
La Chine est dans une situation critique, l’Empereur et son conseiller tyrannique nommé Tu ne s’occupent pas du pays, ils pensent à s’amuser, faire la fête entre eux : profiter de la richesse impériale. Le conseiller profite d’une occasion pour faire exécuter ces opposants et leur famille. Chiu, en tant que patriote et fervent ennemi de Tu va être l’une des victimes de sa politique d’extermination. Sa femme (Li Li-hua) donne naissance un enfant lorsque le père vient d’être tuer, pour éviter la vendetta, Tu souhaite tuer aussi ce bébé, heureusement un homme (Yen Chun) viendra en aide au clan Chiu, il sacrifie une partie de sa vie pour élever l’enfant vengeur.
Le projet de The Grand Substitution devait à l’origine se retrouver entre les mains de la Cathay (MP&GI – Motion Picture & General Investment), le studio concurrent de la Shaw Brothers, il avait été proposé par le couple star Li Li-hua et Yen Chun. Finalement le projet hérite au célèbre studio des frères Shaw. On peut supposer qu’un drame historique en costume aurait nécessité à la Cathay de mettre en œuvre des moyens importants, en effet le studio est spécialisé entre autre dans les opéras huangmei contemporains, ce genre ne requiert pas vraiment de lourds costumes et des décors faramineux.

Pour la Shaw, ce film marque un début de tournant dans leur production qui sera concrétisé quelques temps plus tard par la réussite des premiers wu xia pian modernes. On peut vraiment considérer que The Grand Substitution est un film qui porte un titre révélateur.
L’opéra huangmei historique a été en partie lancé par Li Han-hsiang à la fin des années 50, ce réalisateur s’intéressait aux Impératrices de Chine reconnues pour leurs grandes actions. La place de la femme dans le genre est plus qu’importante, c’est l’élément porteur de l’histoire, d’ailleurs il est de coutume qu’un personnage masculin soit interprété par une femme déguisé, à l’image du film The Love Etern. On retrouve tout de même quelques acteurs qui en général symbolisent des hommes faibles ou inconscient de leurs devoirs, le mérite revient toujours à la femme. Or, Yen Chun transcende cette tendance avec The Grand Substitution, certes il y a toujours quelques éléments récurrents du genre comme le fait qu’Ivy Ling Po incarne un jeune homme mais à côté de cela, il réalise un film presque entièrement masculin ! La première femme apparaît assez tardivement dans le film et n’a qu’un rôle secondaire.
Yen Chun se concentre sur les hommes et sur leurs actions, il devance légèrement par certains aspects le travail de Chang Cheh.

L’Empereur est un niais qui ressemble à un petit enfant gâté qui ne prend pas son rôle au sérieux, pourtant il n’est pas à la recherche de l’amour éternel. Sa bêtise est utilisée par le conseiller Tu qui arrive à influencer les décisions de l’Empereur en sa faveur. Ce personnage est particulièrement cruel et avide de pouvoir et de renommée, c’est un opportuniste sans moral et sans cœur. Détail marrant, il a des épaules très hautes, il ressemble un peu à un gnome méchant qui cherche à cacher ses ambitions, le problème c’est que ce détail trahi son objectif.
Le personnage le plus intéressant de l’histoire est celui du patriote incarné par Yen Chun en personne. Il symbole à lui seul toutes les valeurs héroïques qui feront le bonheur des futures productions de la Shaw Brothers. Pour son pays, il est prêt à tout faire même à sacrifier sa propre progéniture. De l’extérieur, son action semble dégoûtante : il fait accuser un proche de traîtrise, grâce à cela il pourra vivre dans des conditions correctes pendant les 15 prochaines années à venir. Mais si l’on regarde de plus près, on s’aperçoit que cet homme n’a jamais cherché, et ne cherchera jamais à s’enrichir sur le malheur des autres. Il agit pour le bien de son pays, pas pour obtenir une bonne situation sociale. D’ailleurs, une fois que sa mission est accomplie il part sans rien demander à personne, comme un Homme Sans Nom.
Heureusement pour nous, Yen Chun ne fait pas sombrer son film dans un mélodrame où tout le monde va tomber en larme dans la dernière scène, laissons ce genre d’idée à Hsu Teng-hung un grand expert de l’apothéose mélodramatique. Yen Chun ne cherche pas à nous faire s’apitoyer sur la vie de ce patriote dont on ne connaît pas le nom, il ne fait que de montrer l’action plus qu’héroïque d’un homme.

Les femmes restent assez secondaires dans le film, elles sont soit des servantes soit mères. C’est aussi simple que cela ! Néanmoins, Yen Chun ne se repose pas pour autant, l’action des femmes importantes et remarquables bien que passant en second plan dans l’histoire. L’une des servantes est torturées pour qu’elle confesse au conseiller Tu l’emplacement du nouveau né du clan Chiu, ses ennemis. Elle subit les actes barbares sans parler, on lui écrase les doigts puis par pur sadisme automatique on lui arrache la langue ! Dommage elle ne pourra plus parler, il fallait penser un peu plus vite… Le sang fait bien son apparition, il ne s’agit pas d’une petite coulée mais bien d’un élément graphique, à l’exemple de la langue arrachée qui apparaît bien clairement à l’image !
L’autre femme jouée par Li Li-hua est porteuse de l’espoir de la patrie entière, c’est elle qui donne naissance à l’enfant chargé d’accomplir la vengeance du clan en mémoire du père forcé au suicide – il s’était coupé la gorge.

Mais bizarrement dans la seconde moitié du long métrage, certains de ces éléments ne sont pas approfondis faisant perdre un brin de cohérence au récit. Ivy Ling Po qui devait venger sa famille ne fait finalement pas grand-chose à part porter simplement le coup final, donner un coup d’épée est à la portée de n’importe quel personnage de l’histoire. Il n’y aura pas de duel entre le traître et le jeune homme. De même, le personnage de Li Li-hua était censé être mort mais s’était en fait réfugié dans un temple éloigné de la ville, c’est tellement vague qu’il semble que cette femme tombe du ciel comme par magie.
Yen Chun invente entre elle et le patriote une sorte de rancune peu compréhensible qui n’est comme les points cités plus haut, pas très bien exploité. Il ne faut pas chercher la logique, le scénariste semble avoir décidé de trouver une chute assez rapide et expéditive à ces trous pour les résoudre.

The Grand Substitution avait remporté le prix du meilleur film lors du 12ème Festival du Film Asiatique de 1965. Pourtant le film est loin d’être une perfection, s’il arrive à mélanger et injecter directement du sang neuf dans la production de l’époque, il souffre tout de même d’un rythme assez lent qui permet de faire ressortir les quelques aberrations scénaristiques. The Grand Substitution est une expérience réussie d’un mélange entre différentes souches de quelques genres, à l’inverse du folklorique The Lotus Lamp. Mais il manque à The Grand Substitution ce grain de tonus.












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