Sous les drapeaux, l’Enfer – 1972 – Kinji Fukasaku

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 Sous les drapeaux, l'Enfer - 1972 - Kinji Fukasaku

Avec l’après-guerre japonaise, ce que la population découvre de la bouche des étrangers, c’est la fin d’un esprit, d’une croyance, d’un patriotisme. La Japon n’a jamais été le pays des Dieux, l’Empereur l’est encore moins, le pays est en ruines, les gens pleurent leurs morts. Kinji Fukasaku a vécu cette période, c’était son enfance puis son adolescence, c’est sans doute de cette période qu’il va tirer comme d’autres, un regard critique ferme sur la société japonaise et ses dirigeants ayant imposés une guerre presque sainte au nom d’un Empereur humain. Le résultat de cette stratégie se compte en millions de morts, sans oublier les victimes des bombes atomiques subissant pendant encore longtemps les radiations. Les ruines, la désillusion puis une économie souterraine se mettant en marche pour tenter de continuer de vivre, font le quotidien de cette population qui doit assumer de plein fouet le soudain retour à la réalité.

 Sous les drapeaux, l'Enfer - 1972 - Kinji Fukasaku

Pour Fukasaku, se plonger dans cette guerre par l’intermédiaire des récits d’anciens soldats et des mythes entretenus par le gouvernement, n’est que la simple continuité de son propos. Il retourne en fait au point de départ du mal-être de sa société, bien avant la corruption, la jeunesse perdue, la perte des valeurs, la survie d’après-guerre, il y a le conflit en lui-même et la politique japonaise de l’époque, expansionniste au maximum, rêvant d’un Pacifique nippon. On y retrouve les laissés-pour-compte habituels, cette fois-ci les jeunes idéalistes ou yakuzas nobles laissent leurs places aux soldats et à leurs proches parents. La situation reste dans tous les cas pessimiste, Fukasaku ne vient pas brosser les mythes, il les renverse et s’intéresse à la détresse humaine de ces japonais. Ainsi des soldats, on ne verra jamais un seul acte héroïque filmé par le réalisateur, il y aura à la place la peur, les maladies, le cannibalisme, une hiérarchie devenue folle, une lutte pour la survie et des conflits internes à défaut d’avoir les combats avec les soi-disant ennemis, ces chiens d’américains. Que deviennent les soldats ? Les proches ? Les mythes ? La réalité.

 Sous les drapeaux, l'Enfer - 1972 - Kinji Fukasaku

Une veuve essaye depuis 26 ans, chaque année à la même date, le 15 août, jour de la défaite du Japon, d’obtenir des informations sur son mari exécuté en allant au Ministère de la Santé. Elle n’espère pas obtenir qu’une compensation financière prévue par le gouvernement depuis le début des années 50, elle souhaite avant tout connaître les détails de la mort de son mari. Sur la fiche que l’on avait donnée, la mention « mort au combat » a été barré pour être remplacé par un « décédé ». À partir d’informations livrées difficilement par le bureau du Ministère, elle part enquêter de son côté, à la recherche de la vérité.

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Le temps des samouraïs

Pour rassurer et donner confiance aux soldats, on leur rappelle qu’ils sont au service de l’Empereur, manière d’exploiter le patriotisme et l’honneur des inpidus, faisant d’eux des hommes spéciaux allant combattre les moins que rien d’étrangers. Cette époque voit la résurgence des valeurs du temps féodal, rappelant à chaque japonais son passé de guerrier, de combattant, de samouraï prêt à mourir pour sa patrie et sa dignité jusqu’à son dernier souffle. Le gouvernement de l’époque ne se gêne pas pour redéfinir l’image d’un Japon moderne conquerrant et puissant qui peut être fier de sa population confiante et heureuse de servir l’humble Empereur. En tant que paroles, ce discours peut émouvoir les âmes et en faire les alliés d’une cause surréaliste, décidée par un gouvernement militariste ferme et indiscutable.

