
Derrière l’incendie du Pavillon d’or se cache la tragédie personnelle d’un jeune rejeté incompris. L’histoire de cet individu fait ressortir l’état de cette société hypocrite et aveuglée par un idéal de perfection, dont le symbole est incarné par le Pavillon d’or. Ce temple est un trésor national, une attraction de passage obligatoire pour les touristes et les curieux tant la splendeur de l’endroit est réputée. Kon Ichikawa s’introduit dans la tête du jeune homme qui brûlera la merveille, se plaçant aux premières loges de sa tragédie pour voir comment il en est arrivé à détruire un symbole aussi précieux.
Lors de l’interrogatoire suivant son arrestation pour avoir brûler le Pavillon d’or, Mizoguchi, se remémore tout ce qu’il a vécu depuis son intégration au temple, sept années auparavant.

Depuis toujours, Mizoguchi a été élevé dans un culte de la perfection, entretenu par un père parlant quotidiennement de la beauté du Pavillon d’or. Cet idéal du père contrebalance avec la médiocrité de la mère qui trompe impunément son mari au cœur du foyer familial. À la bassesse des actes d’une mère, l’enfant préfère boire les paroles d’un père pensif et malade, idolâtrant ce fameux Pavillon.

Bercé dans l’attente de cette perfection, la découverte du trésor n’en est que plus grande et intense. Mizoguchi porte un regard particulier sur la merveille, quelque part elle appartient à son être, ce qui donne une idée de l’importance qu’il lui accorde. Le Pavillon est un condensé de tout ce qu’il aimerait être, de ses désirs. C’est pourquoi il se montre particulièrement protecteur quand il voit des étrangers essayer de rentrer dedans, il s’interpose pour faire obstacle, allant même jusqu’à être involontairement violent. Ce monument mérite du respect, ce n’est pas un restaurant. Il faut être digne de lui.

Mais il y a une forte différence entre la réalité et les désirs du jeune homme. Mizoguchi est un bègue qui doit affronter les moqueries de tous et qui n’est pas toujours pris au sérieux. Pour preuve, il peine à se faire des amis. Ce handicap devient une paranoïa qui le pousse parfois à agir d’une façon ridicule et absurde. Il est tellement habitué à être rejeté, à cause de son problème qu’il pense que si on lui refuse des choses, c’est fatalement pour son handicap. Il se trouve dans une prison dont la seule clé est le Pavillon d’or, une merveille qui lui redonne espoir et confiance.

Dans le temple, c’est la rigueur et la précision qui dominent la vie quotidienne. Et entre les hommes, il ne semble pas y avoir de véritables discussions ou de rapports humains. L’ambiance est froide et vide, tout se base sur des non-dits. Il y a un énorme problème de communication qui fait que chacun se base sur ses positions sans s’assurer de leurs validités auprès des autres. Mizoguchi se trouve pris dans un piège où il ne peut pas s’exprimer et n’y arrive pas, à cause de son handicap. À plusieurs reprises, sa bonne volonté est détruite parce qu’il n’est pas écouté, les autres finissent ses phrases à sa place puis s’en vont.

Le jeune homme va prendre conscience de cette situation en rencontrant un camarade au lycée, lui aussi handicapé. Il est cynique, arrogant et manipulateur, il veut montrer à Mizoguchi comment la société sombre dans sa propre hypocrisie. Pour se faire, il va jouer de son problème physique pour attirer la sympathie d’une jolie jeune femme qui n’hésitera entre l’indifférence et l’aide. Elle choisira finalement l’aide, après quelques secondes de réflexions, alors qu’en fait elle ne s’intéressait pas à ce jeune homme. Tout comme la paranoïa de Mizoguchi, cette hypocrisie devient un fossé dans lesquels les individus finissent toujours par se donner bonne conscience en dépit de leurs sentiments de départ.

