vieillard, un docteur douteux en fuite et une jeune femme rêvant d’une autre vie. Autrement dit, l’auberge est coupée du monde, accueillant occasionnellement quelques passants. Dans un autre contexte, le réalisateur aurait suivi les armées dans leurs pénibles marches vers la mort pour l’honneur, mais aujourd’hui à l’aube d’une nouvelle décennie, il ne reste plus rien de ces contes magnifiques, ils ont tous été vidé de leurs puissances, comme épuisés par 10 ans de chambaras noirs.

Exit les héros ou anti-héros et compagnie, dans ce film on ne trouvera que des gens modestes et simples ayant chacun leur petite vie, ses émotions, ses dilemmes. Comme personne principal, le choix peut se comprendre comme un clin d’œil à l’un des chef d’œuvres du chambara, Toshiro Mifune enfile une nouvelle fois la tenu du Yojimbo, rappelant sans complexe le film de Kurosawa. Cet homme est un mystère, il n’a ni passé, ni nom, il n’est qu’un rônin de passage, un personnage se baladant dans le monde cinématographique d’une histoire à une autre. Il ne cherche pas à se créer des contacts de longues durées avec les autres individus, il profite de son temps comme bon lui semble.

Autour de lui, on trouvera une femme séduite par son charme mystérieux, qui lui doit sa délivrance d’un mari lâche et méchant, notre rônin n’entend pas vraiment tomber dans une histoire d’amour, finalement il n’a fait que de lui rendre sa liberté de choix. Autre que les habitants de l’auberge, on rencontrera un yakuza au grand cœur qui fera copain-copain avec le Yojimbo, il y a aussi cet officier bègue et arrogant (Kinnosuke Nakamura) qui s’est brisé une jambe et un bras à vouloir capturer un bandit de seconde zone, comme s’il détenait là le grand voleur de son époque.

C’est vers ces personnages que se porte le regard intéressé de Hiroshi Inagaki, ils détrônent d’une certaine façon la trame de l’histoire, on peut en effet arrivé à croire que la mission du Yojimbo n’est qu’un prétexte pour la mise en place de cette rencontre dans cette auberge de nulle part. On ne peut qu’apprécier de voir un voleur et un officier dormir dans le même lit quand un yakuza et un rônin devienne ami après s’être livré un combat à mains nues mémorable, ou du moins sympathique, durant lequel les deux hommes se tapent chacun leurs tours pour finir sur les fesses dans la neige tout en riant. Ces rencontres sont le fruit de quelques rebondissements et changements de bords, les personnages passent par plusieurs statuts, du traître à la victime, il n’y qu’un pas pour nous faire douter de leurs réelles motivations.

Le film ne contient pas vraiment de scènes d’actions et si on peut voir quelques scènes de combats, c’est surtout les rencontres manquées qui marque le film. Comme si quelque part, Hiroshi Inagaki avait cherché délibérément à éviter d’avoir à remplir les impératifs du genre, car des combats il n’y a rien de visuellement incroyable, c’est du vite vu, vite expédié, quelques coups de lames pour éliminer des opposants mais surtout des rondins de bois pour emprisonner les individus. C’est finalement le sabre des émotions qui domine le film.

Néanmoins, c’est dans sa chute que le film perd de sa puissance et de sa sympathie en bâclant plus ou moins certains personnages, pourtant présents pendant toute la durée de l’action principale du film. Pour son dernier film, Hiroshi Inagaki, passionné par son sujet, ne va pas au bout de ses idées et loupe la conclusion de ce qui aurait pu être l’énorme rencontre-retour*, entre un maître (Mifune) et un aveugle (Katsu).
*La même année (1970), les deux acteurs tournent ensemble sur Zatoichi contre Yojimbo (réalisé par Kihachi Okamoto).
***Extraits
Les environs neigeux
L’auberge et ses habitants












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