Kinji Fukasaku accompagné de Kaneto Shindo au scénario, en décide autrement et cela dès le générique d’ouverture. Il ne compte pas réaliser un film de guerre à proprement parlé dans lequel nous verrions les soldats japonais combattre jusqu’au dernier pour l’honneur d’un homme déifié. Le problème qui pourrait se poser dans un choix pareil, c’est de semer en route le regard objectif et sombrer dans de l’héroïsme de bas étage, vraiment mal placé vu le propos. Ce serait un spectacle formidable mêlant actions et émotions humaines. À l’inverse, avec un tel propos il serait aussi facile d’en arriver à une victimisation du peuple japonais. Mais pour l’heure, Fukasaku opte pour une direction plus sobre. Il se tourne vers les images d’archives de ce temps béni par les Dieux, des parades magnifiques on arrive aux combats violents ainsi qu’à la déchéance des soldats. Le générique n’est qu’une suite de ces images sur fond d’une musique étrange, à la fois mélancolique et fataliste dans ses tonalités. Il réutilisera régulièrement ce moyen pour donner vie à son récit lors des rappels historiques, en ajoutant avec parcimonie ses séquences filmées qui parviennent à s’imbriquer sans encombre dans le récit.

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L’autel des oubliés

Ainsi il mélange réalité historique figée pour l’éternité avec ces images, et les cauchemars bien réels des soldats via ses séquences qui marquent leur éternelle horreur, celle qui les hante quotidiennement depuis la fin de la guerre. Ce procédé implante les récits des soldats au centre d’une réalité que personne ne peut contester, les images sont brutes et reconnues, du champignon atomique d’Hiroshima à un raid aérien bien précis, ce sont là des faits et non une pure fiction délirante. Alors après le rappel patriotique et la guerre retracée brièvement avec ces images, place au mensonge. Car c’est dans le présent que se trouve la seule véritable trace de la fausseté, de la fiction, de l’illusion. Nous assistons à la commémoration de la mort des soldats qui se sont battus fièrement pour leur patrie et leur dieu humain. C’est d’ailleurs ce dernier qui rend l’hommage en allant déposer des chrysanthèmes sur l’autel. Drôle de paradoxe que de voir le même homme qui autrefois se servait de son image pour embrigader les hommes dans une mort certaine et qui aujourd’hui vient leur rendre hommage alors qu’il les a trompé, exploité pour une cause irréaliste ! Comme entrée en la matière, Fukasaku se révèle efficace.

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Une veuve enragée ?

À vrai dire, il ne cessera pas de l’être durant le reste du film et commence par nous surprendre en choisissant une femme comme personnage principal de l’histoire. Il est peu habitué à donner une place centrale à la femme, en général elle n’a qu’un rôle secondaire de moyenne importance, toujours noyé dans une foule d’hommes. Ici, c’est presque l’inverse, la femme en tant que veuve à la recherche de la vérité, va devoir se tourner vers les hommes et les écouter afin de discerner le vrai du faux. Elle n’est pas un objet de passage sexuellement attractif, elle est un être humain lassé de se retrouver face à des barrières dès qu’il s’agit de son mari. D’ailleurs, elle est restée fidèle et continue de l’aimer, on pourra remarquer plusieurs fois qu’elle lui parle comme si il était encore vivant. Avec cette place centrale, la veuve devient le parfait type de personnage aimé par le réalisateur qui semble avoir commencé à prendre en considération la femme assez récemment, la prostituée de Guerre des Gangs à Okinawa était un début inaboutie mais occupait toujours un rôle secondaire. La veuve est donc une femme brisée par le mensonge et l’ignorance, impossible de vivre sa vie normalement sans le mari enlevé et tué par son pays dans l’indifférence la plus généralisée. Elle veut enlever le voile mystérieux qui plane autour des circonstances de sa mort comme cachée volontairement par des hautes sphères pour mieux apaiser la honte de la défaite et les limites du patriotisme. Ce qui fait bien d’elle, tout comme son époux, un personnage déterminé et acculé par un système nageant dans un mensonge reconnu par tous.

