Shadow Hunters I – 1972 – Toshio Masuda

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Shadow Hunters I - 1972 - Toshio Masuda

Les années 70 apportent un regard décontracté sur les chambaras, ou plutôt décomplexé au point de ne plus se satisfaire uniquement des éternelles remises en questions sérieuses plongées dans des atmosphères oppressantes au possible. Le sang se laisse volontiers gicler, les femmes apprécient de montrer enfin leurs poitrines, les valeurs morales sautent, l’ambiance assume son côté second degré. Shadow Hunters n’offre rien de plus qu’un concentré sympathique de toutes ces idées.

Trois renégats décident de servir un clan dominant une petite région montagneuse et infesté par des espions à la solde du Shogunat Tokugawa chargés de détruire les clans possédant une quelconque richesse.

Shadow Hunters I - 1972 - Toshio Masuda

Sur un générique des plus sanglants, un crooner japonais vante les mérites de ces chasseurs d’espions, immoraux, impitoyables, revenus de l’Enfer pour détruire les envoyés du Shogunat lâche et un peu trop ambitieux. Devant nous, des ninjas servant la cause du pouvoir tuent et font le couler le sang pour vérifier une information, les réserves d’or d’un petit clan. Manière efficace de placer une ambiance relâchée, du spectacle et beaucoup de surprises. Chose confirmée par l’apparition de nos trois sauveurs qui vont exterminer ces ninjas.

Shadow Hunters I - 1972 - Toshio Masuda

Les impitoyables

Mais qui sont ces trois guerriers de l’apocalypse ? Chacun à sa propre personnalité et un passé troublé. C’est ce passé qui les a amené à devenir des chasseurs d’espions. Jubei, figure imposante et sans émotions, occupe la place du chef. C’est un homme renfermé qui ne vise que la réussite de sa mission. Sunlight, est le plus détendue des trois, il pense surtout aux femmes. Enfin Moonlight, un samouraï à la figure semi brûlée, ne reconnaît que la cruauté comme fondement de son existence. En tant que chasseurs, ils ne montrent aucun respect des valeurs des guerriers, au contraire, ils les bafouent sans cesse, ils ont trop conscience de la réalité de l’époque de par leur vécu. On apprend à le connaître au fur et à mesure du film, privilégiant dans un premier temps leurs actions sanglantes afin de les placer comme mystérieux et hors du commun.

L’origine du mal ?

Pour rester vague, on peut dire que ces hommes ont été directement trahis et manipulés par des espions du pouvoir, certains ont vu leurs clans se faire détruire, d’autres leurs familles, chacun est le reflet de l’hypocrisie et de l’immoralité de cette époque. Ainsi en mettant leurs services à la disposition des plus faibles, ils prennent quotidiennement leurs revanches sur un pouvoir corrompu. La particularité de ces individus résident en partie par la haine qu’ils ont pour les hauts dignitaires mais aussi pour les symboles qu’ils représentent. En clair, ces hommes sont des bêtes assoiffées de sang qui n’hésiteront pas à tuer femmes, enfants ou vieillards si tel est l’obligation de la situation. Pourtant, ils nous restent sympathiques et amicaux, jamais ils n’atteindront un niveau aussi misérable que leurs ennemis, la lâcheté et l’appel à des intermédiaires en est une preuve. Alors sans complexes, ils voguent vers des massacres à la chaîne de ninjas.

Shadow Hunters I - 1972 - Toshio Masuda

Le quotidien d’un bâtard

Ils vont traverser différents pièges lors du film, se faire attaquer lors d’une nuit à l’auberge ou encore dormir chez des faux paysans en montagne remplaçant les véritables habitants, fraîchement exécuté par les espions. Nous aurons le droit à des passages de séduction, aux longues nuits d’éveilles des chasseurs et surtout à des combats sanglants face à des ninjas complètements fous débarquant de partout, posant des pièges, lançant des shurikens à profusion.

Chevauchée dans l’exploitation

Le film alterne plus ou moins bien les séquences de dialogues à celle d’actions. Par moment un flash back peut vite faire tourner l’ambiance au vinaigre tant il y a un décalage d’atmosphère avec la scène en cours. D’un ton normal on peut passer soudainement à un ton complètement sérieux et très grave, en fait difficilement crédible. Il y a la volonté intéressante et assumée de dépeindre un monde pourri dont les victimes cherchent à se venger. Le réalisateur se laisse un peu emporté par cette description, optant pour la lourdeur et la répétition pour des faits très simples à comprendre. Passé ces longs impératifs d’introduction et d’accroche, il reste les nombreuses séquences de nos valeureux chasseurs parcourant le paysage sur des chevaux enragés, on appréciera de les voir vivre et vibrer ces instants intermédiaires mais pourtant si importants. Quoiqu’il en soit, les combats compenseront sans problème, ajoutons à cela l’humour de Sunlight et son penchant abusé pour la chair féminine avec la droiture absolue de ses deux autres camarades qui tranchent les têtes sans sourciller pour terminer sur la bande son décalée à la fois jazzy et funky, toujours sobre et dans le bon ton.

Shadow Hunters I - 1972 - Toshio Masuda

Vers l’infini et au-delà !

Shadow Hunters nest un film d’exploitation sympathique et honnête misant tout sur ses figures principales et un contexte politique pourri pour nous servir un bon moment sanglant, l’histoire de renégats sans foi ni loi chevauchant à la lumière du jour et luttant à leurs manières contre le pouvoir et ses serviteurs de l’ombre. Du sang, des enfoirés et des chevaux, la formule marche !

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