Lady Snowblood – 1973 – Toshiya Fujita

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Après avoir rendu ses habits classieux de Sasori, Meiko Kaji ne tarde pas longtemps avant de retrouver un rôle sur mesure lui convenant parfaitement. En fait, avec le personnage de Lady Snowblood, c’est toutes les valeurs qu’elle véhicule depuis le début de sa carrière qui sont poussées à leur paroxysme. L’idole féministe par excellence, forte et déterminée, devient pour l’heure un être déshumanisé complètement animé par une vengeance qu’elle va concevoir comme l’unique but de son existence, ne vivant donc que pour satisfaire sa soif de justice personnelle.

Lady Snowblood - 1973 - Fujita Toshiya

C’est ainsi que le film retrace toute la vie de cette femme machine, partant d’une tragédie familiale qu’elle n’a pas connu en passant par son entraînement pour finir par la simple application de la vengeance, une véritable fontaine sanglante. Mais lorsque la femme se lance dans sa tuerie, elle va découvrir le cercle infernal de la vengeance, comprenant qu’à son tour elle devient un objet à tuer, ne faisant finalement que de perpétuer son malheur sur les autres. À cela, découle la question d’humanité et de liberté chez cette femme emprisonnée dans le désir d’une femme morte en lui donnant naissance. À quel point les enfants doivent supporter le poids de la volonté de leurs parents ? En plus, le film a l’originalité de se dérouler dans un contexte assez rarement exploité, nous sommes en plein dans l’ère Meiji qui mis fin à la glorieuse époque des samouraïs, marquant l’ouverture du Japon sur le reste du monde ainsi que sa douce déchéance impérialiste écrasant les plus pauvres sous le devoir national de servir par les armes sa Nation. Loin d’être stable et calme, l’air du temps se tourne plutôt vers la corruption et la vente d’armes.

Lady Snowblood - 1973 - Fujita Toshiya

Yuki née en prison d’une mère désireuse de vengeance, hérite de son patrimoine et se voit, dès ses premières respirations, vouée à réparer l’injustice responsable de la tragédie familiale, grand frère et père assassinés, mère violée pendant plusieurs jours. Elle est élevée par une camarade de prison de sa défunte mère qui va tout faire pour respecter les dernières volontés de la femme en plaçant Yuki sous la gouverne d’un maître stricte et rigoureux qui va s’appliquer à lui transmettre son savoir. Vingt ans après la mort de sa mère, elle peut se lancer dans la vengeance.

La Vengeance d’une mère

Quand une femme se retrouve être la victime d’un malheureux coup du sort, assassinat complet de sa famille, elle est prête à tout endurer pour assouvir sa vengeance, il n’y a pour elle aucune limite pour se faire entendre. En tant que femme, elle sait jouer de ses sentiments et tromper des hommes trop souvent intéressés par l’unique rapport physique, satisfaction d’un plaisir égoïste à l’image d’une vulgaire bête, pour percevoir la réalité des ambitions de la femme. En apprenant à offrir son corps, elle exploite la nature pour mieux affaiblir les hommes, savoir profiter de ces instants où plonger dans l’illusion d’un plaisir aveuglant, ils se montrent sous un jour faible et sans défense, difficilement capables de se concentrer dans deux tâches à la fois. Pour la femme, il s’agit de prendre de la distance vis-à-vis de son corps considéré comme un simple objet sexuel, et de s’attacher avant tout à sa haine pour l’homme qu’elle renferme profondément dans son esprit. En conséquent, dans cette optique elle n’éprouve aucun plaisir à former une union corporelle avec l’homme, au mieux elle exploite son désir de la chair, au pire elle le regarde se trémousser avec agitation sur elle.

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C’est de cette façon qu’elle tuera son premier ennemi, et qu’elle se retrouvera enceinte après avoir exploité littéralement tous les hommes disponibles dans la prison, souhaitant donner naissance à l’objet de sa haine, un enfant qui porterait en lui les germes de ses sentiments et qui pourrait par la suite les exploiter et réussir là où la mère s’est misérablement échouée. Un tel comportement ne peut qu’attiser les insultes et le mépris de ses co-détenues qui n’ont aucune idée du degré de haine de la femme, ne voyant en fait que sa dépravation comme si elle cherchait à trouver du réconfort ou une quelconque trace d’amour dans les bras des hommes. L’espoir c’est d’enfanter un fils qui de par sa force et sa détermination pourra mener à son terme la haine de la mère. Dernière surprise pour la femme, elle vient de livrer au monde une fille, lui volant d’emblée sa vie féminine pour en faire une machine tueuse et impersonnelle, lui imposant un choix de vie stricte et sans amour.

