Kill, la forteresse des samouraïs – 1968 – Kihachi Okamoto

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Kill, la forteresse des samouraïs - 1968 - Kihachi Okamoto

Les samouraïs, des hommes de valeurs qui font la fierté de toute une nation. Ces humbles guerriers incarnent l’honneur, le respect, le dévouement, servant de leur vie un bon et généreux seigneur. Dans l’idéal, c’est peut-être vrai, mais ici, Okamoto vient nuancer ce portrait sans erreur de la caste des samouraïs. Derrière les splendides valeurs, il y a surtout le pouvoir de vie ou de mort, exploiter par un seigneur corrompu et sans scrupules. Sous la forme d’une élégie, Okamoto questionne la condition du samouraï, partagée entre l’idéalisme et la pourriture.

Sept samouraïs assassinent un politicien corrompu avant d’aller se réfugier pour quelques jours dans une forteresse de montagne. Le plan tourne mal, un traître les dénonce, faisant la joie d’un vil seigneur manipulateur qui compte tirer profit de la situation. Mais deux inconnus viennent mettre à mal le piège seigneurial, un paysan voulant devenir samouraï et un yakuza, ayant quitter la caste des hommes de sabres.

Kill, la forteresse des samouraïs - 1968 - Kihachi Okamoto

Vers la fin d’une société

L’époque est ruinée et désabusée, les plus pauvres perdent espoir et préfèrent se suicider que de continuer à vivre dans un village détruit et ravagé par les abus du pouvoir. Pour les pauvres, la vie est devenue un calvaire où la famine est un problème quotidien. Les paysans ne peuvent plus vivre de leurs récoltes en raison des taxes importantes imposées par les seigneurs. En clair, la situation est dramatique et n’inquiète aucunement les hauts placés, trop aveuglés par leur richesse pour s’intéresser aux pauvres gens. La société est divisée, d’un côté il y a la caste des riches, qui comprend les samouraïs, et de l’autre le reste de la population. Les uns peuvent se goinfrer aisément, les autres doivent écouter leurs ventres crier famine ou mourir.

Kill, la forteresse des samouraïs - 1968 - Kihachi Okamoto

La survie avant l’honneur

Cette division radicale ne fait pas dans le romantisme, si les plus pauvres veulent devenir samouraïs, c’est avant tout parce qu’ils sont sûrs de manger correctement. Le désespoir côtoie le nihilisme, il n’y a plus de règles à appliquer ni de promesses d’avenir à rêver, le pouvoir de cette société ne cherche rien de plus qu’à exploiter un maximum des privilèges dont il dispose. Autrement dit, le système navigue entre deux extrêmes jamais questionnés ou remis en cause. Pour une simple raison, toutes tentatives de faire évoluer les mœurs terminent dans la répression et le bain de sang ! C’est un cycle vicieux généralisé. Le gouvernement exploite les pauvres et quand les paysans se rebellent, ils sont écrasés par l’Etat, ils se vengent et sont écrasés une nouvelle fois… La haine, la justice face à la corruption et à la répression.

Kill, la forteresse des samouraïs - 1968 - Kihachi Okamoto

Échec et mat

Pour démontrer l’ampleur de ce cercle, le film prend l’exemple d’une bande d’idéalistes, ici des samouraïs, assassinant un corrompu pour venger une ancienne répression. Une révolte perpétrée par des hommes de sabres révèle bien l’état de la société et sa perte totale d’idéaux, car même la caste des riches est atteinte. Par l’intermédiaire du yakuza vagabond, qui a vécu une situation identique deux ans plus tôt, c’est Okamoto qui intervient directement. En effet, le yakuza de par son histoire, sait exactement les conséquences d’un assassinat, il connaît les faiblesses des deux camps adversaires et agit dans l’optique de sauver les rebelles réformistes, sa manière de se faire pardonner pour ses erreurs passées. Il s’amuse avec les pions du seigneur tout en lui laissant croire qu’il va pouvoir réussir. Il met un terme à la complaisance de l’élite.

Kill, la forteresse des samouraïs - 1968 - Kihachi Okamoto

Comédie burlesque

Les deux camps ne seront pas épargnés par des détails les ridiculisant. Comment peuvent réagir des meurtriers quand ils apprennent que leur cible devait se faire hara-kiri ? Un meurtre propre et sans conséquences. Est-ce qu’un seigneur peut refuser à un prêtre de rentrer chez lui pour exécuter son devoir annuel alors que la demeure est en état de guerre ? Non, le seigneur remet tout en ordre et subit poliment le rituel religieux.

Kill, la forteresse des samouraïs - 1968 - Kihachi Okamoto

L’Histoire et les hommes

Okamoto n’essaye pas de donner raison aux réformistes, d’ailleurs il ne semble pas vraiment cautionner plus l’idée d’assassinat que celle de répression. C’est sur ce point que le réalisateur prend de la distance parce qu’il fait confiance à l’Histoire, au temps. Quoique les hommes fassent, ils sont toujours rattrapés par le temps, soit ils se sont trop avancés sur la situation, soit ils ont sous-estimés l’importance du pouvoir. Dans le premier cas, des éléments invisibles apparaissent pour dévoiler l’absurdité de l’acte, dans le second cas, un supérieur finira par punir l’abus de pouvoir. Avec le temps, les hommes sont victimes de leurs ambitions.

Kill, la forteresse des samouraïs - 1968 - Kihachi Okamoto

Fierté, honneur et absurdité

Le samouraï est envisagé comme une marionnette sans âme cherchant à trouver fortune et prestige. L’ironie de ce constat, Okamoto la fait apparaître avec le paysan brutal mais surtout avec le yakuza. Le paysan s’imagine le samouraï comme une figure riche, rien d’autres. Tandis que le yakuza pointe l’aliénation engendrée par un sabre tellement obnubilé par le pouvoir qu’il en oubli son humanité. Dans cette société, le statut ne veut plus rien, les sages sont devenus de modestes vagabonds, considérés avec mépris par ceux qui détiennent l’argent et le pouvoir. Okamoto désacralise avec humour la figure du samouraï à travers cette histoire respirant l’humanité où les individus accèdent à la liberté, délivrés des contraintes sociales absurdes.

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1 Rom August 20, 2007 at 4:47 pm

J’adore ce film, dont le final est l’un des plus généreux, les plus formidables, les plus humanistes du cinéma. Kihachi est grand. Ma scène préférée : lorsque Tabata (magnifique Etsushi Takahashi) le paysan, l’ahuri dit le bouseux, est littéralement fou de désire pour la prostituée qu’il avait dans un premier temps délaissé parce qu’elle sentait pas suffisamment la terre, et quand il s’aperçoit qu’elle a déjà tenu des bêches et labouré lorsqu’elle était paysanne.

2 kh June 26, 2008 at 12:04 pm

Les Américains et Sergio Leone se sont largement inspirés des films japonais et en particulier de Kurosawa (Yojimbo, les 7 samourais), Kill semble en être la réponse (à la) japonaise, s’inspirant ouvertement (parodiant?) des inspirés et les (ré)intégrant dans leur cinéma, bouclant la boucle ou créant un anneau de moebius.

Tiré du même roman à l’origine de Yojimbo, Okamoto en fait un film un peu plus compliqué, avec des scènes (et de la musique!) rappelant furieusement certains délires du western spaghetti, et façonnant ainsi le premier “ken geki spaghetti” peut-être…

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