The Singing Thief – 1969 – Chang Cheh

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The Singing Thief - 1969 - Chang Cheh

Les comédies musicales ne sont pas une nouveauté dans les productions de la Shaw Brothers, depuis 1967 un monstre importé du japon s’est spécialisé dans le genre, son nom : Inoue Umetsugu. Le studio étant toujours à l’affût de nouveaux talents, décide de tester une jeune recrue taiwanaise, Jimmy Lin Chong. L’année 1969 est pour lui l’occasion de tourner trois films, Tropicana Interlude, The Singing Thief et The Singing Escort dans lesquels il a bien évidemment le rôle principal. Il faut croire que cela n’a pas été un vif succès, il ne tournera plus chez la Shaw Brothers.

Après avoir fait six années de prison pour vol, Diamond Poon (Jimmy Lin Chung) s’est offert un night-club dans lequel il chante. Les problèmes commencent pour lui quant un imposteur imite son style, il décide de découvrir l’identité de la personne.

The Singing Thief - 1969 - Chang Cheh

Mais que vient faire Chang Cheh aux commandes d’un film pareil ? Des chansons, des costumes kitch, des décors ultra colorés et Chang Cheh derrière la caméra. Tout ça ressemblait plus aux délires d’un fan énervé qu’à la réalité. Mais il ne faut pas rester sur l’idée que The Singing Thief n’est qu’une comédie musicale qui finira de la même façon que les grosses productions de Broadway, Chang Cheh arrive quand même à donner sa patte à cette histoire.

L’ouverture pouvait nous faire peur, Jimmy Lin Chung chante en alternant le rôle d’un pirate dans un décor abstrait et le rôle du voleur romantique. C’est très prenant, il s’en sort vraiment bien. On remarque d’ailleurs dès ce passage la coloration excessive du film, rarement un film de Chang Cheh n’aura été visuellement aussi gai. Le night-club est un parfait exemple de cette gaieté absolue avec ses diamants en plastiques incrustés un peu partout sur les murs, sans oublier ceux qui flottent dans les airs accrochés aux plafonds. Chang Cheh joue même avec la lumière pour renforcer la coloration du film dans certaines scènes. On verra par exemple des danseuses teintées d’une lumière rouge dans un décor déjà rouge ! The Singing Thief est par moment surcoloré, proche de l’excès.

The Singing Thief - 1969 - Chang Cheh

Jimmy Lin Chung incarne un ancien voleur-chanteur, il est la plupart du temps habillé avec une veste nerhu et son visage à un petit côté Chow Yun-Fat. Il est vraiment classe et apporte un peu d’humour. On retiendra surtout ses performances de chanteur qui sont vraiment sympathiques, il faut dire que l’acteur reste un peu trop lisse quand le film s’enfonce dans un univers Chang Chehien.

Il est secondé par Lo Lieh et Lily Ho. Ces deux acteurs sont totalement sous-exploités, Lo Lieh n’apparaît que trop rarement pour nous faire profiter de son bouc et Lily Ho est cantonnée à un rôle de bourgeoise blasée qui est seulement intéressée par le voleur.

Les relations restent superficielles, on peut voir se dégager entre Lo Lieh et Jimmy une complicité dépassant le cadre de la simple camaraderie, ils se chamaillent en se roulant par-terre ensemble, se font pas mal de clins d’œil, montrent leurs torses nus et musclés…

Quant à Lily Ho et notre chanteur, c’est le jeu du « tu m’aimes moi non plus » sans surprise. On peut aussi reconnaître quelques thèmes qui sont apparus dans le film Dead End sorti la même année, comme la différence de statut social avec la bourgeoise seule qui s’ennuie face à un homme du peuple qui s’avère être un voleur. C’est malheureusement bien moins abouti que son autre film.

The Singing Thief - 1969 - Chang Cheh

Il faut dire que The Singing Thief souffre d’un scénario trop linéaire qui laisse deviner sa conclusion assez rapidement. On aurait pu espérer que les personnages soient un minimum intéressant, mais ce n’est pas le cas. On se retrouve face à un film ayant des problèmes de rythme, pour palier ce défaut, Chang Cheh nous plonge dans son univers, avec quelques combats bien violents qui nous font oublier le romantisme et la surcolorisation du début du film. Mais encore une fois, le résultat n’est pas une réussite, les quelques scènes de combats ne sont pas lisibles, ce n’est pas un problème de montage ou de chorégraphie, c’est tout simplement que ces passages sont trop sombres. Notre seul plaisir c’est de pouvoir entendre les bruits et les cris des personnages, mais reconnaître les personnages c’est une autre histoire.

C’est vraiment bizarre que ces scènes souffrent d’un manque de lumière alors qu’on est dans un des films les illuminés de Chang Cheh. Il y avait peut-être une volonté de créer une cassure nette entre le mythe du voleur romantique et la réalité en jouant sur les teintes. Ainsi plus le film avance, plus on se rapproche des ténèbres. L’idée est vraiment bonne, à condition de ne pas oublier que le spectateur n’a pas des yeux de chat.

Les quelques combats ne sont pas bénéfiques au film, on s’ennuie plus qu’autre chose dans ce bordel trop sombre, en se demandant quand quelqu’un va penser à allumer la lumière. Il y a bien une ou deux scènes en plein jour ou du moins éclairés. On peut retrouver la violence habituelle des films de Chang Cheh même si Jimmy Lin Chung n’est pas crédible, ce n’est pas un artiste martial. Il excelle dans la chansonnette pour night-club mais pas dans une symphonie de la violence.

The Singing Thief - 1969 - Chang Cheh

The Singing Thief est une bizarrerie de Chang Cheh, il intéressera les curieux ou les amoureux des comédies musicales, mais il ne faudra pas oublier que le réalisateur apporte sa touche sanglante et violence au film. Le film n’est dans son ensemble pas très bon, le scénario est vain et sans grand intérêt, les quelques thèmes abordés n’étant jamais développés, de même pour les personnages. Mais n’oublions pas la présence de Jimmy Lin Chung, le chanteur kitch en veste Nerhu ayant des expressions un peu grotesques et Lo Lieh pour son bouc, qui le change du maquillage habituel.

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