Lady Snowblood - 1973 - Fujita Toshiya

La naissance d’une machine à tuer

En effet, dans cet univers les enfants n’arrivent que très difficilement à survivre en coupant les liens qui les unissent à leurs parents. Le film nous livre en particulier trois exemples comprenant Yuki, et deux enfants de deux hommes qu’elle se doit de tuer pour sa vengeance. Concernant Lady Snowblood, elle n’est que le bras vengeur d’une mère morte haineuse, s’abattant inlassablement sur les individus. Il n’y a ici aucune idée de rédemption ou de pitié, le souvenir de la tragédie est irrévocable, ces hommes ont triché, ils ont menti et exploité une situation pour s’enrichir et tuer sans le moindre remords un professeur venant fraîchement prendre son poste. Cette mort devait servir leur tricherie, faire croire aux paysans qu’il est possible d’éviter de prendre les armes pour servir la Nation contre une petite somme, jouer au maximum du dégoût de ces gens envers un gouvernement et des idées qu’ils ne comprennent. Pour se faire, il faut amplifier le sentiment d’opprimé et profiter d’un quiproquo, sachant que les envoyés du gouvernement sont habillés en blanc, il suffit de tuer le premier homme qui se présente sans chercher à comprendre ou à discuter, être efficace avant d’être démasqué. Comme on dit communément, la fin justifie les moyens. Si la mère est directement reliée à cette horreur, elle se montre tout aussi impardonnable que ses agresseurs en imposant sa volonté sur un enfant qui n’a jamais connu la situation sauf à travers d’un endoctrinement oppressant, elle fait de sa vengeance la seule raison de vivre d’un enfant, née dans ce seul espoir. Ainsi, elle ne donne pas naissance à un enfant pour qu’il puisse vivre autrement qu’elle et s’épanouir autant que possible dans la société, mais pour qu’il perpétue une haine.

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Entre temps, ces individus ont pu fonder une famille et avoir des enfants. Alors comment une inconnue qui ne connaît rien d’autre que la haine d’une mère qu’elle n’a pas connu peut se permettre de porter un jugement mortel sur ces individus, qu’importe l’importance des actes commis dans le passé. C’est à ce niveau là que les enfants des quelques individus viennent apporter un changement. D’abord, il y a une fille qui pour son père en pleine déchéance, alcoolisme et problème de santé, va vendre son corps pour lui permette de continuer à vivre et de perdurer son plaisir, cette fille se moque du passé de son père, elle ne retient que sa présence et son amour pour lesquels elle se prostitue sans jamais se plaindre. Son amour est tellement fort qu’elle ne peut pas supporter qu’on vienne tuer son père, quoiqu’il est fait, et ne peut rien réclamer d’autre que la vengeance. Pour elle, la douleur est concrète, elle a donné tant de sa personne pour conserver cette unique famille qu’il est intolérable qu’un jour on vienne tuer un homme sous prétexte d’un acte horrible datant d’il y a 20 ans, dans un contexte difficile de surcroît. Lady Snowblood ne serait-elle pas l’enfant bâtarde d’une époque qui condamne les opportunistes sans jamais oser se regarder le nombril, trop endoctriner pour se rendre compte de sa faillibilité tout aussi impardonnable, car étouffante et poussant au meurtre. Pire qu’une vieille tragédie, il y a le constat que même ces pourritures ont su développer une once d’humanité en donnant vie à des enfants responsables et compréhensifs, loin d’être des marionnettes comme Yuki.

