
Second et dernier épisode réalisé par Kenji Misumi de cette trilogie du col du Bouddah, l’histoire reprend après l’ellipse du combat final qui met un terme aux doutes personnels de Ryunosuke Tsukue. Pendant tout le premier opus, Misumi s’attarde à d’écrire d’une façon méticuleuse les protagonistes de cette tragédie, tandis que les victimes suivent un chemin évolutif, notre rônin déshumanisé n’assume pas encore sa nature démoniaque, il cherche des réponses quant à la place que doit occuper le sabre chez l’homme. Avec cette suite, le personnage prend un tournant plus ou moins optimiste puisqu’on lui offre indirectement la chance d’assouvir sa rédemption, mais le destin en décidera autrement.
Sortant vivant du combat, Ryunosuke Tsukue va trouver refuge chez un maître qui le recueille après avoir vu sa maîtrise du sabre. Chez lui, il retrouve une jeune femme, portait craché de sa défunte épouse, avec laquelle il compte continuer son voyage, pliant ainsi à sa demande. Sur leur chemin, la jeune femme va être faite prisonnière d’un homme trop jaloux, le rônin poursuit sa route aux côtés d’un clan rebelle. Ses victimes sont toujours à sa recherche.

Ellipse mortelle
Le combat aguicheur de fin de première partie nous laissait espérer une action sanglante et remarquable, le tout filmé avec le savoir faire de Misumi. Contre-pied total, nous arriverons trop tard, le combat est terminé, des cadavres recouvrent un peu partout le paysage, Ryunosuke est inconscient à côté d’une flaque d’eau teintée par la pluie de sang passée. Misumi reprendra l’idée à plusieurs reprises pendant l’épisode, passant les quelques éventuels combats glorieux pour aller directement vers leurs conséquences. Pour l’heure, le rônin parait complètement chamboulé comme s’il venait de transcender ses doutes, pas de doute, l’homme vient enfin d’évoluer et nous n’avons rien pu voir du spectacle. Le rônin a compris sa nature alors qu’autrefois il se laissait guidé aveuglement par son sabre, il sait aujourd’hui que ses actes sont animés par son esprit vil et non pas par un bout de ferraille. C’est la reprise en main de tout ce que tuer engendre. Et c’est pour cela que l’homme semble se diriger vers une voie de la rédemption, sans pour autant oublier ce qu’il est, une âme torturée.

Reflet du passé
Ce côté redemptoire peut être suggéré par la situation bizarre dans laquelle se retrouve le rônin. En effet, on croirait repartir du premier épisode sous un autre angle, plus optimiste. L’homme retrouve un père qui l’accepte et respecte son art, lui fournit un toit et même un emploi ! Son véritable père était tout l’opposé de cette description, il méprisait profondément ce qu’était devenu son fils, spectateur de la déchéance de sa propre chair, le père n’était plus d’aucune utilité. Le plus surprenant arrive avec Toyo, la femme miroir de sa défunte épouse. Il avait rencontré son épouse par hasard juste avant son duel, la femme était venue mendier sa pitié, qu’il avait transformé en viol. À cette époque, le rônin considère encore la voie du sabre comme à part, éloignée de ses sentiments d’être déshumanisé. La femme va très vite lui montrer de l’intérêt, on dirait d’ailleurs qu’elle semble hypnotisée par le sabre, comme si elle était elle-aussi possédée par la folie du sabre. Douce illusion puisqu’elle pourra constater la faiblesse d’esprit de son homme finalement plus misérable qu’autre chose. N’acceptant pas qu’une femme puisse se révéler plus forte que lui, le rônin la tue froidement, laissant son corps pourrir en plein milieu d’une forêt. Avec Toyo, la relation est différente, aussi parce que l’homme a compris ses erreurs de jugements. Il laisse plus facilement aller, via un regard appuyé ou au détour d’une phrase, montrant son affection pour la jeune femme, désirant sans doute quelque part donner une autre direction à ce qu’aurait pu être sa relation avec sa femme.

Questionnement des quêtes
Autour du rônin, on (re)découvre des personnes se démarquant de lui par leurs choix. D’abord, le jeune frère souhaitant se venger comprend qu’il lui faut compenser son manque de maîtrise du sabre par ce qu’il ressent au plus profond de lui, il doit mettre dans sa lame tout son cœur. Puis ensuite l’homme désirant Toyo qui démontre la folie de l’amour et de la possession car prêt à tuer et à agir contre la volonté des autres pour s’accaparer cette femme.
La lame diabolique
Misumi va achever dans la dernière partie son rônin. Lui qui pensait peut-être pouvoir trouver sa place dans la société, se retrouve mis au banc des renégats en devenant un homme recherché pour sa prise de position et en perdant la vue. La figure de cet individu change, il délaisse les habits noirs pour porter du blanc, comme pour bien marquer sa complète désillusion aussi bien sur lui-même que sur le reste du monde. Il tient un propos fataliste en parlant à un moment des yeux comme une fenêtre sur l’âme, signifiant que pour lui sans yeux et donc sans fenêtres, il ne peut échapper à sa nature et penser se reconvertir. Le rônin assume désormais pleinement ses faiblesses d’homme à tendance démoniaque. On peut alors comprendre l’utilité pour Misumi d’accorder une place toujours aussi importante à la nature, qui bien qu’entourant les hommes reste invisibles à leurs yeux et continuent de se cacher derrière des principes et des valeurs dans une époque aussi instable. Ryunosuke Tsukue ne serait-il pas l’incarnation d’un homme décomplexé, libre mais fautif de cette période ?












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