
Suite directe d’un premier épisode décevant, nous retrouvons un Raizo Ichikawa dans le rôle transformé du jeune ninja Goemon. Aux oubliettes la fin niaise, le film reprend directement après la destruction du clan Momochi, dirigé par l’homme aux deux visages farfelus, et donc l’émancipation du pouvoir du seigneur cruel Oda Nobunaga, incarné par Tomisaburo Wakayama. Il décide ici de se venger des ninjas, promettant même une récompense aux gens qui pourront en dénoncer. Goemon qui coulait des jours heureux et tranquilles auprès de sa femme et de son bébé voit toute sa vie bousculée par une bande de violents personnages animés par la récompense. Son bébé sera tué. Tant qu’il n’aura pas vengé son enfant, tuer le seigneur Nobunaga, il ne pourra pas espérer revivre paisiblement. Tel est sa mission.

La vengeance d’un ninja
En effet, on peut parler d’un rôle transformé qui prend enfin l’ampleur tant attendue sans pour autant s’imposer. Du premier film, Goemon apparaissait comme un jeune homme plein de rêves qui se retrouvent malgré lui prisonnier d’un odieux chantage, sa liberté contre la mort du déjà connu Nobunaga. Goemon n’était pas proprement définissable mais pas non plus vraiment très intéressant. Un personnage assez fade pris en sandwich dans une histoire complexe et décevante à tous les niveaux. Le replacer dans une affaire de vengeance est un bon moyen de tester sa personnalité, de même ses intentions sont moins brouillonnes, au moins ici tout est clair, la vengeance contre la paix – passagère.
Un des intérêts à mon avis, c’est de placer la vengeance du côté d’un ninja expérimenté qui permet d’exploiter au mieux cet art, très souvent réduit à des fantaisies sympathiques. Le ninja revanchard est un homme qui fait tout en finesse pour atteindre sa cible coûte que coûte, nous assistons à des infiltrations sans artifices superflus, l’homme se cache sous la maison et dans les murs, il est capable de se fondre dans tous les types de décor sans aucune difficulté. Il sait aussi infiltré des clans, même son statut de ninja peut être connu. Rien ne résiste à la volonté d’un ninja, comme quoi la figure du revanchard dessert bien l’image de ce guerrier de l’ombre, car c’est dans cette mentalité que l’homme semble assimiler parfaitement l’esprit du ninja, bien mieux en tout cas que dans une situation d’homme fade oppressé et contraint d’agir pour les intérêts d’une ordure.

Un peu de cruauté
Satsuo Yamamoto va aussi aller redéfinir le grand méchant de service en nous montrant clairement ce qu’il est capable de faire. Avant nous avions surtout des dialogues et faits rapportés comme des moines brûlés et autres individus massacrés de sang-froid mais aussi sa personnalité brutale et cruelle, seul point tout aussi intéressant qu’incomplet. Il ne refait donc pas la même erreur et va filmer ces fameuses horribles scènes visuellement rapportées. D’abord un temple entier va être brûlé avec ses moines puis il va ouvrir sa chasse aux ninjas qu’il va faire crucifier en place publique, ces derniers deviennent quelque part des martyres d’un tyran destructeur jusqu’au possible. Il y avait les paroles, il y a maintenant les faits. Le pire reste les conséquences d’un tel comportement, puisqu’il arrive à entraîner une partie de la population dans sa folie comme ces paysans venus capturer Goemon et tuant un bébé en le jetant par terre ! D’ailleurs, le seigneur n’hésite pas quand il le faut à prendre les armes et à aller se battre. Un fou !

Un régime instable et faible
Cette vengeance dont les opposés ont été simplement et bien mis en place se déroule dans un contexte politique et historique assez complexe. Les quelques seigneurs présents ne vont en fait que se battre pour une lutte du pouvoir, éternelle ou presque, il est difficile de compter les rebondissements et tournants de l’histoire. Nous voyons en tout cas se dessiner le conflit des années 1600 qui une fois réglé soumettra tout le pays sous le long régime des Tokugawa. On ne doute pas de l’intérêt de ce contexte mais sa complexité peut s’avérer gênante et nous éloigner de l’action, nous embrouillant dans cette multitude de clans cherchant à s’accaparer le pouvoir. La seule chose certaine c’est qu’à un seigneur, il en succède toujours un autre qui ne pas va agir forcément plus calmement ou humainement que son prédécesseur. Il s’agit ici de la seconde partie du film, sombre et pessimiste au possible avec un Goemon définitivement détruit, poussé à un acte insensé.

La renaissance d’un ninja
Épisode plus sympathique et plus attrayant malgré la compréhension parfois difficile du contexte, le film parvient à relever l’image du ninja d’un humble bouffon en lui donnant le crédit d’un homme rempli par sa volonté de vengeance, utilisant son art au mieux. Le noir et blanc, contrasté, sortant de la banalité, permet aussi d’imprégner le ninja d’une ampleur visuellement sobre et magnifique où tout se joue dans la finesse et la subtilité aussi bien des actions que du contraste.













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