Miyamoto Musashi III : The Duel Against Yagyu – 1963 – Tomu Uchida

# Cinéma JaponaisAdd comment

Miyamoto Musashi : The Duel Against Yagyu - 1963 - Tomu Uchida

Reprenant directement là où le second s’était arrêté, ce troisième épisode regorge d’histoires secondaires venant entrecoupées la quête de Musashi, tout en formant un ensemble solide et riche en informations, portraits, émotions. Tomu Uchida s’exerce à décrire plus en profondeur cette époque instable dans laquelle la moralité, la réalité et l’enseignement de la Voie sont en perpétuels conflits laissant notre apprenti Musashi livré à lui-même, bataillant sans cesse pour se construire. Durant le second épisode, le jeune homme est relâché de sa prison noire remplie de ses propres démons pour aller confronter ses trois années d’enseignement à la réalité. Bien qu’habile et trop fort, il est rapidement mis en déroute mentalement par un moine agissant d’une façon qui le dépasse, à la fois mercenaire de l’ordre public, il défait les bandits et montre ensuite tout son respect pour le mort en laissant sur les corps des prières, respectant son devoir de moine. Par cet acte, le moine remet en question le schéma de la voie du samouraï tel qu’il est perçu par notre jeune homme. De ce qui devrait déboucher sur une prise en considération sage de la vie, Miyamoto Musashi se retrouve coincé dans un dilemme monstre, admettre et dépasser sa faiblesse de jeune arrogant ou bien persévérer dans sa vision immuable le ramenant irrémédiablement à son premier statut : celui de vouloir dominer les autres, la guerre laisse sa place à une voie figée du samouraï.

Miyamoto Musashi : The Duel Against Yagyu - 1963 - Tomu Uchida

Désir de connaissance

C’est donc sur ce Miyamoto Musashi que l’histoire continue son cours, évidemment le fait que le jeune homme se retrouve régulièrement dans une phase de remise en question de son enseignement, l’amène à conserver toute son ambiguïté de départ. Il me semble important de signaler qu’il n’est jamais enfermé dans un rôle manichéen, ni démon, ni saint, il se trouve entre les deux. Pour l’heure, il souhaite rencontrer un homme du clan Yagyu, un grand stratège reconnu dont l’ampleur de la connaissance est palpable dès que le château du clan est visible à l’horizon, construit dans une région rocailleuse faite de montagnes, de pentes et de chutes rapides. Musashi lui-même reste surpris de trouver une pareille construction sur une terre en apparence difficilement praticable. Il comprend que sa rencontre avec le stratège doit être un moment clé de son apprentissage, il veut absolument se confronter à ce vieil homme ayant parfaitement incorporé la Voie du sabre dans son raisonnement, à l’image de son travail d’ikébana – art d’arrangement floral – résultat d’un esprit aiguisé par la voie. Sa volonté d’apprentissage se montre tellement surprenante aux yeux des autres qu’il en arrive à les effrayer, trop conscients que Musashi leur est incroyablement supérieur, il devient un ennemi à abattre.

Miyamoto Musashi : The Duel Against Yagyu - 1963 - Tomu Uchida

L’absurdité d’une époque

Cette perception d’autrui devient alors l’occasion de faire ressortir du film l’hypocrisie globale de cette époque. Tomu Uchida montre d’ailleurs toute la finesse de son regard en provoquant des situations à la base d’un fait absurde et insignifiant, donnant aux scènes une facette comique. Comment ne pas rigoler devant 4 hauts dignitaires manipulateurs, sorte de vieux loups pourris, qui accusent Musashi et Jotaro de la responsabilité d’avoir tuer un chien mais pas n’importe lequel, celui d’un seigneur, et le somme de se faire Hara-kiri ! Le plus incroyable survient lorsque Musashi refuse, conscient d’avoir été piégé, et qui dans sa fuite tue des hommes, pauvres morts moins importants qu’un simple chien pour nos 4 hauts dignitaires. Dans quelle autre époque pourrait-on voir un enfant se battre en duel face à un chien ? Preuve que les valeurs d’antan sont à leurs sommets de ridicule, dénuées de tout ce que l’on nomme l’honneur, le respect, la dignité, elles deviennent des instruments de pouvoir.

