
Encore dans une période visuellement et esthétiquement calme, Seijun Suzuki se positionne ici comme humble conteur classique au service de son histoire et de ses personnages. Sans délaisser pour autant ses idées, il fait juste dans la retenue cherchant véritablement à faciliter la mise en avant des quelques portraits effectués durant le film.
Principalement, il va jouer sur l’espace des décors, profitant du relief ou de n’importe quel objet qu’il place comme une barrière devant le visage de ses personnages, désormais enfermés dans cette réalité. Mise en scène donc visuellement classique et efficace, relevé par un sens somptueux des placements des acteurs à travers l’espace, à cela s’ajoute une agréable photo, une musique d’ambiance et une direction d’acteur remarquable.

Venus à Tokyo, Kikuji et sa femme se font discrets, travaillant comme ouvrier et serveuse. Kikuji obtient rapidement une promotion mais va devoir faire face à la jalousie d’un clan rival. Mais un jour le passé réapparaît avec un tueur inconnu et une situation délicate.
Chez les ouvriers
Suivant un homme à l’esprit quelque peu chevaleresque, nous nous retrouvons dans un milieu inattendu, celui des ouvriers. La bonne ambiance entre les individus amène des passages vivants durant lesquels ils font la fête et profitent d’un temps libre forcé, pour cause de pluie. Pendant ce petit laps de temps, nous suivons leurs activités, pas de travail, beaucoup de jeux. Il y a bien sûr quelques difficultés avec les employeurs qui les méprisent et les payent des clopinettes, mais les hommes n’osent pas répondre et s’élever contre l’ordre yakuza. Il faudra attendre Kikuji pour que la donne change, il va s’opposer et faire valoir les ouvriers, exigeant qu’on arrête de les prendre pour des imbéciles. L’homme s’intègre forcément bien chez les ouvriers, enfin une personne qui les comprend et qui ne se considère pas comme supérieur à eux. Il va aussi devoir subir les conséquences de sa prise de partie osée et affronter une violence soudaine. Heureusement, il se fait aider.

On arrive au point central du film, la galerie de personnage. Déjà du côté des ouvriers, nous découvrons quelques personnalités dont ce pauvre homme portant une casquette militaire et sans cesse inquiéter par l’urne mortuaire d’on ne sait pas vraiment qui, on peut juste constater qu’il en prend incroyablement soin. Avec lui il y a un homme habillé d’une façon classieuse vieille Europe du 19ème siècle. Le film ne s’attarde pas à décrire et aboutir parfaitement ces quelques personnages, mais arrive même en étant superficielle à établir une ambiance et une humeur générale. Dans un autre genre, on peut parler de l’assassin masqué dont ne connaît pas grand-chose, il est bizarrement lui aussi largement influencé par un style européen, pour être plus précis, il a des allures de Jack l’éventreur avec son chapeau et sa cape, ce qui convient plutôt bien sachant qu’il est un tueur.

Entre deux femmes
Puis on fait connaissance avec les personnages principaux du récit, d’abord Kikuji. Son caractère et sa franchise lui permettront de se démarquer du reste des ouvriers, on repense à la scène où il frappe et envoie balader un homme important sans connaître son statut, juste parce qu’il était entrain de manger le repas des ouvriers. Il a les traits de comportements d’une sorte de héros moderne, franc, honnête, légèrement distant mais troublé par un passé qu’il préfère oublier. Autour de lui, deux femmes. Une geisha, Manryu, demandée par tout le monde et pourtant amoureuse du seul homme qui ne lui montre pas de sentiments particuliers, c’est Kikuji. Puis sa femme, très timide et discrète même si elle est aussi demandée par plusieurs hommes. Ces deux personnages féminins apportent au film une touche d’amour et de désir, en effet on ne peut passer à côté de l’amour porté par chacune d’elle à Kikuji. Plus particulièrement pour Manryu de par son statut de geisha qui nous révèle une passion sincère et qui se retrouve face à un mur, ce personnage a clairement un côté tragique qui l’empêche de pouvoir rêver d’une vie de femme normale, elle est confrontée à la réalité et à celle de ses clients qui la désir sans que ce soit réciproque. On pourrait vraiment en arriver à envier Kikuji tant la femme s’acharne à lui tendre son amour. Suzuki dépeint sans soucis ces sentiments sincères, finalement vains.

La faillite des groupes
Après les individus et leurs conflits entre les sentiments et réalités, il apparaît les troubles des différents groupes composant la société. Les ouvriers sont exploités et n’ont pas de moyen pour se faire entendre, ils doivent littéralement donner leurs vies pour un travail sous payé. Les yakuzas n’ont de cesse de vouloir s’accaparer de chantiers rentables qui pourront sauver le clan de la faillite et de la disparition, sous le regard impuissant d’une police arrivant tardivement dans l’histoire.
Film attirant et plaisant, Seijun Suzuki parvient à nous captiver pendant la durée de son récit qu’il n’enfonce pas sous une tonne de portraits en ajoutant par petite touche de l’action totalement inattendue remettant d’une certaine façon les pendules à l’heure, coupant net l’ambiance passionnelle idéaliste des individus.
***Bande Annonce
Infos
- The Flower and the Angry Waves (Hana to doto, 花と怒涛).
- Avec Akira Kobayashi, Hideaki Esumi, Chieko Misaki… (IMDb)
- Disponibilité : Coffret Seijun Suzuki Vol.1 (HK Vidéo)












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