Shinsengumi Chronicles – 1963 – Kenji Misumi

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Shinsengumi Chronicles - 1963 - Kenji Misumi

Adapté d’un énorme travail effectué par Kan Shimazawa, plus connu pour être l’auteur père de Zatoichi, qui a ici été directement rechercher des traces et informations des hommes ayant composés cette fameuse police, afin d’obtenir un récit des plus véridiques possibles. C’est sur cette enquête que se base le film, retraçant l’ascension du groupe légendaire Shinsengumi, véritable police violente soutenant le Shogunat dans les années 1860, époque tourmentée de par la remise en question du très long règne des Tokugawa, près de 300 ans. On retrouve Kenji Misumi à la réalisation qui profite pleinement des faits apportés par le livre de base pour donner un regard moins légendaire de ce groupe, ainsi que de la voie du samouraï, via son personnage central.

Shinsengumi Chronicles - 1963 - Kenji Misumi

Un jeune rônin décide un jour de redevenir utile en allant servir la cause du Shinsengumi, groupe prônant des valeurs strictes, donnant à chacun la possibilité de retrouver son âme de samouraï en défendant le pouvoir en place, bien que la fameuse voie soit concrètement dans sa phase d’agonie. C’est l’occasion pour ce rônin d’espérer mourir enfin en tant que samouraï.

Un changement d’époque

Le contexte dans lequel se place le film voit s’opposer un terrible problème, puisque depuis l’arrivée des américains en 1853, les valeurs tendent à évoluer, le pays doit s’ouvrir sur le monde, sortir définitivement de son isolement barbare. Le temps des samouraïs va sur sa fin et pour bon nombre d’entre eux, il s’agit de savoir si ils doivent accepter la fin de leurs croyances ou au contraire espérer pouvoir les maintenir en les défendant d’une manière ou d’une autre. L’homme qui a vécu depuis toujours dans l’idée de mettre sa vie au service d’une cause, d’un clan se retrouve confronté à une évolution venant détruire littéralement cette idée, faisant de lui qu’un homme banal parmis tant d’autres, condamné à devoir trouver une autre manière de vie. Alors certes, le danger disparaît au profit d’une vie apparemment plus calme et douce, en compagnie par exemple d’une femme ou plus généralement de sa famille et de ses camarades.

Shinsengumi Chronicles - 1963 - Kenji Misumi

Perpétuer la tradition

Mais notre homme samouraï perd ses raisons de vie. C’est pour ces raisons qu’un jeune rônin souhaite prendre part à ce qui semble être l’une des dernières chances de s’imposer en tant qu’homme de sabre. En plus, le Shinsengumi accepte volontiers les rônins désirant mettre leur vie au service de la sauvegarde du pouvoir. À cela, il faut ajouter la rencontre avec Kondo, qui deviendra plus tard le chef du groupe, les mots prononcés par l’homme viennent définitivement décider le rônin de s’engager dans ce chemin. En effet, ses paroles réconfortent l’image d’un samouraï accompli, combinant force et esprit dans sa lame. Il se dégage d’un regard peu optimiste, reléguant d’habitude cette classe d’individus à de simples barbares assoiffés de sang et animés par un pur souhait de pouvoir et de domination sur les autres. Au passage, le titre est explicite quant à l’idéal de ces hommes déjà morts souhaitant offrir leurs vies à une cause, l’important n’est pas de vivre en tant qu’un samouraï, mais de mourir avec ce statut, l’honneur et la fierté ont encore une place en or dans le cœur de ces individus. Le Shinsengumi représente en fait un renouement avec la tradition passée, incarnant parfaitement ces fameuses valeurs qui touchent tellement notre jeune rônin.

