Wrath Of Daimajin – 1966 – Kenji Misumi

# Cinéma JaponaisAdd comment

Wrath Of Daimajin - 1966 - Kenji Misumi

Pour cet opus, Kenji Misumi est aux commandes et en tant que grand cinéaste de nombreux chambaras il va réexplorer l’histoire de base et l’aboutir, dépassant les clichés faciles tout en démontrant une mise en scène fluide et précise, jamais grotesque alors que le sujet s’y prête aisément. Il redore clairement le blason de cette trilogie en lui donnant une dose de réalisme, jusque là confiné à l’ambiance bonne enfant et manichéenne comme il se doit, nous pourrons enfin assister à des combats sanglants, un complot machiavélique, la mise en place d’une ambiance sérieuse et oppressante selon la situation. Misumi ne fait pas dans le carnaval honnête, il utilise à bien les moyens dont il dispose pour sortir Majin d’une moyenne sans plus.

Un clan tyrannique envisage de s’approprier les terres voisines appartenant à un clan pacifique afin d’augmenter son pouvoir. Mais une fois le château envahi, il reste encore à faire la chasse à l’ancien seigneur et à ses proches, sans oublier le Dieu protecteur. Mission en apparence facile.

La bonne recette !

De l’histoire d’origine nous retrouvons l’essentiel, une opposition entre des clans, un seigneur victime d’une traîtrise, une vierge prêt au sacrifice et la punition finale. À cela, le réalisateur prend son temps pour affirmer les différents personnages, sans être incroyable, il parvient à les rendre un minimum attachant, remplissant la coquille vide du cliché bâtard original. De la description des individus, il n’y aura rien pour venir briser l’élan manichéen de l’histoire, c’est la source du conflit, la bataille entre deux visions différentes du pouvoir. Ainsi nous avons d’abord un clan tyrannique qui empêche la population de s’enfuir de ses terres en les tuant si jamais, et cela sans remords devant les yeux effrayés des pauvres témoins. En face, le clan sympathique qui n’oppresse pas sa population, la laissant libre, de toute façon le seigneur est aimé et respecté par tous, il y règne une ambiance relâchée et agréable. Sans oublier la présence du Dieu protecteur qui rassure tout le monde.

Wrath Of Daimajin - 1966 - Kenji Misumi

Un mélange homogène

D’une telle différence, il ne peut résulter que la jalousie. En effet, le clan tyrannique ne supporte plus la présence dans son voisinage d’une terre agréable, sorte de paradis dont les opprimés rêvent. La force prime, il ne reste plus qu’à s’emparer de ce paradis et d’en faire sien. Bien sûr, nous avons pu croiser au détour d’une petite scène les têtes pensantes de chaque partie et profiter de leurs caractères, rapidement et efficacement expédiés par Misumi qui ne s’emballe pas dans une description complète et lourde, l’essentiel rien que l’essentiel, pas de place pour les bons sentiments dégoulinants. Bien que rapides, ces scènes sont importantes pour la continuité du film, nous assistons directement à des actes concrets qui révèlent la personnalité, simple, des gens et pas des longues paroles noyées dans une fausse action et une interprétation grossière des acteurs. Tout est question de présentation, et pour l’heure Misumi arrive à accrocher ces personnages au wagon du récit.

Wrath Of Daimajin - 1966 - Kenji Misumi

Épopée Homérique ?

La manière dont les méchants vont piéger les gentils n’est qu’une prémisse aux nombreux symbolismes de l’histoire. On sort ici du cadre japonais pour s’essayer à quelques éléments d’une culture occidentale. Car en fait le piège est un remaniement du Cheval de Troie, sans cheval, juste des sacs de riz dans lesquels des hommes se sont cachés. C’est sûr que c’est moins spectaculaire, mais ça n’en donne pas moins qu’une scène de combat violente où les hommes expriment au mieux leur virilité et pour certains chanceux même une mort sanglante. La retenue de la série vole en éclat, on ne peut envisager un assaut sans morts, et par conséquent sans combat. À la violence, il faut ajouter l’ambiance, il fait nuit et l’agitation générale soulève des masses de poussières. On n’est pas encore dans une brume épaisse, un peu de patience voyons.