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Un tabou entretenu

Il faut tout de même dire que c’est au bout de 26 années qu’elle arrive enfin à obtenir ses réponses grâce à un nouveau directeur qui se laisse toucher par son histoire et lui donne la seule information qui traîne depuis des années dans les bureaux, une liste de 4 hommes, des rescapés de la guerre ayant d’une certaine façon connu l’époux de la femme. Ce n’est pas la société qui vient en aide à la veuve, l’Empereur n’apporte pas ce genre de réponses pourtant légitimes, il abandonne la femme dans son errance, livrée à elle-même, elle part voir les hommes. En fait, la raison de son rejet est très simple, la patrie et l’Empereur ne tolèrent pas les déserteurs, ceux qui même morts au combat ont un temps renié ces valeurs fondamentales ne méritent pas le soutien de notre homme déifié. En plus d’être méprisant, ce comportement prouve la méconnaissance absolue de la réalité du front et de ses difficultés, jugement ridicule surtout 26 ans après les faits, on s’attache toujours à mépriser les déserteurs comme s’ils étaient les responsables d’une défaite apparemment pas encore tout à fait acceptée. Ils sont morts en servant leur pays, mais leur statut importe plus pour un honneur et une dignité devenus quelconque dans le contexte actuel. Comme on dit, le temps passe mais les hommes ne changent pas.

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À chacun son souvenir

Au niveau des quatre rescapés qu’elle va interroger, chacun va donner sa vision du conflit, qui vient bien sûr bousculer les idées admises du mythe officiel minimisant la débâcle militaire. Le premier est un homme vivant dans la pauvreté, plus précisément dans un bidonville coréen, loin de la ville et de ses impératifs, il aime son cadre de vie bordélique et crade. L’homme est mentalement détruit, il semble faible et très renfermé sur lui-même. La première fois qu’il voit la veuve, il va se contenter d’épouser le mythe de l’homme vaillant et brave, on peut comprendre qu’il a quelque chose à se reprocher, et cherche en tout cas à donner une image optimiste du défunt, allant même jusqu’à dire qu’il est sans doute mort lors d’une attaque courageuse. Dans ce souvenir, le mari est un homme respecté par tous et prenant des choix décisifs qui éviteront la mort de ses soldats. Néanmoins dans son histoire très propre, il fait l’erreur amusante de ridiculiser la hiérarchie. En effet, il parle d’un gradé complètement fou qui ordonne aux hommes d’aller combattre en plein piège, oubliant que la mort est assurée. Ce gradé se jette volontairement dans la mort en allant tête baissée combattre les ennemis avec son sabre tenu fièrement en l’air. À cela, le sergent adoré est obligé de sortir une réplique tueuse façon héros sorti tout droit d’un grand film américain, « on ne gagne rien à mourir ». En clair, cette histoire sent le mensonge simplifié avec cette hiérarchie folle et ces soldats cool.

Le second rescapé est un comédien parodiant l’esprit de la guerre, il montre en fait l’impossibilité d’admettre la défaite en continuant à croire que le Japon est un pays surpuissant. Son récit parait plus réaliste, il raconte la dureté de vie avec le manque d’action, les maladies mais surtout la famine. Les soldats se battaient ainsi plus pour manger qu’autre chose, la survie primait sur l’Empereur et son patriotisme. Cet homme commence à amocher sérieusement l’image mythique des soldats en les reléguant à des animaux, il pense que le mari de la femme s’est fait abattre alors qu’il venait de voler un peu de nourriture. Que doit-elle croire ?

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Un début de réalité ?

Le troisième homme est un aveugle, comme si son corps avait refusé d’avaler plus d’horreurs. Marié et trompé, il livre un souvenir encore plus atroce, renforçant l’image de soldats affamés luttant pour survivre. Il se souvient d’un sergent qui était devenu cannibale, il avait décidé de tuer l’homme qui l’accompagnait sous le coup de sa grande faim. La viande humaine, il venait l’échanger à des soldats contre du sel, la faisant passer pour du cochon. La nourriture est colorée afin de bien ressortir du ton gris verdâtre de l’image. Les soldats ne se posent pas trop de question quant à l’origine de la viande, ils se contentent de la manger avec joie appréciant le repas. Le problème c’est qu’un d’entre eux va disparaître et revenir dans le sceau du sergent, découpé mais infecté par les vers qui eux aussi profitent du repas. Pas de doute pour les commandants, il s’agit là de cannibalisme, fait condamnable de la peine capitale car inimaginable pour un serviteur de l’Empereur.

