La Lame Diabolique – Ken Ki – 1963 – Kenji Misumi

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La Lame Diabolique - Ken Ki - 1965 - Kenji Misumi

Ken Ki peut être considéré comme le reflet de Kiru, les deux films ont en effet quelques similarités à commencer par le personnage principal, interprété par Raizo Ichikawa, un homme sans origines, sans passé qui se retrouve un jour livré à lui-même dans une société dans laquelle il éprouve du mal à se situer, à se retrouver. Kenji Misumi conserve le ton pessimiste de Kiru, cette fois-ci il ne vise plus l’individu pris dans le tourbillon de sa fatalité, mais le symbole du sabre, presque personnage à part entier de cette histoire.

Hanpei est le fils d’une servante de la princesse du château du clan de la région, cette dernière était connue pour être folle et pour être toujours accompagné par un chien. Lorsque la princesse meurt, elle demande à sa servante de prendre soin de son chien, comme si c’était elle. Quelques temps plus tard, après avoir donné naissance à un fils dont le père est inconnu, la servante meurt. Le fils est appelé Hanpei, signifiant tacheté, par rapport aux rumeurs de la population qui pense que son père est le chien de la feu princesse mystérieuse. Il est confié à un petit vassal qui l’élève tranquillement jusqu’à sa mort, moment où Hanpei va devoir se débrouiller seul et faire face aux insultes, mépris des autres.

La Lame Diabolique - Ken Ki - 1963 - Kenji Misumi

Cultiver son savoir

Ce jeune homme est apparemment banal et sans particularités, voire même plutôt faible et sans défenses. En tant que fils d’un petit vassal, il n’a pas un statut remarquable, il ne dispose pas de ses entrées à la cour, au contraire il vit dans une petite maison anodine au coin d’une rue, sans prétentions perverses, l’homme se laisse guider par ce qu’il aime faire. Sa seule volonté c’est de pouvoir réaliser les souhaits prononcés par son père lors de son agonie, apprendre une technique de sabre ou un métier extraordinaire, lui permettant de se distinguer des autres et de prouver qu’il n’est pas un fils de chien, au sens premier bien sûr. Sans attendre, il se lance dans la jardinerie et se met à planter des fleurs, à s’en occuper soigneusement. C’est peut-être une façon d’exposer sa beauté intérieure et d’écraser les rumeurs, quoiqu’il en soit, sa technique et sa patience paieront, il se fait rapidement remarqué et convoquer au château pour s’occuper des jardins. Plus précisément, on espère de son travail que le résultat arrivera à apaiser le seigneur, fils de la princesse mystérieuse et folle, il est atteint des mêmes symptômes. On bien se distinguer la différence entre les deux hommes, outre la position sociale, l’un est frappé par le sort tandis que Hanpei possède toutes les cartes en main pour faire de sa vie ce qu’il veut. Après l’art floral, et c’est une grande surprise, on découvre le talent de coureur du jeune homme, capable de rattraper un cheval en pleine course ! Autant rassurer toute de suite, n’espérez pas voir un spectacle grandguignolesque, l’accélération de la course n’engendre pas un sommet de ridicule, c’est sobre et surprenant. Grâce à ce don inné, il arrive à se rapprocher du seigneur fou et à obtenir un statut plus intéressant.

La Lame Diabolique - Ken Ki - 1963 - Kenji Misumi

Un don extraordinaire

De fil en aiguille, nous assistons au moulage des connaissances et de l’esprit du jeune homme qui se révèle être loin de la figure pathétique de départ. Au contraire, il montre sa détermination à vouloir toujours progresser, ne jamais stagner dans la complaisance. Et c’est un jour, par hasard, qu’il fait la rencontre d’un samouraï qui va changer la suite de sa vie. Car si Hanpei pensait pouvoir maîtriser son destin simplement en jardinant et en courant, il découvre le potentiel de l’épée. Le samouraï ne montre pas d’opposition à lui transmettre son savoir, il faut dire que l’homme est d’une rapidité exemplaire, exécutant les coups comme un éclair. Néanmoins, l’homme est franc vis-à-vis de Hanpei, il ne considère pas l’épée comme une finalité servant de grandes valeurs, c’est avant tout un moyen de tuer, ni plus ni moins, il s’agit de « dégainer, tuer, rengainer ». Il se passe une année avant que Hanpei arrive à percer les secrets de cette technicité extraordinaire, pour se voir confier le sabre du samouraï.