Shinsengumi Chronicles - 1963 - Kenji Misumi

Luttes internes

Pour lui, il ne fait que de passer d’une morne réalité à une illusion. Car en effet, ce groupe est loin de tenir ses promesses à tous les niveaux. Le film se concentre avant tout sur les hautes têtes de ce groupe, on ne verra donc pas l’organisation quotidienne dans ses détails avec la rencontre de nouvelles recrues, leurs entraînements, les doutes des rônins… Tout se focalise vraiment sur la perception du jeune rônin vis-à-vis des hommes importants comme Kondo. D’ailleurs, le rônin parvient rapidement à se faire remarquer et à sortir du simple rang de recrue de base à tel point que le chef lui accorde sa totale confiance, voyant sans doute en ce rônin un miroir de ce qu’il pouvait être plus jeune. L’une des particularités du clan c’est aussi d’être formé par des individus qui sont loin d’appartenir à une haute classe sociale, au contraire, le fameux Kondo n’est qu’un paysan ayant cherché à réaliser ses rêves de devenir un samouraï. Ainsi, Misumi va directement à l’essentiel en pointant les vils agissements des têtes, qui sont les premiers à briser les règles, là où souvent il était plus facile de mettre en scène les membres devant leurs erreurs, jugés par les hautes sphères du groupe. Il en ressort un triste constat venant ternir l’idéal du jeune rônin, le chef est un porc méprisant les autres qu’il faut éliminer pour ne pas salir la réputation et l’ordre moral du Shinsegumi.

Shinsengumi Chronicles - 1963 - Kenji Misumi

Les loups du Shinsengumi

Néanmoins, s’il comprend que mêmes au sein de ce groupe, les hommes peuvent se révéler faibles et devoir agir par contrainte, il n’en reste pas moins fidèle à son mentor, Kondo, homme sincère et peu expressif en quel il a parfaitement confiance. La relation est réciproque. Si son aveuglement lui fait oublier l’inutilité de se battre dans une société en pleine transition, justifiant ses actions par sa volonté de mourir dignement et non de vivre paisiblement, il n’en reste pas moins que les hommes du Shinsengumi se montrent cruels et impitoyables envers leurs ennemis. Il y a par exemple une scène de torture qui laisse tout le monde de marbre alors que la victime se voit fouetter, briser des os, clouter les pieds. À côté de cela, il y a bien sûr les nombreux combats sanglants dont le final dans l’auberge où les hommes n’éprouvent aucune complaisance et tuent violemment les ennemis, le sang coulera à flot pendant cette scène de nuit d’une ambiance sèche surprenante. Loin d’être une police respectée humblement par tous, nous avons à faire à un groupe critiqué n’hésitant pas dans les manières à utiliser pour faire appliquer leurs volontés. Et pourtant, ils arrivent encore à trouver des recrues pour servir cette modeste cause tâchée d’un rouge vif piquant.

Shinsengumi Chronicles - 1963 - Kenji Misumi

La fin d’un temps

Misumi continue dans sa description d’une jeunesse perdue, pratiquement désœuvrée, qui ne peut espérer trouver une finalité qu’en suivant un chemin barbare, sinon sanglant, celui de la lame et des rêves. Car au fur à mesure, le jeune rônin semble perdre contact avec la réalité, délaissant sa magnifique femme au profit d’une cause, d’un combat qui lui redonne l’impression de vivre en tant que véritable homme. Raizo Ichikawa se laisse séduire par le charisme de l’imposant Tomisaburo Wakayama, avalant sa vision du samouraï comme si elle était encore d’actualité, et cela même quand il comprendra la réalité des hommes, tuer et atteindre un hypothétique pouvoir. Le jeune homme se détourne de sa part d’humanité pour suivre naïvement une voie déjà condamnée par l’évolution des mœurs et de l’époque. D’ailleurs le Shinsengumi ne sera pas de taille face aux cannons et fusils de ses ennemis, preuve du profond regain d’utopie de ces hommes finis, incapables d’accepter la fin de leurs temps. Mais la jeunesse opte pour l’illusion, pensant peut-être vivre les mêmes expériences que ses ancêtres, les récits font des émules, la réalité les tue.

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1 le trentenaire aux camélias March 12, 2008 at 7:31 pm

Simplement merci pour cette très belle chronique. Cela me permettra d’apprécier encore plus le film si jamais j’ai la chance de le voir!

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