Brûler le Pavillon d’or, revient à réduire en cendres l’idéal de perfection de la société. Pourtant, cette société a tendance à dénigrer cette perfection, elle s’en moque. Même les prêtres profitent du monument pour remplir les caisses, de l’argent qu’ils sont loin de rejeter. Mizoguchi ne fait que de mettre en valeur la perversion de l’idéal cachant en fait un individualisme égoïste mais complexé.

Dans une autre idée, l’acte du jeune homme peut aussi révéler le poids de la perfection sur les individus. En fait, Mizoguchi grandit avec cette notion en tête mais va comprendre à quel point cette idée est figée dans le passé par l’intermédiaire du bâtiment. Dans la réalité, la perfection n’existe pas, et le plus difficile reste d’accepter ce fait. Incapable d’accepter son sort, Mizoguchi se lance tête baissée dans un acte fou sans réfléchir aux conséquences. L’idéal est sans nuance, soit il existe, soit il n’existe pas.

En se plaçant du point de vu d’un rejeté, Kon Ichikawa démontre la lourde présence de la soumission à un idéal, qui ne sera jamais remise en cause. La folie viendra expliquer les raisons de l’incendie sans que personne, à part nous, sache ce que ressentait Mizoguchi. Qui d’ailleurs comprend l’inutilité de s’exprimer pour tenter d’expliquer son histoire, la société a déjà trouvé les raisons définitives du problème. Ichikawa fait ici référence à la morale de l’histoire récitée par le prêtre principal, s’il y avait eut une possibilité de communiquer et de dialoguer, peut-être que le Pavillon n’aura pas brûlé. La société accuse les conséquences de son arrogance.













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Comme pour Feux dans la plaine , Enjo/ Confrontation/ Le Pavillon d’Or, est l’adaptation d’un célébrissime roman, ici Kinkakuji/ Le Pavillon d’Or de Yukio Mishima, sur la fascination morbide qu’exerce chez un jeune moine introverti un des temples les plus élégants de Kyoto qui a brûlé plusieurs fois au cours de son histoire, et, dans la plus pure tradition japonaise, a été reconstruit à l’identique . Le dernier incendie date de 1950, et fut perpétré par un moine, histoire qui inspira donc l’auteur pour son roman publié en 1956.
A la différence de Feux, Kon Ichikawa ne semble pas avoir pu faire autre chose que de résumer, au lieu d’extraire, la substance d’un matériel, au demeurant plus abondant. Autant la mort; la souffrance, la déchéance semblent propice à une vision cinématographique, autant la contemplation, la perversion existentielle, la violence mentale semblent plus problématiques à poser sur l’écran.
Ayant été moi-même complètement subjugué par le roman qui est un des plus « accessibles » de Mishima sans être facile, j’ai enfourné le DVD rempli d’excitation tout en sachant que ma tâche serait compliquée. L’ouvrage est resté comme mon préféré parmi la dizaine que j’ai lus de l’auteur, et une référence absolue en terme d’exploration psychologique d’un personnage en situation de faiblesse (il est bègue), se piégeant lentement (et le lecteur avec) dans une quête de beauté morbide et perverse, et qui en devient répugnant.
Alors j’ai –vainement- essayé de m’éviter des réflexions du genre « il manque ci là, et ça ici », mais au bout du compte, il m’était difficile de ressentir autre chose que de la frustration, ayant le sentiment que Kon Ichikawa n’avait fait qu’effleurer le sujet, et un léger ennui, trouvant que l’ensemble manquait finalement de punch. Un résumé habile, pas très passionnant, et assez impersonnel, même si les thèmes « extraits » par la critique ci-dessus sont très pertinents.
Petit point de détail, mais j’étais également un peu agacé par le rictus un peu trop convenu et systématique d’un acteur que j’aime pourtant beaucoup, Tatsuya Nakadai dans un rôle sans grande de profondeur, se résumant au rôle de grand corrupteur.
Bref, comme pour Feux dans la plaine , je recommanderais la vision du film avant la lecture du livre. Pour ceux qui les ont vus, précipitez-vous sur les bouquins !