La Lame Diabolique - Ken Ki - 1963 - Kenji Misumi

L’illusion d’une voie ?

Le dernier échelon qu’il atteint, n’a rien de glorieux, il n’est plus là pour colorer les jardins du château, ni rattraper des chevaux dans leurs courses. La position d’assassin, hitokiri, est un mélange de tout son savoir. D’ailleurs, Hanpei ne refuse jamais les missions qu’on lui confie, il les exécute avec une froideur implacable cachant peut-être sa joie d’être arriver à maîtriser une technique spéciale faisant de lui un homme hors pair. Mais il n’a pas encore absorber parfaitement l’essence du sabre, il doute, et rejette l’arme lorsqu’il tuera accidentellement son maître, second père adoptif lui ayant ouvert la voie vers l’illusion d’une maîtrise de la vie par le sabre. Hanpei reste un jeune homme sans origines officielles pensant trouver un substitut à l’arme pour se distinguer d’autrui.

Esclave du sabre

Le film prend définitivement sa tonalité pessimiste dès qu’Hanpei se voit forcer par les autres et les insultes de rependre l’arme. À partir de cet instant, le jeune homme est condamné à ne vivre que par le sabre. De cet objet, il se dégage une impression particulière vue envoûter son maître et lui enlever toutes traces d’humanités, le sabre est un objet de mort dont il ne ressort jamais rien sauf des tâches de sang, au passage jolie façon de détourner la signification du prénom du jeune homme. De fils de chien il passe à serviteur du sabre. On peut aussi penser que si Hanpei arrive à assimiler le sabre aussi bien, c’est en raison de ce qu’il est, un homme sans valeurs, simple exécutant d’ordres tout comme le sabre. Cette transition entre deux phases mentales chez le jeune homme apparaît avec le choix de sa second lame, puisqu’il avait brisé la première, considérée comme maudite car utilisée autrefois par un général et un bandits comptabilisant des milliers de morts. L’appel du sabre est inévitable, Hanpei se fourvoie dans l’illusion que l’arme va lui apporter un épanouissement spirituel alors qu’elle n’est rien de plus qu’un objet de mort. Misumi appuie bien la confrontation entre le symbole et la réalité, rêve et violence sanglante.

La Lame Diabolique - Ken Ki - 1963 - Kenji Misumi

La lame du grotesque ?

En ce qui concerne la réalisation, Misumi est fidèle à son travail de découpage formidable lors des phases de combat permettant de faire ressortir l’angoisse, la tension du passage. Il profite aussi des toujours magnifiques décors, on peut retenir en particulier les scènes d’apprentissages de la technique du samouraï qui se déroulent en bordure de forêt dans une atmosphère presque onirique avec une brume plus ou moins permanente couplée à la tranquillité absolue de l’endroit, rarement un apprentissage aura sembler aussi mystérieux. Comme si les hommes étaient plongés concrètement dans la sombre réalité du sabre, une zone sans vie et sans avenir où rien ne peut se développer sauf la brume. À coté de cela, il y a les quelques surprises visuelles comme la course et l’enchaînement à l’épée qui sont accélérés, Misumi ne cède pas au ridicule, il reste sobre. D’ailleurs pour l’épée, si la première fois les gestes sont rapides et accélérés, la dernière fois ils nous apparaissent en vitesse normale symbolisant l’acuité du regard de Hanpei pour la technique, Misumi en profite pour découper chaque mouvement en gros plans fixes. Quant aux combats, ils sont expéditifs, forcément vu la technique utilisée par l’assassin, seul le final réserve une petite boucherie façon Raizo Ichikawa, se battant aussi bien debout que par terre, consumé par son illusion.

***Bande Annonce

Infos

- Sword Devil (Ken Ki, 剣鬼)
- Avec Raizo Ichikawa, Michiko Sugata, Kei Sato… (IMDb)
- Disponibilité : DVD Z2 STF (Wild Side)

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1 jajard July 4, 2007 at 2:06 pm

cette trilogie de la lame de Misumi est parfaite, elle sort des habitudes que l’on peut voir dans les films de samourais
en plus dans Ken-ki le héros court aussi vite qu’un cheval et offre ainsi de magnifiques poursuites !!!

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