Wrath Of Daimajin - 1966 - Kenji Misumi

Non, plutôt Biblique !

Au niveau des autres symbolismes du film, plus intéressants et concrets qu’un Cheval remplacé par un sac de riz. On trouve ceux d’ordre biblique, rentrant parfaitement dans le contexte de la croyance surprenante envers le Dieu protecteur, Majin. Alors déjà nous trouvons la présence d’une jeune femme, la femme en devenir du gentil seigneur, belle et agréable elle est prête à donner sa vie pour sauver les gens qu’elle aime. Elle arrive à se démarquer lorsqu’elle se jette aux pieds de la statue et implore son aide. On voit tout de suite apparaître l’image d’une vierge, dont les larmes de désespoir seront capables de toucher la grâce du Dieu, comme si ces larmes contenaient toute la pureté de la femme, un véritable cri de l’âme. Mais c’est encore plus éblouissant lorsqu’elle se retrouve sur le bûcher, fixée à une croix, les yeux tournés vers Dieu. Ne serait-ce pas une réapparition de Jeanne d’Arc ? Continuons sur cette lancée avec sans doute LA scène du film, Majin écarte la mer pour se frayer un chemin jusqu’à la terre ferme où se déroule une exécution. De nouveau une image biblique reflétant le sens de l’action, Majin s’improvise comme un humble sauveur du peuple torturé. Via ces symboles importants, on peut sentir la volonté d’incérer le film dans la digne tradition et des films de monstre, et des grandes fresques hollywoodiennes.

Wrath Of Daimajin - 1966 - Kenji Misumi

Le Dieu Majin

Ce Majin se distingue en tout cas des autres de par l’utilisation complètement folle des effets spéciaux, presque sans limite, la présence du Dieu ne se fait pas que par une hypothétique crainte mentale mais par des manifestations concrètes de son pouvoir. À commencer par un visage tournant au rouge, signe annonciateur d’un imminent déluge, ou d’un fort mouvement d’eau engloutissant une embarcation, sans oublier un court orage rouge exprimant la colère du Dieu. À ce propos, il est intéressant de remarquer que la statue se voit confrontée à la réalité, en effet la pierre n’étant que de la pierre, elle se fera exploser en mille morceaux, nous plongeant nous et les croyants dans un doute quant à la véritable existence du Dieu. Mais tant mieux, un esprit n’a pas particulièrement besoin d’une idole pour prendre forme, il ne s’enferme pas, il est partout, tout autour des individus. Il contrôle aussi bien le temps que les eaux, pour preuve les changements rapides de temps ou encore la séparation des eaux faisant place à un chemin. Rarement les effets spéciaux n’auront été aussi présents et riches que dans cet opus, c’est visuellement un pur bonheur et une retranscription idéale des pouvoirs divins de Majin.

Wrath Of Daimajin - 1966 - Kenji Misumi

Majin selon Kenji Misumi

Ce film est l’épisode à voir de cette trilogie un peu décevante, il surpasse à tous les niveaux les autres films avec des personnages directs et sans ambiguïté, une réalisation fine qui sait donner à voir, aussi bien grâce aux effets spéciaux, qu’à l’ambiance travaillée de certaines scènes, comme dans la grotte. Misumi démontre qu’il est capable d’instaurer un autre rythme que celui imposé par les deux autres films, qui dans leurs dernières scènes sont totalement identiques. Il n’hésite pas à remettre en doute la force de Majin en le confrontant à des explosifs par exemple, ou bien dans une autre idée accentuer l’imposante posture du Dieu en délaissant la musique somptueuse d’Akira Ifukube pour mieux faire ressortir les incroyables bruits de pas de Majin, brisant à chaque avancée le silence électrique de la scène. S’il y a un Damajin à voir, c’est bien cet épisode qui digère sans complexe la trame simpliste d’un Dieu venant secourir les gentils piégés malgré tout leur courage, ironie d’un héroïsme faiblard contrastant avec les productions de chambaras noirs de cette même époque.

If you enjoyed this article, keep updated!


{ 0 comments… add one now }

Leave a Comment

Previous post:

Next post: