
Après un premier épisode posant les bases du personnage de Majin, le dieu destructeur venu punir les mauvais hommes, Kazuo Mori va pour cet épisode, se complaire dans une fable mignonne sans donner plus d’élan ou chercher à approfondir ce personnage divin. Il reste l’unique ressort d’individus désespérés et dominés par un seigneur vil et impitoyable. Le scénario se contente de pousser à bout le symbole de ces hommes modestes vivant en dehors de la fameuse voie du samouraï en faisant de leurs enfants les personnages principaux du film. On peut donc laisser de côté l’idée de combats violents et bien sanglants, ici il n’y a que des hommes sans défenses exprimant des sentiments humains tels que l’amour filial, la détresse, la haine.
Apprenant que leurs pères sont retenus dans la Vallée de l’Enfer sans savoir qu’ils peuvent s’enfuir par la montagne du Dieu Majin, 4 enfants décident de se lancer dans un long périple sincère dans l’espoir d’aider leurs parents.
Jeunes aventuriers
En se focalisant sur des enfants, le réalisateur donne au récit une certaine pureté et innocence des véritables enjeux auxquels sont confrontés les parents. L’important pour eux c’est leurs parents, ils n’ont pas vraiment conscience du danger dans lequel ils se lancent, ils savent simplement que cette Vallée est très loin. Alors on se retrouve à suivre la longue traversée de ces pauvres gamins guidés par l’amour, comme si on apprenait au fur et à mesure à redécouvrir la pureté qui fait les héros. Les garçons sont solidaires et prennent soin de chacun, quand ils sont menacés il y a toujours un pour exprimer la bonne idée du moment et permettre ainsi de se sortir d’une mauvaise passe. Très vite le caractère des enfants s’affirment, l’un devient plus ou moins le chef, l’autre la tête de mule au grand cœur, un autre le fonceur et enfin le petit dernier un courageux inattendu. La description s’arrête là, elle semble suffisante pour que l’on s’attache un minimum à ces nouveaux héros.

Un environnement varié
Visuellement le périple est un régal, Kazuo Mori profite des décors qu’ils soient en studios ou naturels. Forets, montagne, fleuve, il y a toujours un détail ou une couleur pour accrocher notre regard, tout comme la profondeur des paysages ridiculisant l’être humain en lui donnant l’apparence d’une simple fourmi perdue. En fait, le réalisateur donne au film une ampleur à la hauteur de Majin, il se ne limite pas des gros plans ou plans serrés, la nature se révèle gigantesque et variée à tous les niveaux tandis que l’homme est limité et soumis à lui-même. D’ailleurs c’est sur une suite de déluges que s’ouvre le film, sous l’impulsion de notre Dieu, la nature se déchaîne, pluies torrentielles, feu, sécheresse… Elle écrase l’homme et réduit ses ambitions et ses sentiments à du détail sans importance. D’où le côté ironique des enfants héros qui réussissent là où les adultes ont échoué.

Les hommes et la Nature
Evidemment la nature n’est pas le seul obstacle rencontré durant cette aventure, on y croise aussi des samouraïs du méchant seigneur, qui finalement sont trop nigauds pour arriver à quoique ce soit. Ces hommes sont des bouffons se faisant piéger par des gamins sans prétentions qui arriveront même à les ridiculiser en piquant leurs nourritures ! Comble de l’humour, ils n’utiliseront jamais leurs sabres, préférant opter pour les armes à feu, apparemment plus efficaces. Il est difficile de pouvoir les comparer avec l’importance de la nature qui se montre bien plus dangereuse, on repense par exemple à la descente de la chute rapide, au froid arrivant avec la neige, aux pentes rocheuses… Comme quoi il ne faut pas sous-estimer la force de la nature…

Majin se répète ?
Finalement Majin débarque au pire moment de l’histoire comme digne sauveur des faibles humains. On est assez content de le voir enfin apparaître et sortir de sa posture glaciale, on se dit qu’il va y avoir un peu d’action pour secouer un récit un peu mou même si il est mignon. Et là, c’est une très grande déception, non pas au niveau de la destruction divine qui reste fidèle au personnage, colossale, mais au niveau de la réalisation. Ce passage est pratiquement similaire à la scène finale du premier opus, Kazuo Mori ne s’est pas compliqué la vie, reprenant les mêmes plans du Dieu en changeant uniquement le décor, en effet il neige. La scène parait dès lors un peu plus longue, traînant dans une destruction finale qui tarde à sortir, sans cesse repoussée par la fuite des êtres humains. De plus, Majin est restreint au rôle de Châtiment des esprits malins, protégeant les faibles des méchants, ad vitam eternam. Il n’y a plus le doute présent dans le premier opus, celui d’un Dieu ne faisant pas de distinctions entre les êtres qu’ils soient méchants ou gentils, punissant l’ensemble des êtres humains pour leurs erreurs. On peut penser que cette simplification va dans la logique d’utiliser des enfants comme personnages principaux, toucher autant que possible un public jeune. Etait-il pour autant nécessaire de sacrifier cette fin ?

Une impasse rentable
Cet épisode est susceptible d’intéresser les fans du personnage qui pourront prendre plaisir à revoir s’animer Majin et détruire inlassablement les méchants esprits. Sinon il faut dire que les incohérences, comme le sabre de Majin qui disparaît puis revient de lui-même dans sa main, les erreurs scénaristiques, à l’image des parents qui s’aperçoivent de la fuite des enfants à la moitié du film, et l’ambiance conte simpliste pourront décevoir voire même ennuyer les autres. Il n’en reste pas moins la beauté de certains plans et des pointes d’humour qui pourront faire légèrement oublier des acteurs fades et un rythme très lent. C’est ainsi que Majin disparaît après avoir sauver une seconde fois les bons des méchants, aidé par son sabre magique qui ne se tâche jamais. Rien de spectaculaire en somme ? Pas si sûr…












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