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Un esprit résistant

Le dernier rescapé est un professeur qui s’est engagé à transmettre son vécu à la jeune génération en proie à une résurgence des valeurs de guerre comme nous le montrent les images de l’assassinat en direct à la télévision d’un politicien ou mieux, Yukio Mishima dans sa tentative de putsch. Afin d’éviter d’avoir une nouvelle génération endoctrinée comme de bons soldats, il partage son expérience, tentant d’amoindrir ce conflit générationnel. L’homme parle d’une mutinerie, des soldats auraient décidés de tuer un gradé sous prétexte qu’il était machiavélique. Fait admis par l’un d’entre eux, ce qui les conduira au peloton d’exécution.

D’une façon générale, ces récits détruisent totalement l’image mythique des soldats, on parle de cannibalisme, de révolte, de survie là où tout le monde aime à entendre parler d’héroïsme, de gloire. Mais surtout ce que l’on apprend via ces histoires, c’est l’immobilisme de l’armée. En effet, on pourra remarquer qu’il n’y a jamais une trace d’une action sanglante ou d’un affrontement face aux ennemis. Les américains restent des entitées inconnues dont on n’est peut-être même pas sûr qu’ils aient vraiment existé, on pourrait presque croire qu’il s’agit d’un coup monté. Pas de combat, mais des morts, avec une majorité de japonais et un seul américain, l’unique ennemi qui a fait l’erreur de se poser sur la terre sacré des militaires japonais.

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La mort, une horreur quotidienne

Les morts font l’objet d’un traitement soigné par Fukasaku, il fait clairement ressortir la mort du reste du récit en lui offrant l’instant de couleur alors que les souvenirs ont toujours eu un filtre gris verdâtre. À la couleur, il ajoute le ralenti de l’action. L’acte de mourir est rallongé artificiellement pour mieux appuyer l’horreur dans toute sa splendeur. D’ailleurs, quand le prisonnier américain doit être exécuté, Fukasaku utilise sa mort pour ridiculiser les fameuses grandes valeurs. L’homme doit être décapité par un gradé trop fier de sa position et de son pays. Avec le sabre, il va essayer de le tuer, mais il ne fait que de le blesser, chaque coup augmentant la douleur de la victime. Le sabre est l’objet qui par définition représente bien le temps féodal et donc les valeurs remises au goût du jour par le gouvernement japonais de l’époque. Ici, c’est l’échec de cette doctrine dans son application, le sabre peut faire tout ce qu’il veut, il n’arrivera qu’à blesser gravement les gens, sans jamais les tuer. C’est finalement une balle qui viendra achever la souffrance de la victime. Comme quoi les bonnes vieilles méthodes s’avèrent ridicules et inutiles, totalement dépassées pour l’époque, manière ironique d’alourdir la charge d’un gouvernement héroïquement vain.

À côté de cet américain, l’ennemi se situe au cœur de l’armée avec des gradés qui ne comprennent pas le comportement de leurs hommes et continuent même dans la débâcle à croire en un Pacifique nippon. L’insubordination causera la mort d’un gradé, ce même homme qui avait raté l’exécution et qui se montrait fier d’être arrivé à son poste sans passer par la case diplôme. Ce n’est pas l’acte de mourir qui revêt un symbolisme intéressant, évidemment comme chaque mort Fukasaku brise le ton gris habituel des souvenirs en redonnant sa couleur d’origine à l’acte, comme si voulait donner un côté toujours actuel à des faits trop souvent oubliés au profit d’un quelconque héroïsme. Donc avec ce gradé, apparaît le cannibalisme chez un homme malade et fatigué qui ne voit aucune autre manière de s’en sortir sans devoir savourer cette viande humaine.

