
Alors que le premier film s’intéressait à l’ère Meiji et à ses nombreuses contradictions, cette suite change radicalement de ton, délaissant le contexte historique et son ambiance trop sérieuse pour se relâcher au travers d’une enquête mystérieuse impliquant des yakuzas grotesques et pervers dans un trafic de drogue.
En arrivant dans une ville, Ocho est prise comme cible par des yakuzas qui espèrent l’utiliser. Elle se retrouve piéger et vérifier par ces hommes, mais pour eux ce ne sera pas un bon coup, l’étroitesse physique de son corps ne correspond pas aux attentes, il la délaisse inconsciente. À son réveil, elle tient un couteau en main et se trouve entourer par plusieurs jeunes femmes mortes. Comprenant le piège, elle décide de faire son enquête personnelle. Elle découvre rapidement un traffic de drogue.

Conformément aux codes du genre, les femmes viennent se placer au centre de l’intrigue et pour Teruo Ishii il n’est pas question de se poser des limites, il faut exploiter au mieux le corps de la femme, dépasser le simple stade de l’humiliation, en fait mettre le corps au service de l’histoire autrement qu’en faisant gesticuler des poitrines filmées toujours avec insistance et longueur. D’ailleurs concernant ces passages obligatoires, le réalisateur parvient à les incruster en douceur, sans marquer un profond choc comme si la scène tombait directement d’on ne sait où, elles viennent servir l’humour général du film. Folies visuelles et musicales rythment un récit coloré honnête et direct.

En écho au magnifique combat de l’opus précédent, Reiko Ike nue se battant avec rage sous la neige d’un jardin japonais, se pose l’introduction. Elle reprend le même principe, à savoir la femme qui au fur et à mesure du combat se dénude comme revenant à sa profonde rage, tranchant la chaire des agresseurs sous une pluie battante et un décor abstrait noir qui accueillent une couleur rouge en totale adéquation avec l’esprit de la scène. La nudité de l’actrice ne pose pas de problème, son parapluie rouge au premier plan vient masquer ses parties intimes, lui permettant temporairement de se retourner sans gêne, de foudroyer avec ampleur et aisance un des derniers attaquants. Avec cette introduction splendide, Teruo Ishii donne le ton, du nu, de la violence sanglante et une ambiance soignée. Il ne lui manque qu’une histoire pour mettre harmonieusement tout ça en forme.

Teruo Ishii et les oubliés
Si le contexte historique n’est pas exploité par Ishii, c’est pour mieux s’intéresser aux quartiers populaires et à ses petites rues qui les parsèment, lui donnant l’opportunité comme au temps de la série Chitai de filmer l’environnement urbain autour des personnages, devenus presque prétextes pour capturer le charme des bâtisses et des rues populaires. D’ailleurs dès les premières minutes du film nous auront l’opportunité d’assister à une course poursuite dans ces quartiers, les rues sont étroites et animées, on y trouve des prostituées, des bars mais aussi de petites ruelles sombres, en tout cas l’ensemble baigne dans des couleurs variées allant du rouge vif au bleu foncé sans oublier le jaune fou. La course poursuite semble se perdre elle-même dans ces rues nous donnant l’impression d’un labyrinthe ignoré et pourtant tellement vivant, très loin des grands espaces libres, il y a ces gens qui vivent collés aux autres, appréciant cette proximité pleine de charme, reflet parfait de l’époque. Plus que les choix politiques, il y a la population et son habitat, ces quartiers traversés dans l’indifférence par des hommes en fuite, bousculant les autres sans parvenir à trouver de cachette, comble pour un tel labyrinthe qui dévoile l’ignorance du quartier de ces personnes.

Profession : Actrice pinky
D’habitude, dans ce genre il est courant de mettre en avant la femme et son corps, montrer son indépendance ou sa liberté pour écraser les hommes purement et simplement. Dans ce film, le réalisateur pousse cette idée à son extrême, la tournant pratiquement en dérision. Il faut déjà commencé par le personnage de Ocho qui à de multiples reprises établie une distance entre l’action en cours et ses envies personnelles. Autrefois, cette femme n’éprouvait aucun sentiment, il n’y avait chez elle que la passion pour la vengeance bien faite, les hommes étaient pour la plupart des adversaires ou tout bêtement inaccessibles. Désormais, la femme ne pense plus à cette vengeance comme unique raison de vivre, elle comprend alors le désarroi d’être une femme célibataire, devant accepter son statut de louve solitaire.

Plus que le personnage de Ocho, on peut comprendre qu’il s’agit de viser l’actrice en personne, figure du genre malgré son expérience tout fraîche. Ainsi quand elle se rendra dans un bar à hôtesses, elle ne pourra s’empêcher d’aller regarder la passion des couples temporaires s’exprimer derrière d’humbles rideaux, permettant à la fois de filmer quelques relations. Elle les regarde avec attention, voire ce beau mâle noir embrasser avec passion la belle japonaise lui rappelle sa solitude, tellement qu’elle nous livrera une de ses pensées, constat de la difficulté d’être célibataire. À un autre moment du film, elle devra pour faire avancer son enquête faire valoir son corps, utiliser le désir de la chair dans son propre intérêt. C’est comme ça qu’un chef de clan peut profiter de son corps, Ocho accepte et se laisse prendre au jeu. Mais une fois l’action terminée, l’air déçue, elle lâche à haute voix la réalité d’une simulation, mais qu’importe le patron n’entend rien, certain d’avoir su se montrer à la hauteur et faire partager sa joie.

Entre les cuisses…
Au niveau des femmes, d’une façon globale, elles sont ici littéralement les esclaves des hommes, chargées de transporter les doses de drogue ou de satisfaire une quelconque envie. Rien d’incroyable en apparence si ce n’est que la partie intime sert aussi bien à ce plaisir bâtard qu’au transport de la drogue, en effet le vagin s’impose comme la cachette parfaite et complètement insoupçonnable. C’est pour cette raison que Ocho n’est pas retenue, trop étroit pour laisser rentrer une dose. Evidemment pour les faire revenir, les hommes les soumettent en les droguant, créant ainsi une dépendance dont ils sont les seuls à savoir répondre.

Rarement la femme n’aura été autant rabaissé qu’à un outil passager, ce qui rend encore plus surprenant de voir ces transports improvisés venir voir les yakuzas qui s’occupent de l’affaire avec le sourire, écartant volontiers les cuisses, pensant déjà à la piqûre à venir. Heureusement, Ocho donne l’impulsion de révolte, aidée entre autre par une nonne tueuse, histoire de jouer sur le fantasme de la religieuse plus que de rebondir sur une éventuelle critique de la religion. Dans le final toutes ces idées vont sauter, les femmes se dénudent toutes pour venir se venger et humilier les hommes, à poil elles écrasent ces yakuzas grandes gueules, point d’apogée de l’humour du film. D’ailleurs, dans cette scène, elles se révèlent plus impitoyables que les hommes en matière de torture ou d’humiliation, il n’est plus question d’enchaîner les corps et de s’adonner au bondage excitant mais simplement d’uriner sur les yakuzas défait, arroser de la honte qu’ils avaient infligés à ces pauvres femmes outils.

L’exploitation ridiculisée
Ambiance psychédélique avec bande son en sobre roue libre, Teruo Ishii se permet de retourner les éléments du genre pour en faire naître une bonne dose d’humour couplé à des situations respirant clairement le second degré comme cette surprenante technique de transport de la drogue. Il cultive un ton léger et attrayant, sachant se moquer des principes du genre à l’image des réflexions personnelles que Ocho nous adresse presque, à haute voix ou en voix-off, faisant ainsi de la figure érotique, une humble femme un peu perdu qui espère vivre un jour l’amour et les sentiments, sortir du cadre quotidien de la simulation ou de la solitude. Par la même occasion, le réalisateur ne peut s’empêcher de diversifier les couleurs, jouant énormément sur ce point pour apporter de la vie concrète, redonnant ainsi littéralement des couleurs à un genre parfois terne et déjà bien usé, on pourra retenir entre autres le final avec ses teintes vertes et violettes, donnant un côté à la fois aux femmes un côté zombiesque et une facette plus mystérieuse, charmante et attirante. L’armée des femmes nues et libres est prête à bousculer la structure masculine, lâche et arrogante.












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