La belle de l’underground – 1958 – Seijun Suzuki

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La belle de l'underground - Underworld Beauty - 1958 - Seijun Suzuki

En hommage aux films noirs, Suzuki nous entraîne dans le monde peu scrupuleux des yakuza, où l’argent a remplacé l’honneur. Les hommes sont capables du pire pour récupérer un bien précieux, ils tuent et vont même jusqu’à fouiller les entrailles d’un cadavre. Suzuki applique l’approche formelle d’un film noir, à savoir un noir et blanc contrasté avec ses jeux de lumière, sans pour autant verser dans une ambiance fataliste et pessimiste. Le ton oscille plutôt entre le drame et l’humour, une façon de relativiser et de ridiculiser ces pauvres yakuza dominés par l’avarie.

Après trois ans de prison pour vol, Miyamoto récupère le butin qu’il avait caché, et veut l’offrir à son ancien camarade, blessé pendant le vol. Pour accomplir l’opération, Miyamoto demande de l’aide à son patron sans penser qu’il essayera de les doubler pour mettre la main sur les diamants.

La belle de l'underground - Underworld Beauty - 1958 - Seijun Suzuki

La ville de Yokohama se transforme en un Los Angeles des années 40, entre une insouciance festive et une malsaine obscurité. On retrouve l’image d’une ville un peu sauvage, où le béton n’a pas encore asphyxié la moindre parcelle de terre, où l’homme n’a pas encore quadrillé parfaitement la totalité du terrain. Cette ville des années 50 respire la liberté et l’espace que l’on peut voir pendant les escapades en voitures, filmées directement dans les rues. La nuit venue, les insignes des clubs s’allument de partout et la jeunesse vient prendre possession de la piste de danse et des verres d’alcool.

La belle de l'underground - Underworld Beauty - 1958 - Seijun Suzuki

À côté de ces rues principales infestées par la foule, il y a ces petites rues moyennement bien éclairées où quelques commerçants itinérants restent ouverts. De cette obscurité ressort le doute et la difficulté de ces quelques personnes, contraint de travailler quand d’autres s’amusent. Ces rues sont aussi un terrain de chasse parfait pour les discrètes filatures, non seulement pour leur faible luminosité, mais aussi parce qu’elles offrent plein de petits embranchements utiles pour se cacher. Comme un labyrinthe urbain.

La belle de l'underground - Underworld Beauty - 1958 - Seijun Suzuki

Dans cette ville, les crapules contrôlent les lieux de vie comme des bars, un moyen de se donner une image acceptable aux yeux de la société, tout en ramassant l’argent facilement et légalement. En effet, ces hommes n’ont qu’une idée en tête, s’enrichir. Peu importe qu’ils soient yakuza, qu’ils aient un code éthique à appliquer, la richesse efface toutes les autres priorités. Le code ne sert à rien, il n’y a plus de respect, d’honneur, ces individus ne le mentionnent que lors de tueries comme pour se laver la conscience.

La belle de l'underground - Underworld Beauty - 1958 - Seijun Suzuki

L’appel de l’argent est une maladie qui atteint tous les faibles esprits. Ils se laissent aveugler facilement par les possibilités qu’une importante somme d’argent pourraient leur offrir, et encore une fois, pour ce seul but, ils délaissent tout. Ils deviennent inhumains. Face à ce comportement, Suzuki s’amuse à mettre en scène des situations délicates, à l’exemple du mort qui a avalé les diamants. Ainsi, pour récupérer ce butin, les hommes deviennent hypocrites. Ils veulent aider la famille et l’accompagnent dans cette dure épreuve alors qu’en fait, ils n’ont aucun respect, ni pour la famille, ni pour le mort. Ils se moquent royalement du drame et pensent que personne n’a capté leur hypocrisie.

La belle de l'underground - Underworld Beauty - 1958 - Seijun Suzuki

Les diamants passeront des entrailles d’un cadavre à la poitrine d’un mannequin en argile, Suzuki ose placer ce butin dans des endroits délirants, forçant les hommes à agir comme des abrutis. En fait, pour obtenir ces diamants, les hommes doivent sans cesse creuser ou ouvrir quelque chose, il y a toujours une barrière empêchant les individus de profiter du matériel. Il y a l’idée d’une mission difficile et démesurée pour seulement trois vulgaires diamants que personne n’arrive à garder très longtemps.

La belle de l'underground - Underworld Beauty - 1958 - Seijun Suzuki

Le film annonce la tournure absurde vers laquelle se dirigera Suzuki quelques années plus tard. Ici, il profite d’un hommage aux films noirs pour faire apparaître le ridicule d’hommes inhumains et fiers de l’être. Les éléments habituels du genre sont détournés, la femme fatale est une gamine un peu rebelle qui masque ses émotions, le brave et gentil anti-héro reste inconscient qu’il est à l’origine de tous les problèmes, le patron n’a aucun charisme ni présence, on le confond presque avec ses hommes de mains… Il en est de même avec le côté noir, après tout le film ressemble plus à une quête puérile perdant au fur et à mesure son sens originale qu’à un véritable traquenard tendu et désespéré qui se referme sur les personnages principaux. L’ironie de Suzuki, c’est d’être capable de garder le sérieux d’une situation alors même que tout semble être en décalage jusqu’à progressivement effacer cette nuance. Comme pour la fusillade finale où les gamins se retrouvent en plein milieu d’une affaire d’hommes qui se règle à coup de balles. Après tout, c’est ce que les enfants voulaient, être des grands.

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