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Le bal des héros

Rabaissement de l’homme à son état primitif, loin des héros il y a l’être humain, de la chair à pâtée. Mais avec le cadavre d’un gradé, il n’est pas question que d’appétit, le soldat en vient à manger toute la folie de la guerre et toutes les valeurs trop vantées par son gouvernement. S’il pourra s’en sortir vivant grâce à son acte, l’homme perdra néanmoins tout, comme condamné à vivre dans la misère et en dehors de la société qu’il ne peut comprendre. Il est le fruit direct de la guerre et de l’idéologie de l’époque, l’homme est détruit, au fond tout comme les autres rescapés. Voilà la réalité du soldat du soleil levant. Enfin il y a l’exécution, au bord d’une plage, les hommes sont tués pour avoir oser vouloir survivre, ce sera la seule fois que nous entendrons un soldat parler ouvertement à l’Empereur, criant simplement son nom avant d’être abattu comme pour lui montrer la réalité de son conflit et de ses valeurs.

L’exécution pose un problème majeur, il n’y a pas eu de cour martiale, elle fut donc décidée par un gradé. Pas de jugement objectif, juste un regard endoctriné sur ces hommes. L’armée condamne les crimes internes au nom de l’Empereur et va massacrer dans le même temps des ennemis invisibles dans le film, sans éprouver le moindre remord. Pourtant il n’y a pas de différence, un crime reste un crime qu’importe de quel côté il se déroule. D’ailleurs combien de criminels de guerre japonais sont passés entre les mailles de la Justice ? Nous savons qu’il y a en un qui a réussi à se reconvertir dans la politique avec succès, sans compter les gradés qui ont passé des ordres infâmes et qui aujourd’hui peuvent respirer sagement le doux air de liberté. Dans cette société on comprend qu’il ne sera pas encore possible pour les soldats de reposés en paix, les mythes demeurent, l’empereur prospère, les tabous sont plus vivant que jamais.

 Sous les drapeaux, l'Enfer - 1972 - Kinji Fukasaku

L’oubli

Avec ce film, Fukasaku jette un regard profondément nihiliste sur une société japonaise qui ne reconnaît toujours pas ses erreurs, pour cette veuve même en connaissant la vérité, il n’y a pas moyen de la faire reconnaître par tous. La foule s’agite normalement dans les rues, en ayant déjà oublié les horreurs de son passé, apaisé de vivre une époque tranquille. Du côté de la réalisation, Fukasaku est plus sobre et calme que d’habitude, même si on retrouve par moment une caméra à l’épaule il limite ses plans penchés symbolisant une situation de désespoir ou d’apocalypse à quelques passages bien choisis, qu’importe l’époque de sa narration. De ce côté-là, il arrive à bien combiner présent, archives et réalité passée sans perdre en rythme, au contraire le film prend son envol dès que la veuve part enquêter et voir les rescapés.

L’histoire prend forme, tout comme le personnage de la veuve qui ne sait pas ce qu’elle doit croire, gardant en effet depuis toujours une image tendre de son mari, elle n’avait jamais pensé au comportement possible dans ce contexte de débâcle. Sa déception est souvent appuyée par la musique du film, tendre et horrible à la fois, mais aussi magnifique. D’ailleurs, comme souvent, le réalisateur s’attache à capturer les visages de ses personnages, des soldats aux rescapés en passant par la veuve, il s’intéresse à tous, et les filme en gros plan sans délaisser son habituelle harmonie du cadre. L’homme aime clairement ces personnages renégats voués à l’errance ou à la mort dans une société figée, le nihilisme est de rigueur, mais les mythes perdurent tandis que les morts se font oubliés des consciences collectives, le passé est enterré. L’ignorance a de beaux jours devant elle, commençant d’ailleurs à infecté la nouvelle génération qui n’a d’autres moyens que de se tourner vers les valeurs dites glorieuses de son passé dans une société où les repères ont sauté, où le mensonge fait foi de vérité absolue.

***Bande Annonce

Infos

- Under the Flag of the Rising Sun (Gunki hatameku motoni, 軍旗はためく下に)
- Avec Tetsuro Tamba, Sachiko Hidari, Kunie Tanaka… (IMDb)
- Disponibilité : DVD Z1 STA (Homevision)

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