
Au doux son d’une mélodie mortelle, une femme se lance dans sa vengeance, sans prendre le temps de pleurer la mort d’un père alcoolique, unique famille, elle s’arme d’un couteau et se rend voir des yakuzas reconvertis dans les affaires. La plaie est encore trop fraîche pour lui permettre d’aboutir son geste, portée par la haine et sa naïveté détruite, elle manque de précision et loupe sa cible principale au profit de quelques hommes qui sans rien demander se retrouvent avec une lame dans le bide. La justice intervient, s’occupant des victimes au lieu des responsables, la femme part en séjour dans une prison, réfléchissant à sa future vengeance dans l’ombre d’un coin, évitant les contacts avec ses co-détenues qui malgré son désir de solitude deviendront ses camarades. À sa sortie, le spectacle peut commencer.

Femmes libres…
Jeunes femmes vindicatives et violentes viennent se placer au centre de l’histoire, elles n’ont rien de comparables à leurs aînées soumises et sobres, ici ces jeunes femmes s’affirment par tous les moyens sans jamais se contenir dans une image figée, elles vivent au rythme de l’ambiance de ces années 70, relâchées et indépendantes, elles n’ont ni maître, ni homme. Pour elles, la coupe traditionnelle n’existe pas, au contraire, les cheveux débordent et ondulent outrancièrement, accompagnant un style vestimentaire mettant en avant la féminité des corps, l’indépendance du choix est revendiquée quitte à faire dans la provocation, ces femmes n’hésitent pas à s’amuser avec des hommes au comportement animal limité, tout l’inverse d’elles. Pourtant elles doivent accepter l’idée de vivre dans une société masculine absurde au possible qui ne peut leur venir en aide en cas de problème, elles se retrouvent donc seules et sont indirectement poussées à commettre des atrocités pour se faire entendre, ou dans une moindre mesure narguer les autorités. Si personne n’est là pour les aider, il faut croire que la société saura parfaitement trouver le moyen des punir ces femmes et de les enfermer en prison.

… et impitoyables
C’est de cette manière que l’on se retrouve dans un microcosme féminin crée de toutes pièces par un monde masculin. Là-bas, il ne faut rien attendre d’autre qu’une éventuelle solidarité naissante entre ces femmes où elles doivent presque toujours passé par l’étape de la violence pour s’affirmer au sein du groupe, trouver une place pour être respectée et considérée par tous. Ainsi en plein milieu de ce microcosme normé, elles continuent d’appliquer les nobles règles de l’extérieur, quand il y a une impolitesse impardonnée, tout doit se régler entre les femmes concernées, un face à face est même imaginable, bout de verre à la main, corde d’honneur entre les dents, les femmes se battent sans concession avec violence et animalité, déterminée à gagner. En dehors de ce point, elles sont réduites à l’état primitif d’ouvrière forcée de coudre toute la journée, preuve du manque d’intérêt de l’institution pour ses prisonnières qui passent d’une liberté sauvage à l’enfermement le plus stricte et ridicule qu’il soit. Evidemment pour ces femmes, quand de nouvelles arrivantes sont placées dans leur cellule, la première question qui sort de la bouche souhaite savoir pour quelles raisons elles se retrouvent en prison, jugeant ainsi par l’acte, le certain niveau de la personne, histoire de se faire une idée sur son attitude et comportement général. Pour tous, c’est l’occasion de parler du passé, mais aussi de nous présenter de cette manière chacune des femmes principales de l’intrigue du film, avec une pickpocket, une femme de yakuza, une jeune rebelle.

Guerre subtile
Sphère virile et machiste, capable de torturer et de tuer, participant à des activités louches sous couvert d’une façade d’entreprise honnête et citoyenne, les yakuzas représentent à la perfection un ennemi à la hauteur de ces femmes enragées demandant vengeance plus que justice. Mais il faut croire que l’argent ne suffit pas à faire la grandeur et l’intelligence de cette sphère complètement divisée en intérêts personnels. C’est justement ça l’idée à exploiter pour ces femmes qui ne disposent pas des mêmes moyens directs, alors sans main d’œuvre, il leur faut faire preuve de subtilité et jouer des conflits entre ces yakuzas. À la différence de l’homme, la femme sait jouer de son apparence et de ses sentiments pour mieux manipuler et arriver à ses fins. D’ailleurs, la chef n’hésitera pas à se faire quelques militaires américains pour obtenir de l’argent en vue de s’offrir des caisses d’armes, avec pistolets, grenades et fusils. La douceur de ces esprits émergent en même temps que les pions s’écroulent.

Société de rats
Au travers de cette vengeance, on découvrira une société corrompue et hypocrite où les politiciens servent de médiateurs aux yakuzas qui eux-mêmes dirigent l’économie du pays, s’offrant des entreprises pour camoufler les trafics divers, drogues ou femmes, au choix. Sans difficulté, les femmes abusent des conflits, les hommes tombent dans le panneau et s’entretuent, ils sont victimes de leur propre arrogance, dévorés par des femmes serpents vicieuses comme jamais. Du côté de ces hommes, outre le fait d’être un peu beaucoup pervers, on retrouve des personnalités spéciales comme le tueur au crachat de fer qui peut faire d’une simple boule de chewing-gum une bille de plomb perçant n’importe quoi, il fait preuve d’une surprenante habilité de sa langue de fer, la maniant aussi bien son pistolet. L’homme est néanmoins très sobre, veste noire, rien ne laisse présager sa précision buccale armé d’une bille d’origine américaine. Concernant le chef, il ne ressort pas vraiment, en fait seul sa tenue vestimentaire le distingue de ses hommes, il porte un costume coloré, bleu ou blanc, toujours de façon à apparaître comme le chef, sans oublier sa paire de lunettes. Mais c’est surtout un jeune homme au sang chaud qui sort de l’image classique véhiculée par ces yakuzas, il est violent et provocateur, ne s’intéressant pas au respect habituel de la hiérarchie, il fonce tête baissée sans se préoccuper des conséquences, armé le plus souvent d’une énorme bouteille de saké qu’il s’empresse de porter régulièrement à sa bouche pour mieux la vider et sortir de cette réalité ennuyeuse et normée.

Le charme des rebelles
D’une vengeance féminine, l’histoire exploite les difficultés de l’époque partant forcément de l’indépendance affirmée de la population féminine en passant par une jeunesse désoeuvrée qui opte pour l’alcool ou le vol pour survivre et s’échapper à sa façon d’une société hypocrite, pour finalement porter un regard sur la base de la fierté du pays, reposant en parti à l’activité des yakuzas reconvertis en toute légalité et disposant de très bons contacts hauts placés. Les femmes viennent donc bousculer ces hautes sphères comme pour symboliser qu’elles sont prêtes à faire trembler les fondations d’une société officieusement en déchéance sous le fameux boom économique, forcer de recourir à la violence la plus sanglante pour s’imposer. Ce qui nous donne l’occasion au film de respecter avec rigueur le cahier des charges, poitrines à tout va et sexe seront montrés, sans faire impasse sur les combats symboliques entre femmes d’où naît le respect entre elles, faisant oublier presque l’effort physique. Charme d’époque et revendications fémines.












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