Miyamoto Musashi : The Duel Against Yagyu - 1963 - Tomu Uchida

Usurpations & escroqueries

Dans un autre registre, il y a Seijuro Yoshioka, déjà aperçu lors du second épisode. Maître d’une école renommée comme puissante, il n’a pourtant pas les capacités d’une telle responsabilité et le comprend, trop tard. Il est par exemple incapable de séduire une courtisane. De l’art du sabre, il n’en connaît rien, si ce n’est les mouvements. Mais lorsqu’il s’entraîne il ne se dégage rien, beaucoup de bruits pour des gestes machinales sans esprit. Et l’esprit n’est-il pas la base de la voie ? Le dernier point déshonorant, c’est bien sûr sa faiblesse face à ses disciples qui pensent et manigancent pour lui. Du statut de Maître, l’homme n’en a rien. Néanmoins, Tomu Uchida ne l’enfonce pas dans le pathétique en l’utilisant strictement comme une figure impersonnelle. Seijuro Yoshioka est tout comme Musashi ou encore Sasaki Kojiro, un jeune homme perdu en proie aux doutes, l’orphelin d’une responsabilité étouffante qui l’amènera à sa mort. Des samouraïs et du code d’honneur il ne semble plus rien en rester tant on découvre au fur et à mesure les bassesses des hommes pour mieux contrôler et garder leurs privilèges. Et pour cela, ils sont prêts à dire beaucoup d’absurdités. Ainsi Sasaki Kojiro se voit défier de tuer des oiseaux ou des poissons hors de son périmètre d’action pour prouver son talent. En clair, on lui demande l’impossible, comme si le rônin était un homme extraordinaire capable de retourner littéralement ciel et terre.

Manipuler autant que possible

De cette époque, on découvre aussi les moyens de communication évidemment assez réduits. Par exemple, les lettres fusent de partout, donnant des ordres, des indications, engageant même la parole des hommes. Mais une lettre n’en reste pas moins qu’un bout de papier souillé par de l’encre, une signature est rapidement imitée par n’importe qui, et Musashi se retrouve par conséquent pris au piège et engagé dans des situations mortelles, comme ce duel face à Seijuro Yoshioka. Et de ce genre de situation il n’en ressort rien de bien, tout au contraire. Autre exemple, autre cas, celui de Matahachi, toujours vivant, qui profite d’un certificat d’aptitude martiale pour tenter de se faire un nom. Il est ici très facile de se faire passer pour qui l’on veut et de soumettre les autres à son statut. Cela donne naissance à des scènes comiques conservant le regard critique et amusé du cinéaste envers ces temps instables.

Miyamoto Musashi : The Duel Against Yagyu - 1963 - Tomu Uchida

À côté de Musashi

Cet épisode se démarque des autres de par sa riche narration délaissant un peu Musashi pour se concentrer et développer d’autres personnages, modelant ainsi l’univers complet du jeune samouraï. L’apport principal de cet épisode, est clairement Sasaki Kojiro. Sous les traits du sympathique Ken Takakura on découvre un rônin plein d’assurance ayant décidé, lui aussi, de voyager pour parfaire sa connaissance. On évite d’ailleurs une opposition bateau entre lui et Musashi, il y a bien sûr un regard froid entre les deux hommes, mais chacun de leurs côtés ils se montrent très proches dans leurs comportements, cherchant sa place dans cette société grignotée par l’hypocrisie. Le film est aussi l’occasion de parler un peu d’amour, Akemi se découvre un désir pour Musashi tandis qu’Otsu, femme innocente par excellence, apprend qu’elle n’est pas la seule à aimer le jeune homme. Tout ce monde va se retrouver lors d’une scène mémorable, celle du pont. Chez Inagaki, le pont était très présent et symbolisait surtout l’attente et le temps qui passe avec la foule le traversant et le cours d’eau. Ici, il en est autrement puisque le pont devient le lieu de rencontre bousculant la vie de tous les individus. Musashi découvre Sasaki Kojiro, ce dernier traverse le pont tranquillement avec son assurance habituelle. Otsu découvre sa rivale et Seijuro Yoshioka aperçoit la mort.

Miyamoto Musashi : The Duel Against Yagyu - 1963 - Tomu Uchida

La fresque de Uchida

Du côté de la réalisation, Tomu Uchida reste fidèle à lui-même, son film est magnifique, la photographie est belle et bien colorée, les histoires s’imbriquent parfaitement les unes dans les autres. De même son sens du cadre donne à chaque scène une harmonie particulière venant titiller nos yeux et nos sens. Il prend énormément de plaisir à jouer avec les éléments du décor, on sent chez lui une rigueur, une forte volonté d’utiliser à bien tous ce qu’il peut prendre dans son cadre.

Miyamoto Musashi : The Duel Against Yagyu - 1963 - Tomu Uchida

Une voie périmée ?

La route de Musashi s’assombrie lentement, il se retrouve enfermé entre son désir de reconnaissance et de sa volonté de réussite au détriment de l’enseignement qu’il a reçu, prenant comme niveau de palier le prêtre Takuan ou le stratégiste Yagyu. La voie du samouraï ne semble plus convenir aux samouraïs eux-mêmes.

***Bande Annonce

If you enjoyed this article, keep updated!


{ 0 comments… add one now }

Leave a Comment

Previous post:

Next post: