
Ning Caichen (Chao Lei) est un étudiant qui va trouver refuge pour quelques nuits dans un temple Bouddhiste abandonné, à défaut d’avoir pu obtenir une chambre libre dans une auberge. Ce temple est réputé pour être hanté par des fantômes.
Avant de devenir officiellement la Shaw Brothers, le studio de la Shaw and sons avait déjà produit un film de fantôme, Beyond the grave réalisé en 1954 par Doe Ching. Li Han-hsiang ne fera qu’essayer de remettre à jour avec The Enchanting Shadow en 1960 un genre tombé quelque peu en désuétude.
Pour l’heure, Li Han-hsiang délaisse les drames en costumes et les opéras huangmei pour se lancer dans l’adaptation d’une des histoires de Liaozhai, c’est un ouvrage comprenant 431 histoires fantastiques avec des fantômes, des démons… De ce livre, il va surtout en retirer une ambiance spécifique. Le temple devient un endroit intemporel où le passé et le présent se croisent, c’est une sorte de coquille dans laquelle va évoluer quelques personnages à l’écart du reste de la civilisation. À cela vient s’ajouter une bande son mystérieuse, proche de ce que les productions hollywoodiennes du début des années 50 avaient pu faire en matière de science fiction.

Li Han-hsiang s’attache à retranscrire fidèlement l’ambiance et le charme qu’il peut se dégager d’un conte fantastique, néanmoins il ne faut pas s’attendre à un film d’horreur comme on connaît chez nous. Les fantômes ne font pas peur, ils ont en général une apparence de vivant sauf la grand-mère qui va avoir à quelques reprises une tête en décomposition qui pourrait surprendre la première fois. Sa tête de cadavre est loin de ressembler au futur travail de Fulci, l’horreur ce n’est pas le but du film. De même, le suspens n’est pas exceptionnel, le réalisateur a beau essayer de jouer avec des ombres on s’aperçoit toujours très vite qui est cette ombre. Par moment il varie son approche du suspens en faisant rapprocher doucement la caméra du dos d’un personnage, le problème c’est qu’encore une fois on devine la finalité. Il n’y a pas d’horreur, pas de suspens, mais… une belle romance comme Li Han-hsiang sait les faire !
Il ne faut pas être déçu ou s’attendre à une romance lourde et pompeuse qui viendrait littéralement gâcher et compromettre le film. La relation entre Ning Caichen et la jeune femme (Betty Loh Ti) est totalement différente du futur Lady Jade Locket, film dans lequel un mortel et un esprit tombent amoureux, l’amour est nuancé et ne suit pas le schéma d’une passion ferme et définitive dès le début.
Tout d’abord il faut préciser que les fantômes ne s’attaquent pas aux cœurs purs, ça tombe bien puisque Ning Caichen est un homme honnête et patriote. Cependant la jeune femme va le tester pour pouvoir l’attaquer et le tuer, son action n’a rien de perverse, c’est sa grand-mère qui l’oblige à agir de la sorte ! Li Han-hsiang déplace le rôle du méchant sur la vieille femme afin de laisser intacte la beauté et l’innocence de la jeune femme.

Ning Caichen résiste tant bien que mal à toutes tentations, mais en tant que spectateur on peut sans problème se laisser avoir par le charme de Betty Loh Ti, nous on risque absolument rien. C’est une belle preuve de courage et de pureté de la part de Ning Caichen…
Il se dégage de cette relation un profond respect de la part de l’homme, d’habitude le rôle d’un homme n’est pas de résister aux charmes d’une belle femme qui s’offre d’elle-même, bien au contraire il est souvent le premier demandeur.
L’amour se ressent plus du côté de la jeune femme qui même si elle est en pleine ‘mission’ souhaite venir en aide à un homme qui lui montre du respect et de l’intérêt. Ce n’est pas par la force, le courage ou l’argent qu’elle se laisse charmer, c’est par la poésie ou plus généralement l’intellect de l’homme. Encore une fois, Li Han-hsiang renverse quelque peu les clichés habituels d’une relation homme-femme. Il dessine un amour vrai.

Le temple est considéré comme une zone intemporelle, on peut s’en rendre compte avec les décors qui retrouvent par miracle leur beauté d’antan pour ensuite redevenir simples ruines. Mais le matériel n’est pas seul à être affecté par le temps. Les deux autres personnages principaux du temple, c’est-à-dire la jeune femme fantôme et le sabreur (Yeung Chi-Hing), expriment leurs regrets du temps passé via un chant. Ils n’ont plus la grâce qu’ils pouvait avoir il y a encore quelques années, le sabreur se sent vieillir et comprend que sa force de guerrier le quitte peu à peu. Tandis que la jeune femme rêve d’une passion qu’elle n’a jamais pu avoir de son vivant.
C’est là que Ning Caichen intervient pour redonner l’espoir à ces gens, au contraire d’eux c’est un homme qui cherche à comprendre son présent pour mieux préparer son futur. En tant que patriote il explique clairement au sabreur la situation politique du pays en proposant des débuts de solutions. En tant que jeune homme il redonne à la jeune femme l’espoir de la passion amoureuse manquée dans sa vie.

The Enchanting Shadow est l’une des réussites de Li Han-hsiang, le film dispose d’un scénario simple et concis, de décors toujours plus beaux, d’acteurs donnant très bien corps et âme à l’histoire, d’une ambiance singulière à la fois fantasmagorique et féerique qui se dégage des autres productions de l’époque. Sa mise en scène est sobre et efficace, comme souvent. Ce que l’on pourra vraiment regretter c’est de n’avoir pas plus approfondie l’amour entre un vivant et une morte, ce rapport reste assez superficiel et peu clair.












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