Lady Snowblood - 1973 - Fujita Toshiya

Un fils de pute

L’autre enfant s’impose comme un personnage intéressant, rivalisant presque avec la Lady Snowblood. Il est le fils d’un homme considéré mort depuis trois ans, suite au naufrage d’un navire, qui s’adonnait avec intérêt au marché de l’opium, profitant ainsi de la fameuse ouverture du Japon pour étendre son commerce illégal et pouvoir s’enrichir en paix. De toute façon, ce fils avait renié son père qu’il savait être une immonde crapule alors qu’il aurait pu suivre son chemin et se trouver une place de luxe au sein de l’organisation officieuse du père. L’homme opte pour se plonger à fond dans sa passion qu’il va faire son métier, dessinateur écrivain.

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Par hasard, il entend parler de l’histoire de Yuki par l’intermédiaire de son maître, curieux d’en savoir plus il va essayer de s’approcher de la femme robot afin de mieux le comprendre et de pouvoir dessiner son histoire sur papier, de faire connaître ce destin surprenant. Dès lors, le rôle de cet homme ne s’arrête pas qu’à son enjeu scénaristique, puisque évidemment son travail va connaître un succès tel que même les dernières proies à trouver vont forcément être amenées à le lire. En effet, il est avant tout un narrateur et renvoie directement à la narration du film, justement parfaitement découpée en plusieurs chapitres, il y a une sorte de mise en abyme avec un homme qui raconte une histoire dans laquelle il joue son propre rôle. Et cette impression est amplifiée par certaines idées visuelles qui nous donnent le sentiment d’assister à une pièce de théâtre comme par exemple lorsque Yuki tue sa dernière victime et qu’un rideau vient s’abattre, marquant la fin de l’histoire, rapide et nette, la tragédie se termine brutalement dans le silence sanglant et l’étonnement, effet qui traduit le travail inachevé d’un écrivain narrateur n’ayant pas encore pensé à la suite des aventures.

Lady Snowblood - 1973 - Fujita Toshiya

Meiko Kaji : Lady Snow-Sasori ?

Au niveau de la réalisation, la plus grande surprise ce n’est pas forcément les tonnes de sang qui viennent se déverser à l’écran, mais plus une iconisation ratée de Meiko Kaji dans un rôle pourtant parfait, se plaçant dans la continuité directe de Sasori. Le réalisateur montre des difficultés à ancrer son actrice dans une posture particulière, on est très loin de revoir une Sasori classe et élégante, portant un habit et un chapeau noir qui savait toujours bien placer son regard pour s’imposer à l’écran et imprimer son mythe. Pour Lady Snowblood, la femme parait plus effacée, d’un ton extrêmement pale, elle est habillée d’un kimono rayé en blanc et noir faisait d’elle une damnée de l’existence. Mais malgré ces spécificités, elle manque furieusement de présence, peut-être le défaut d’un personnage machine n’exprimant qu’à de rares occasions ses quelques sentiments ? Pourtant à de nombreuses reprises, il y avait matière à iconiser l’actrice, mais le montage se montre trop rapide, ne laissant pas le temps d’imprimer parfaitement l’image de la femme, à peine dans une posture charismatique qu’elle est déjà passée à autre chose. En plein paroxysme symbolique, cette Lady Snowblood se dévoile un brin tardivement, agonisant pendant que le soleil ose enfin sortir de ses ténèbres.

Lady Snowblood - 1973 - Fujita Toshiya

Enfant d’une époque calme et paisible ?

Avec cette femme, le film nous montre l’état d’une époque trop souvent glorifiée où l’Impérialisme est en marche, et où la société apparaît comme toujours autant divisée avec en particulier les pauvres qui subissent une politique indésirable au point de chercher à se révolter. Lady Snowblood est l’enfant de cette révolte sanglante baignant tout autant dans l’ignorance et l’incompréhension que dans la dureté violente de cette époque. Endoctrinée, elle n’imagine pas une seule seconde pouvoir exprimer son humanité, il n’y a d’important qu’une vengeance tel un but ultime à atteindre. Elle est susceptible de symboliser une génération sacrifiée par des aînés trop obtus et renfermés dans des idées fixes pour laisser cette jeunesse vivre librement et s’épanouir sans limite, vouée à n’être que des pantins manipulés par des valeurs jamais remises en cause, toujours acceptées comme du bon pain.

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1 Professeur Stump January 24, 2008 at 11:25 am

En quête de Lady Snowblood, je découvre votre site qui est remarquable. (Stump)

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