Nemuri Kyoshiro III : Full Circle Killing – 1964 – Kimiyoshi Yasuda

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Nemuri Kyoshiro III : Engetsugiri - 1964 - Kimiyoshi Yasuda

Troisième épisode, troisième réalisateur et encore un nouveau regard sur la série et sur le personnage. Du travail de Kenji Misumi, il reste surtout la partie historico-politique permettant de mieux replacer le contexte dans lequel Nemuri Kyoshiro évolue. De la crise économique et de sa nécessité de réformes, nous passons à l’exode rural des paysans et de la division hiérarchique de la société plus présente que jamais. Comme dans le second opus, le regard est porté sur des hauts dignitaires proches du pouvoir, essayant par toutes les façons d’asseoir leurs puissances sur le reste de la société. En ce qui concerne Nemuri Kyoshiro, il perd sa nuance et redevient plus sobre et moins expressif, retournant ainsi au modèle de base servi par le premier épisode. De même, sa quête personnelle passe pratiquement à la trappe, durant ce film on n’apprendra rien de plus sur son passé, ses origines.

Kyoshiro, un justicier

Kimiyoshi Yasuda recentre en fait son film sur le nihilisme ambiant, utilisant Nemuri Kyoshiro comme une sorte de justicier cynique. Car pour la première fois dans cette série, le personnage principal ose prendre parti pour un groupe, là où d’habitude il restait libre et distant, protégeant tout au plus une personne qui avait pu le toucher par ses paroles ou son comportement. Évidemment, il prend parti pour les plus pauvres après avoir assister à l’exécution sommaire d’un pauvre paysan simplement pour tester la qualité d’un sabre. Le fils du paysan va décider de prendre en otage la sœur de la concubine du samouraï incriminé mais repensera assez rapidement à son acte. Dès lors Nemuri Kyoshiro s’engage à régler plus ou moins le problème.

Nemuri Kyoshiro III : Engetsugiri - 1964 - Kimiyoshi Yasuda

Abus d’influence

Face aux paysans pauvres vivant dans des bas fonds misérables venant à Edo plein d’espoirs, il y donc les hautes classes ne prenant pas la peine de considérer ces gens comme des êtres humains. Plus précisément, l’action se concentre sur un gamin samouraï complètement pourri gâté par une mère arriviste au possible mettant tout en œuvre pour qu’il devienne le futur Shogun. Pour atteindre cet objectif, il n’y a pas de limite dans les actes horribles, allant même jusqu’à empoisonner des jeunes enfants possibles héritiers. Avec une mère pareille, le jeune homme ne peut qu’être arrogant et sur de lui-même, sachant qu’il peut appliquer sa volonté sans véritable soucis. De ce prétendant, nous voyons surtout son ridicule. Ils collectionnent les sabres à défaut de savoir s’en servir, et quand bien même il en empoigne un sabre c’est pour se défouler sur le décor…

Vers un contre-sens ?

Nemuri Kyoshiro prend le rôle du légendaire Kunisada Chuji, sorte de Robin Des Bois venu en aide aux paysans en pleine révolte contre la police répressive. Et s’il y a bien une chose à laquelle Nemuri Kyoshiro n’est pas censé se soumettre, c’est à un manichéisme pareil, même si légèrement relativisé. De ce que nous avons déjà vu du personnage, il était clair qu’il se démarquait du simple choix entre le bien et le mal, oscillant entre les deux bords sans jamais prendre parti au nom d’une quelconque pitié. Nemuri Kyoshiro semblait incarner toute l’ambiguïté et la complexité de cette époque, et non pas un petit justicier de pacotille. En prenant cette direction, Kimiyoshi Yasuda détruit consciemment la particularité du rônin et le replace dans un schéma plus classique, certes plus facilement compréhensible pour nous autres spectateurs, mais bien loin du concentré nihiliste puissant qu’est à la base Nemuri Kyoshiro.

Nemuri Kyoshiro III : Engetsugiri - 1964 - Kimiyoshi Yasuda

Des valeurs périmées

Cette prise de partie discutable n’entache pas non plus la totalité du film, elle diminue l’enjeu final en le rationalisant. À côté de cela, le personnage conserve son tempérament habituel avec son regard cynique et sa répartie insolente qui ne manqueront pas de nous faire sourire. À mon avis, sa rencontre cruciale de l’épisode est celle avec le samouraï. Mais pas n’importe quel samouraï, non un homme qui parle encore d’honneur et de dignité, croyant sans doute les mensonges de la jeune femme qui l’a recruté. À l’heure où les plus démunis montrent une peur surprenante pour les hommes portant des sabres y voyant des démons animés par des instincts peu nobles, un homme arrive à briser cette image, et plus dramatique encore, il est destiné à se faire tuer par Nemuri Kyochiro en personne. Cette rencontre au tragique destin permet à notre rônin de resituer certaines de ses valeurs dans un contexte en crise. En d’autres termes, il s’agit de la fameuse rencontre miroir de chaque épisode, cette fois-ci elle plus brève que d’habitude mais tout aussi importante.

Nemuri Kyoshiro III : Engetsugiri - 1964 - Kimiyoshi Yasuda

Une meneuse

Un autre point récurrent de la série c’est la place accordée à la femme. On retrouve entre autre la fameuse femme humiliée par Nemuri Kyoshiro, qui découpe sans sourciller tous ses habits pour la mettre à nue, la punissant sans doute pour ses actes. Les femmes restent l’un des points importants du film, elles sont bien souvent à la tête de machines infernales ou pour l’occasion aussi capable de remotiver des groupes à l’image de cette noble geisha apportant son aide aux pauvres paysans désespérés. Il est surprenant de voir dans un film de ce genre la prise en considération de la femme, très loin des clichés d’épouse modèle et soumise à son mari ou d’une geisha imperturbable mais profondément triste. La femme acquiert un statut principal dans l’histoire, dominant l’homme, arrivant à le soumettre et donc inversé le cliché habituel.

Un nihiliste incompris ?

Cet épisode n’est toujours pas le chef d’œuvre attendu, il demeure une instabilité récurrente du personnage de Nemuri Kyoshiro qui en dépit de ce qu’il représente n’arrive pas à mon avis à s’affirmer suffisamment. La série croule sous les espoirs et nous offre de l’honnête divertissement, sans grande étincelle mais efficace. On peut être en droit d’attendre enfin l’épisode qui sortira Nemuri Kyoshiro du standard du rônin tourmenté, pour nous livrer des informations sur son passé capable de faire évoluer cet homme dépassant toute logique de bien et de mal livré finalement au nihilisme de la société. Alors bien que ce troisième épisode soit sympathique, il n’en demeure pas moins, à mon avis, l’échec d’un personnage-symbole dans son application. Le nihilisme ne reconnaît ni règles, ni camps, mais la complexité des hommes dans leurs actions.

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