Le Sabre – Ken – 1963 – Kenji Misumi

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Le Sabre - Ken - 1963 - Kenji Misumi

Sur son chemin de la remise en question du sabre, Kenji Misumi croise une nouvelle de Yukio Mishima, du nom de Ken, considérée comme prémonitoire de la fin tragique de l’auteur. En effet Mishima est entre autre connu pour avoir, tout au long de ses œuvres, interrogé la voie du samouraï, le Hagakure. Il en tire un véritable code de vie qu’il applique et respecte à la lettre. Ainsi la droiture, l’honneur, le respect et d’une façon générale les valeurs ancestrales des samouraïs sont envisagées comme l’unique voie à suivre, dont la seule alternative est la mort. À travers cette nouvelle, on peut penser que Mishima trace tout simplement son portrait d’adolescent.

Kokubu est un jeune homme qui a dévoué sa vie au sabre, il enseigne le kendo dans un club universitaire et s’applique à transmettre aussi bien que possible son apprentissage à tous les élèves. Kagawa appartient aussi à cette école et se montre comme le seul véritable adversaire, amical, de Kokubu qu’il rêve de surpasser.

Le Sabre - Ken - 1963 - Kenji Misumi

Un savoir ancestral

Avec Ken, Kenji Misumi ne réalise pas un film d’époque, son action est contemporaine, nous sommes ici en plein milieu des années 60, créant par conséquent un recul critique important sur la voie du sabre. Dès son ouverture, nous assistons à un tournoi entre deux écoles, au milieu deux combattants supportés par leurs camarades, les bruits d’encouragements et de joie ont remplacé les ambiances électriques d’antan, à l’époque où les hommes jouaient leurs vies en plus d’espérer sauver l’honneur de leur clan lors de véritables duels mortels. En apparence, l’esprit sportif semble avoir réussi à effacer la rigueur d’une autre époque. Mais on retrouve très vite les mêmes tics, un maître arrivant à déterminer les sentiments d’un de ses meilleurs élèves à partir de sa simple prestation au sabre, une forte persistance de l’idée d’honneur au sein du club, une dualité indirecte entre les deux élèves supérieurs pour le poste de capitaine. De même, Misumi s’intéresse à l’aliénation d’un entraînement extrêmement difficile et épuisant, les élèves répètent sans cesse les mêmes mouvements. C’est de la répétition que doit naître le savoir.

Le Sabre - Ken - 1963 - Kenji Misumi

Le respect des traditions

Nommé capitaine, Kokubu s’attache à son devoir comme si c’était un impératif. Le jeune homme, incarné par un Raizo Ichikawa magistral, se rapproche des personnages des films Ken Ki et Kiru. Comme eux, il n’a pas de repères dans la société, il est livré à lui-même avec des parents inexistants que l’on apercevra quelques secondes. C’est de cette situation qu’il cultive l’envie de suivre la voie du sabre pensant que c’est la seule manière d’arriver à un niveau spirituel et physique supérieur. Le jeune homme est une force de la nature, un soleil illuminant les autres par sa volonté et sa forte détermination. Infatigable, Kokubu ne s’éloigne jamais de son engagement personnel, le sabre est définitivement son seul moyen de vivre dans une société dans laquelle il ne se reconnaît pas.

D’ailleurs, sa seule activité est le kendo, il ne s’intéresse à rien d’autres, il ne regarde jamais la télévision, ne lit pas, ne sort pas s’amuser avec ses copains et encore moins ses copines. Son vœu réside dans la simplicité, l’essentiel et non dans les banalités communes. Derrière ce choix se cache la peur de l’avenir, d’un moment de la vie qu’il ne sera pas capable de maîtriser. En se montrant calme et déterminé aux yeux des autres, il ne peut oublier qu’il est un jeune homme normal avec ses doutes. Le sabre est sa façon de s’enfermer dans un mode vie rationalisant les sentiments et les fameux doutes. Soit il est fort, soit c’est un faible et il doit mourir. À ce propos, le regard qu’il porte sur les êtres faibles révèle une forme de mépris et de pitié, observable lors de la scène du bus avec la vieille femme et lors de la scène du parc avec l’oiseau blessé destiné à mourir.

Le Sabre - Ken - 1963 - Kenji Misumi

Une jeunesse partagée

Kagawa est l’opposé presque parfait de Kokubu. Il ne refuse pas de profiter de sa jeunesse pour s’amuser, rigoler et décompresser. Ne pouvant rivaliser face à l’incroyable règle de vie de son camarade, il ne lui reste plus que les critiques faciles pointant les faiblesses et actes manqués d’un jeune homme tournant sans ambiguïté le dos à une jeunesse sauvage d’influence occidentale. S’il est objet de critique, Kokubu sait aussi prendre le rôle d’exemple pour certains comme Mibu qui voit en lui une image de la perfection et de la réussite du sabre. Entre d’autres termes, la jeunesse est divisée entre deux visions de la vie, l’une est conservatrice, l’autre est plus libérée. Mais aucune des deux n’est rabaissée pour autant par Misumi.

Le Sabre - Ken - 1963 - Kenji Misumi

Un modèle de rigueur

Pour la réalisation, Misumi prouve qu’il sait s’adapter au contexte de son film sans perdre de son efficacité. De ses plans, il en ressort une harmonie agréable, jamais vulgaire ou rebutant, il sait donner à voir et à apprécier. Ce film représente l’un des sommets du style de Misumi, chaque plan, chaque découpage est d’une perfection carrée, en phase avec le fond de l’histoire. Ici, tout se fait dans une rigueur exemplaire et magistrale. Sans oublier l’utilisation du noir et blanc magnifiquement contrasté, plongeant les individus dans une obscurité angoissante, celle de leurs erreurs.

Il ne perd pas non plus sa facilité à mettre en place une pression, d’habitude durant les combats, cette fois-ci pendant les confrontations de choix entre les individus. Ken est en tout cas une petite merveille d’ambiance qui sans jamais prendre parti nous montre l’aliénation, respectable, des individus qui décident de s’engager vers le sabre, loin du regard critique, Misumi nous livre des faits brutes surprenant qui renversent nos préjugés. Le Sabre est ici dans toute sa splendeur, marquant la détermination respectueuse d’une jeunesse perdue.

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